vendredi 1 juin 2012

COMBAT NASAL : le metal de demain, gratuit aujourd'hui !


Tout quadragénaire a encore en mémoire l'explosion hard-rock des années 80, celle qui vit le lancement de la première presse exclusivement metal en France, les premières retransmissions de concerts à la télé, l'arrivée des vidéos clips, le tout précédé bien sûr de quantité d'émissions de radio passionnées (tant sur la radio libre naissante que sur les ondes nationales).

Cette époque riche l'était aussi au niveau des réseaux sociaux, bien peu virtuels cependant. Les ados affichaient alors leurs "profils" d'un coup de marqueur sur un sac « U.S. », des classeurs, une trousse,... ou par une coupe de cheveux un peu négligée ou une veste en jean plus ou moins patchée.


C'est dans le cadre du collège ou du lycée que la traînée de poudre hard-rock se fit. Il fallait en être. Alors que les groupes lâchaient un nouvel album tous les ans, le porte-monnaie avait du mal à suivre. On ne s'échangeait pas de « liens », mais des vinyles. « Ouah, tu as le nouveau Saxon ? J'achète le dernier Maiden ce weekend ok ! On se fait une K7 ? ». Enfer mag, Metal Attack, Hard Force... la radio locale,.... tout était bon pour se tenir informé et prévoir avec ses amis les achats de chacun, pour ne pas faire de doublons. La communication était permanente.

Pour les nouveaux groupes, ce fut l'explosion, et les schémas de diffusion et de promotion étaient clairement établis.


Flashforward 30 ans, « Le numérique m'a tuer »...

Incontestablement, l'offre en matière de métal est aujourd'hui plus importante que jamais, sans commune mesure avec ce qu'elle était dans les années 80. Les jeunes groupes n'ont jamais été si variés, ni si talentueux. Le son n'a jamais été si mortel. Mais si cela ne fait aucun doute pour les amateurs et les initiés, les médias ne s'en font pas l'écho et le grand public l'ignore.

Si le numérique a techniquement facilité cette situation, il en a tué l'économie. Pire encore, les réseaux virtuels sont devenus les nouveaux réseaux de diffusion. Incontournables, ils sont devenus la seule, l'unique plaque tournante. Une véritable mer des sargasses, où le pire côtoie le meilleur, et où il devient vite impossible de se retrouver face à une offre ultra-pléthorique. Comment sélectionner le bon grain de l'ivraie ? Bien des futurs grands groupes potentiels mourront tués dans l'oeuf, noyés dans la nasse....dans l'anonymat le plus total, victime de l'anarchie des youtube, myspace, dailymotion et autres facebook.

Un groupe peut-il se contenter de demander à ses fans de « partager » ses liens ? Une vidéo de 3mn postée sur le mur d'un ami, qui au pire ne la regardera pas et au mieux la visionnera une fois, aura-t-elle un impact, alors que nos murs sont déjà inondés jusqu'à l'écœurement de trente ans de clips vus et revus ?

Une initiative originale qui mérite toute notre attention a été lancée fin 2010 par deux passionnés, Cyril « Mazak » Beze et Arno Strobl, lesquels ont sorti leurs bâtons de pèlerins pour parcourir la toile et dénicher de par le monde des groupes metal de qualité qui n'ont pas encore eu la chance d'être signés, mais bénéficiant tous de sons qui ne tiennent pas de la démo. Prenant le contrepied de la mode actuelle qui aurait consisté à inonder de liens ou vidéos les pages des « fans » de leur page FB, ils décident de réactualiser la bonne vieille méthode de la compilation sur cd. Une hérésie !!!

Le projet de nos deux « tour operators » se nomme COMBAT NASAL, preuve qu'ils ont du nez. Un fichier trimestriel rassemble une douzaine de titres d'autant de groupes, des fichiers images (cover et back cover de boîtier cd, comme quoi le gravage et le format cd s'imposent), ainsi que divers liens et infos concernant les groupes. Tout ceci est totalement GRATUIT et n'engage l'utilisateur à rien d'autre qu'un téléchargement et un dézippage du fichier. C'est tout simplement une œuvre d'utilité publique.

Leurs compilations sont autant de voyages.... Des voyages de par le monde (Nos belles régions de France, mais aussi des pays exotiques comme la Belgique, l'Angleterre, les USA, le Pérou, la Norvège, le Danemark, la Nouvelle Zélande, etc...), mais aussi de par les différents courants « metal » abordés (doom, gloom, black, death, hard-rock, stoner, thrash...). Il y en a pour tous les goûts, sans fautes (de goûts, justement). Le format compilation permet de charger le tout sur votre MP3 et de vous laisser transporter à loisir, voire à supprimer ce qui ne vous plaît pas, et garder les heureuses découvertes que vous aurez faites. Un fichier renvoie vers les sites des groupes, dont certains proposent le téléchargement, parfois gratuit, de leur album entier.

Petit conseil : écoutez le tout en blind-test, et renseignez vous après sur l'origine des groupes qui vous auront plu. Vous découvrirez que bien souvent le talent ne vient pas de bien loin.....

Ce projet n'est pas une fin en soi, mais c'est une remarquable initiative à applaudir des deux mains. Alors n'hésitez pas à vous rendre sur leurs pages. Le volume 6 est sorti aujourd'hui.


Les compils en téléchargement gratuit : http://combatnasal.com/index.php




Embarquez et laissez vous transporter, vous ne le regretterez pas. On vit définitivement une époque formidable.

mercredi 30 mai 2012

SEPARES A LA NAISSANCE (12)

Plagiat, coïncidence, hasard...? Défoulez-vous, en plus, ce n'est pas du metal. Merci Yvan ! ;-)

RADIOHEAD (1992 - Single qui lança leur carrière)

Vs.

HOLLIES (1974)






samedi 19 mai 2012

Traire la vache à lait....

Hier soir, 18 mai 2012, GOJIRA se donnait en spectacle à BREST, à la Carène.

Leur dernier passage à la pointe ouest de la Bretagne remonterait à 1999. Le public brestois est un public frustré de grosses affiches metal. Il n'y a guère plus que les SCORPIONS, DEEP PURPLE, et autres Robert PLANT pour s'aventurer en des terres si éloignées, que les tourneurs doivent imaginer peuplées de retraités.

En moyenne, pour voir une belle affiche, il faut faire près de trois heures de route (Rennes ou Nantes), et heureusement parfois un peu moins (Vannes). Car même si le grand ouest est la terre des festivals metal (HELLFEST et MOTOCULTOR en tête), l’extrême ouest figure rarement sur les parcours des tournées.

Aussi quand la venue de GOJIRA a été annoncée, qui plus est dans une des grandes salles modernes de la ville, le métalleux frustré s'est soudain senti revigoré !

Environ 500 personnes étaient présentes à 21h15 pour accueillir WARATTAH, groupe Bordelais, qui assure la première partie de cette tournée. Le jour précédent, c'est TREPALIUM qui officiait à VANNES à leur place.

WARATTAH a fait le show et s'est vu réserver une belle ovation à l'issue de son set. Malheureusement, le chanteur est revenu sur scène pour nous dire : "On aurait bien continué, mais on a droit à 30min, pas plus !".

Les stars du jour entament leur show vers 22h, et un peu plus d'une heure plus tard annoncent que c'est terminé. Bien sûr, GOJIRA reviendra presque immédiatement pour 15 à 20 minutes de rappel.

Que retenir de cette soirée ?

Je n'ai jamais été un fan irréductible de ce groupe, que j'ai découvert comme beaucoup avec l'album "From Mars to Sirus". Je leur reconnais beaucoup de talent, à plusieurs niveaux (compos, technique, marketing...).

Je regrette, et ce n'est qu'un avis personnel, une trop grande absence de mélodies, de refrains mémorisables, des ruptures abruptes, une trop grande dispersion, et beaucoup de titres dispensables à côté de véritables réussites.

J'attendais de cette soirée que le groupe me démontre pourquoi James Hetfield voit en eux le plus grand groupe français du monde !

Le moment de la tournée est déjà curieux : un mois avant la sortie de leur nouvel album, dont ils ne joueront qu'un titre, l'efficace "L'enfant sauvage".

Au niveau des titres joués, je n'ai pu que constater que les titres qui m'apparaissent les plus forts figurent dans la setlist ("The heaviest matter of the universe", "Vacuity", "Flying whales", "Ocean Planet", "Oroborus"...).

Mais franchement,...... comment peut-on se présenter devant un public, lui rappeler qu'on ne s'est pas vus depuis 13 ans, et passer la soirée à lui crier dessus ???

Comment peut-on se présenter devant un public, lui rappeler qu'on ne s'est pas vus depuis 13 ans, et ne jamais répondre aux ovations qui suivent chaque morceau, ne serait-ce que d'un simple "merci" ??? 

Comment peut-on se présenter devant un public, lui rappeler qu'on ne s'est pas vus depuis 13 ans, et ne jouer qu'une heure et quart ? Pour 27 euros ???? (alors que dans le même temps des groupes français à la discographie moins fournie jouent autant et même plus, pour 5 ou 10 euros ????)

GOJIRA a certes mouillé la chemise (ou le t-shirt) ce soir, mais sans jamais établir de connivence avec son public, jouant en veritable fonctionnaire (au sens péjoratif du terme) du metal.

La veille, ils jouaient à 180 km, à VANNES. Le show y a semble-t-il été formidable, Joe Duplantier sautant à deux reprises dans le public, le groupe entier slammant en fin de concert,...

Alors pourquoi deux poids deux mesures ?

La question reste posée.

mardi 15 mai 2012

TRIBUTE @ Brest (Rock Circus) - 12•05•2012 [live report]

En ce samedi soir, l'actualité du metal tient en quatre mots : METALLICA STADE DE FRANCE. Mais elle ne s'arrête pas là, et ne s'y résume surtout pas. Comme tous les weekends, la scène metal française, dont personne ne soupçonnerait la richesse et encore moins l'existence si l'on s'en tenait à ce que diffusent les media nationaux calibrés et orientés, envahit les bars, pubs, caf'concerts, et autres salles de toutes tailles.

Il ne faut pas forcément chercher très loin. C'est donc à Brest, à côté de chez moi, que j'ai choisi de passer la soirée, en famille et entre amis, au Rock Circus, où se produit TRIBUTE, groupe de la région nantaise qui a fait de la reprise acoustique des standards du hard rock sa spécialité.




TRIBUTE est un trio composé de Laurent Vernier et Mathieu Lebot aux guitares, et d'Eric Dufour au chant. J'avais déjà eu l'occasion de les voir sur scène, avec leur précédent chanteur, au Zénith de Nantes. C'était sur la tournée "Humanity Hour 1" de SCORPIONS. Contactés le matin même du concert, ils avaient remplacé au pied levé HEAVENLY et assuré, assis sur des tabourets au bord de cette immense scène, un show remarquable devant un public un peu stupéfait. On imagine sans mal la pression qu'ils ont dû ressentir à cette occasion, mais leur aisance, leur culot, et leur concept, ont marqué les esprits et les personnes présentes ce soir là s'en souviennent encore aujourd'hui.




Le Rock Circus est un bar comme il en existe des centaines, tenu par des passionnés qui font vivre la musique. Le show commence vers 21h30. Au plus fort de la soirée, plus d'une cinquantaine de clients se masseront devant la scène et autour du bar, reprenant en coeur les standards interprétés avec beaucoup d'énergie et de conviction par les trois musiciens qui donneront un set de plus de deux heures.



Le concept est simple, mais d'une efficacité redoutable, et chacun y trouve son compte : AC/DC, WHITESNAKE, R.H.C.P., VOLBEAT, UGLY KID JOE, LYNYRD SKYNYRD, GOTTHARD, mais aussi des choix originaux comme Lenny Kravitz par exemple.


Il est intéressant à cette occasion de constater combien des titres composés dans les années 80 ou 90 sont devenus des classiques, dont les mélodies ou refrains sont immédiatement repris par l'assistance, tous âges confondus.



TRIBUTE maîtrise son sujet, et commence à avoir de la bouteille, donnant une trentaine de concerts par an sur la côte atlantique, de Bordeaux à Brest. L'aspect acoustique sied particulièrement à ce genre d'endroits étriqués, où la bière coule à flot (bien que bue avec modération, évidemment). Eric sort ses tripes au micro, faisant preuve d'une justesse et d'une énergie qui forcent le respect (le set est entièrement en anglais), tandis qu'Eric et Mathieu alternent rythmiques et soli avec une régularité métronomique et un entrain communicatif.
Le public obtiendra deux rappels, dans un ambiance survoltée. Le bonheur est dans le bar ! Quelle soirée d"échange !

Le metal vit aussi grâce à ces groupes, qui perpétuent l'héritage de plusieurs décennies. La musique vivante a de sacrés beaux jours devant elle tant qu'il y aura des salles pour la faire jouer, et des groupes comme TRIBUTE pour la perpétuer. Alors tous à vos agendas concerts ! Les bonnes soirées se passent au stade de france, mais n'oubliez pas : PAS QUE !

Et si TRIBUTE passe près de chez vous, conseil d'ami, allez-y !










SETLIST (à quelques morceaux près...) :



lundi 14 mai 2012

STEVEN WILSON @ Paris (Le Trianon) - 04•05•2012 [live report]


Un peu plus de six mois après avoir joué au Bataclan, Steven Wilson se produit à nouveau à Paris, dans la salle cosy du Trianon, afin de présenter son dernier album studio, le passionnant « Grace For Drowning ». Il n'est donc pas surprenant, malgré une fosse fournie, d'en voir les balcons vides. Et ce d'autant que la setlist ne diffère guère de celle d'octobre. Quoique...

Annoncé à 19h30, le groupe n'envahit la scène qu'une heure plus tard. Une heure interminable passée dans le noir devant un rideau transparent sur lequel trois vidéos très statiques sont successivement projetées, alors qu'une succession de deux notes de basse à tendance électro se répète ad infinitum.... Une éternité.....qui prend fin avec l'arrivée de Marco Minneman derrière ses fûts, sur la gauche de la scène, lequel se lance immédiatement dans un solo donnant le ton à la soirée qui sera placée sous le signe de la technique, rejoint peu après par Nick Beggs, cheveux blancs lissés et barbichette (six mois plus tôt il arborait de jolies nattes et une paire de lunettes de soleil), fougueux bassiste, épaulant par ailleurs Wilson au chant, qui se place devant la batterie. C'est ensuite le côté droit de la scène qui s'anime avec les arrivées successives d'Adam Holzman (claviers), Theo Travis (flûte, saxophone, clarinette,...), et de Niko Tsonev qui succède à Aziz Ibrahim aux guitares sur cette seconde partie de la tournée.

Le maître de cérémonie arrive enfin et se place au centre de ses musiciens qui ont entamé « No Twilight Within The Court Of The Sun », extrait de son premier album solo. Le son est limpide et clair, puissant sans être trop fort, et agrémenté d'un effet quadri surprenant, très convaincant.

Comme c'est le cas depuis le début de cette tournée, le rideau dressé devant la scène ne tombe pas à l'arrivée du groupe. Des vidéos continuent à y être projetées, et les lumières de la scène semblent rester prisonnières de cet espace clos ainsi créé, s'y réverbérant à l'infini, nimbant les musiciens d'un halo artificiel. Si la vision de la scène est malgré tout bonne depuis la salle, les musiciens « illuminés » ne nous voient pas, et c'est à l'aveuglette que Steven Wilson vient haranguer la foule, à droite, puis à gauche. L'ensemble donne un sentiment partagé entre la beauté et la surprise des effets que créent ce rideau et les vidéos qui y sont projetées, lesquelles se dédoublent en s'imprimant également sur le mur situé à l'arrière de la scène (à un moment le groupe donne par ce biais l'impression de jouer au cœur d'une forêt),... et pour le spectateur le sentiment de contempler un aquarium.

Une clameur de satisfaction et de soulagement accueille au milieu d'une interprétation majestueuse de « Sectarian » la chute de ce rideau. C'est le moment où le show se lance réellement, Steven Wilson enchaînant, après avoir échangé quelques mots avec le public, par la mélodie imparable de « Postcard ».


Notre hôte est assez loquace ce soir, et après avoir sondé la salle afin de savoir qui était présent au Bataclan en octobre (une minorité semble-t-il), il s'en félicite, s'excusant que la setlist allait être la même, à deux exceptions près toutefois. Mais lesquelles ! La première surprise, ce sera l'interprétation spéciale pour ce soir du titre « Insurgentes » issu de l'album éponyme, répété dans l'après-midi, et pour lequel Wilson nous demande la plus grande indulgence. La seconde, ce sera un nouveau morceau, « Luminol », composé avec les musiciens présents sur scène avec lui. Sa dream team en quelque sorte. Wilson en profite pour nous révéler que le groupe est actuellement en phase d'écriture, sa carrière solo étant sa priorité aujourd'hui, au grand dam des fans de PORCUPINE TREE certainement. Ce nouveau morceau, long, se développe en deux parties. Une première très rapide et technique, fortement baignée de synthés, vintage bien évidemment, à la YES, pas très éloignée des sonorités qu'explore aujourd'hui TRANSATLANTIC par exemple. La deuxième partie quant à elle se révèle bien plus atmosphérique. Le mélange du feu et de l'eau, mais dans un registre nouveau pour Wilson solo.

Voir Steven Wilson sur scène est toujours une expérience étrange. Comment un homme si avare en mots, si peu expansif, si peu expressif, parvient-il à transmettre autant de sentiments si forts ? Cette espèce d'être lunaire, d'éternel adolescent, de Harry Potter Peterpanisé, joue véritablement en solo sur cette tournée. Nous n'avons pas affaire à un groupe (à la PORCUPINE TREE), ni à une association (à la BLACKFIELD), mais bien à un homme seul, solidement entouré, certes, mais agissant en véritable chef d'orchestre, placé au centre d'un demi cercle d'instrumentistes dont il commande les interventions au gré de ses désirs, et suivant les instructions qu'il leur donne en s'activant à la manière d'un Mickey Mouse échappé de Fantasia, à force de mouvements de bras laissant peu de place à l'improvisation, et souvent donnés dans son dos. Très directif à l'égard de ses musiciens, ceux-ci s'immobilisent après leurs interventions, et l'on en vient à faire le parallèle avec les mannequins entourant Wilson sur les clips réalisés pour « Grace For Drowning ».

Steven Wilson a su, sur ce dernier album, mêler à sa musique des sonorités seventies, souvent chaudes, souvent jazzy, enchaînant moments introspectifs et ersatz d'improvisations, explosives, voire cacophoniques, qui poussées à leur paroxysme sur scène confèrent à l'ensemble, et malgré la part congrue laissée aux guitares, une impression de fin du monde qui n'est pas sans évoquer, tant dans le fond que la forme, ce que fait Mike Patton avec FANTOMAS, les cris en moins. Aussi le mélange de ces titres issus de « Grace For Drowning » à ceux d'« Insurgentes », plus proches dans l'esprit de PORCUPINE TREE, donnent un spectacle de deux heures riche en rebondissements et émotions.

Ajoutez à cela les projections malsaines, inquiétantes, ou encore morbides, distillées sur le fond de la scène en rythme saccadé, en lents travellings, ou en longs plans contemplatifs, mettant en scène des personnages étranges, mi-hommes mi-animaux, des lieux sinistres, des momies versant des larmes de sang, des poupées d'enfants défigurées,.... et c'est tout l'univers perturbé de Steven Wilson qui accompagne sa musique, sur des thèmes et des ambiances que n'aurait pas renié David Lynch.

Jusqu'aux dernières notes de « Raider II », Steven Wilson nous emporte dans son univers. Un univers qui n'est pas forcément accueillant ni flatteur, mais qui s'abat tel une chape sur la salle, captivant l'auditoire, heureusement éclairé par moments par ces mélodies légères dont lui seul semble aujourd'hui détenir le secret.

Hors cet univers, Steven Wilson et ses musiciens reviendront pour un ultime rappel interpréter « Get All You Deserve », Wilson portant pour l'occasion le masque à gaz utilisé pour la pochette d' « Insurgentes ».

Quand les lumières se rallument, et alors que les musiciens ont quitté la scène un à un, comme ils étaient arrivés, le bonheur est palpable dans la salle. Entourés de tant de talents réunis sur scène, au service d'une musique si personnelle et émouvante, Steven Wilson continue à s'affirmer malgré son manque de charisme comme un musicien incontournable du metal dans son sens le plus large. Il défriche des territoires inconnus ou oubliés, unifiant passé et futur. Un futur qui s'annonce désormais en solo. N'en déplaise à celui qui ce soir réclama haut et fort « Play something from PORCUPINE TREE !!!», et auquel Steven Wilson répondit : « I think you came to the wrong show. ».


SETLIST
  1. Rappel :
  2. Get All You Deserve

Photographies : 2012 © Marjorie Coulin - http://www.marjoriecoulin.com/site/
Remerciements à Roger et Olivier (Replica)

mardi 8 mai 2012

SEPARES A LA NAISSANCE (11)

Plagiat, hommage, coïncidence... comme d'habitude, chacun se fera sa propre opinion !

BLACK SABBATH (1971)

Vs.

WOLFMOTHER (2009)




mardi 1 mai 2012

6:33 & ARNO STROBL


Après un premier album sorti en 2011 (« Orphan of good manners ») un peu foutoir mais éminemment sympathique par sa volonté de bousculer les codes d'un paysage metal français sclérosé, les déjantés et énigmatiques parisiens de 6H33 reviennent en ce premier mai 2012 sur le devant de la scène avec un surprenant EP qui va faire date.

Œuvrant dans un metal/hardcore loufoque et cinématographique, il manquait cependant à « Orphan of good manners » l'étincelle explosive, le groupe ressemblant au coyote s'acharnant à sauter nerveusement sur un détonateur désespérément muet, tandis que la bombe installée sur la route du bip-bip restait inoffensive malgré un potentiel éminemment destructeur.

Mais réjouissons-nous car ce temps est désormais révolu. La bombe à retardement a trouvé sa mèche providentielle !

« Giggles, Garlands & Gallows », puisque c'est ainsi que se nomme cet EP 3 titres, est le produit d'un attelage que l'on qualifierait outre-atlantique de « dream team », celui de 6H33 et de l'une des voix les plus originales et polymorphes du metal français, celle d'Arno STROBL (ex-CARNIVAL IN COAL).

Cet EP se décompose en trois pistes.

Si la troisième, « I like it », est la plus facile d'accès, de par sa durée (4 m 24 s) et son aspect easy listening, elle n'en demeure pas moins marquée par de fortes influences « MR BUNGLE » (groove, choeurs californiens à la BEACH BOYS, chant, claviers, grosses guitares rythmiques sur les refrains, solo guitare/saxo, final accéléré en rupture,...) et malgré ses qualités évidentes tant dans la composition que l'interprétation, fait pâle figure par rapport aux pièces maîtresses que sont les deux autres titres.

Car le gros morceau, ce sont les deux parties de « Giggles, Garlands & Gallows » : « Order of the red nose » et « M.I.D.G.E.T.S. », qui totalisent à elles deux plus de 21 minutes.

Deux morceaux totalement fous, tant musicalement qu'au niveau des paroles, explorant une multitude de pistes et contant dans un humour abscons très premier degré la vengeance passionnelle d'un serial killer clown à l'encontre de nains, puis la révolte de ceux-ci et la traque goresque de l'homme au nez rouge. Les textes sont par leur rythmes et les mots utilisés carrément jubilatoires.

Les claviers prédominent sur ces deux titres, dont la composition repose entièrement sur les épaules de Niko (guitares). La première partie est particulièrement dansante, alors que la seconde est plus hachée, faisant une part plus grande aux voix death. Arno Strobl multiplie les différents types de chants, clair, death, narration, à la Elvis, choeurs grandiloquents à la Devin Townsend, quelques "r" roulés à la Serj Tankian,... avec autant de bonheur, et surtout un dynamisme et un entrain (appuyés par un chant qui se répond à lui-même) qui canalisent les digressions musicales explorées par le groupe, cimentant les différentes composantes de la musique de 6H33 qui, si elle s'avère moins aventureuse que celle d'un MR BUNGLE par exemple, démontre sur cet EP une réelle ambition particulièrement aboutie.


La première partie fait taper du pied (pointure 57 !), la seconde fait headbanger. Et le temps passe en un battement de paupière sous le grand barnum érigé par le groupe, dans une ambiance de cirque qui doit autant à MR BUNGLE qu'à Danny Elfman. L'auditeur est soufflé par une telle maîtrise, sur une telle longueur, tellement plus convaincante que celle dispensée sur « Orphan... ». Les claviers multiplient les sonorités, les ambiances, les guitares se font un peu moins discrètes sur la deuxième partie, la basse se permet quelques libertés groovy,... et le groupe n'a toujours pas de batteur. Enfin la production d'Emmanuel Rousseau (White Wasteland Studio) est – juste – énorme.


C'est simple, le spectacle commence tranquillement avec un Arno Strobl qui vous accueillle en véritable Monsieur Loyal, avant que le groupe ne vous cloue immédiatement sur votre banc et vous captive sans relâcher sa prise un instant, vous emportant dans les méandres de sa folie contagieuse. Une folie que le meilleur moyen de tester et de vous y prendre par vous-même. Ca tombe bien, l'EP est en téléchargement libre jusqu'au 31 mai 2912 à cette adresse : www.633theband.com. Il sera ensuite disponible physiquement à l'automne 2012, agrémenté de titres supplémentaires.

« Giggles, Garlands & Gallows » est une puissante œuvre musicale et intellectuelle, dont les qualités évidentes en font une drogue jouissive.

6H33 a trouvé son Mike Patton. Le metal français a trouvé un grand groupe. Alors même si cette collaboration n'est que ponctuelle (6H33 ayant depuis déniché un nouveau chanteur, Rorschach, qui chante d'ailleurs sur les deux derniers couplets de la deuxième partie de G.G.G.), il est dit qu'elle ne restera pas sans lendemain. 6H33 & ARNO STROBL restera un projet parallèle, dont on attend déjà avec impatience les futures sorties.

Nombreux sont ceux qui avaient découvert CARNIVAL IN COAL au gré de samplers encartés dans des magazines de metal. « Entrez le carnaval » fut l'un des titres qui ont aidé à leur popularité. On y parlait de clowns moqueurs.....

Qu'on se le dise ! En 2012, le clown is back !