THE GATHERING mène sa carrière en se souciant bien peu des
modes, naviguant entre albums rock ou atmosphériques, mais toujours
avec cette identité propre immédiatement reconnaissable, faite
d'exigence. Le départ en 2007 d'Anneke Van Giersbergen, sa chanteuse
emblématique, n'a finalement en rien altéré ce parcours atypique
et aventureux. Nous avons profité du passage du groupe à RENNES le
29 novembre dernier pour nous entretenir amicalement avec Hans
Rutten, batteur et membre fondateur, et SiljeWergeland, sa nouvelle
voix.
Sur cette tournée, vous publiez sur Facebook des photos prises
sur le vif au cours de vos différentes étapes, où l'on vous voit
souriants, faire des grimaces,... C'est une nouvelle façon de
communiquer ? Une opération de séduction ?
Hans : Ce n'est pas un nouveau moyen de communiquer, c'est
totalement improvisé, il n'y a aucune réflexion commerciale ou
autre derrière ça, on aime ça tout simplement. Je pense qu'on a de
l'humour ! Tu peux en discuter la qualité...
Silje : (rires)
Hans : … (rires) mais, et surtout en tournée, on est plutôt
enclin à faire ce genre d'humour...
THE GATHERING est plutôt réputé pour faire une musique assez
sombre, voire parfois dépressive...
Hans : dépressive ? Non je ne pense pas... Mais certaines
personnes voient une différence entre notre musique plutôt sombre
et ces moments d'humour presque enfantin...
Silje : Je pense que cela a aussi à voir avec la façon dont
vous communiquez avec les gens. Facebook n'était pas là il y a,
quoi ? Sept ans de cela ? Alors c'est vrai que les gens ont plutôt
toujours été habitués aux photos posées réalisées pour la
promo, qui sont assez sérieuses, mais sur FB on peut se lâcher...
Vous avez un nouvel album dans les bacs, « Afterwords » , qui
est en quelque sorte un écho de « Disclosure », votre précédent
album...
Hans : Ce n'est pas vraiment notre nouvel album studio, même
si ça y ressemble, mais ce n'est pas la nouvelle grosse sortie du
groupe.
Silje : C'est plus une sorte de célébration post-«
Disclosure », une sorte d'after...
Hans : C'est plus quelque chose que Frank et René voulaient
faire, c'est vraiment leur bébé, ce sont leurs remixes,...
« Disclosure » a été un album réellement difficile à
concevoir ?
Hans : Oui. D'abord parce qu'il nous a demandé beaucoup de
temps. Deux ans. On avait écrit deux chansons, on les a
enregistrées, on a fini « Heroes for Ghost », et puis on passé
une nouvelle année à écrire et enregistrer. L'écriture et
l'enregistrement nous ont pris vraiment beaucoup de temps. On a
peaufiné les détails...
Silje : Je ne pense pas que ce fut plus difficile, mais ça
nous a pris plus de temps. Et quand on passe beaucoup de temps, on
peut aller dans les détails, ajouter des couches,... c'est
chronophage, mais on ne s'est pas imposé de limite.
Vous vous étiez fixé un but dès le départ ?
Silje : Oui. C'était un peu « faisons ce que nous voulons ».
Nous n'avions pas d'impératifs, ni pour la sortie, ni pour le
contenu, juste « voyons où tout cela nous mène ». C'était
beaucoup plus libre.
Est-ce qu'il représente plus ce qu'est THE GATHERING que «
The West Pole », votre précédent album sans Anneke ?
Hans : Oui. Au moment de « The West Pole », c'était un peu
plus compliqué. Avec le départ d'Anneke, la volonté de faire un
album plus rock, de faire intervenir plusieurs chanteuses,...
jusqu'à ce que nous rencontrions Silje,... les plans changeaient
constamment. Mais on voulait à tout prix sortir quelque chose.
Vous aviez commencé l'écriture et l'enregistrement de cet
album alors que vous n'aviez pas encore trouvé de chanteuse ?
Hans : Oui, il fallait qu'on écrive, en attendant de voir ce
qui allait se passer.
Surtout qu'à la suite de son départ, Anneke a enchaîné les
sorties d'albums contrairement à THE GATHERING. Mais si l'on regarde
votre discographie, on se rend compte que depuis début 2000, vous
sortez régulièrement un album tous les trois ans. Le changement de
chanteuse n'a pas affecté ce rythme finalement.
Hans : Oui, on peut voir ça comme ça. Nous ne sommes pas les
compositeurs les plus rapides du monde !
Silje : Mais si tu regardes nos titres, avec leurs détails,
les différentes couches, il y a tant de travail derrière que ce
n'est pas comme s'il s'agissait de titres punk qu'on peut écrire en
une heure.
Il y avait plus d'urgence dans la réalisation de « The West
Pole » ?
Silje : Non, je ne pense pas. Mais tant de choses se sont
passées, comme le fait pour le groupe d'écrire des chansons sans
savoir qui allait les chanter, ne pas connaître les textes, trouver
une chanteuse,...
Avez-vous ressenti de la pression de la part de vos fans ?
Hans : Pas tant des fans que de nous-mêmes. Nous en sommes à
un stade où nous ne pensons pas aux fans quand nous écrivons. Ils
sont très importants, mais pas dans le sens où nous nous
demanderions ce qu'ils pensent quand nous sommes en phase d'écriture.
Ce n'est pas notre but principal.
C'était donc une volonté délibérée de votre part d'écrire
d'abord un album rock, puis un autre atmosphérique ?
Hans : Oui, et ça s'est enchaîné comme ça, car il fallait
qu'on sorte quelque chose à un moment donné, sinon on aurait
complètement disparu dans le néant (rires) ! Je suis toujours fier
de cet album, mais je pense que « Disclosure » est beaucoup mieux
équilibré. On a beaucoup plus échangé lors de sa réalisation.
Je vous le dis très sincèrement, je pense que « Disclosure »
est un de vos meilleurs albums.
Hans : Je le pense aussi.
Serait-il stupide de dire que les deux meilleurs choses qui
soient arrivées à THE GATHERING sont l'arrivée d'Anneke et son
départ, car elles ont forcé le groupe par deux fois à se remettre
en question et à se réinventer.
Hans : Peut-être, c'est possible, pourquoi pas...mais ce fut
surtout un moment très angoissant (rires). On ne s'en est pas
réjoui, ce fut plutôt « que va-t-il se passer maintenant ? ».
Mais on a survécu avec Silje.
Plus que survécu.
Hans : Je pense vraiment que c'est le meilleur album que nous
ayons réalisé.
Il se tient de bout en bout...
Hans : Oui, il n'y a pas de remplissage. Non pas qu'il y en ait
dans nos autres albums, mais l'équilibre est très bon. Et j'aime
cette idée d'avoir travaillé sur des chansons longues, car c'est la
force de THE GATHERING.
Silje, tu as une voix angélique, et tu chantes pourtant des
textes si dramatiques...
Silje : (rires)
Tu penses que tu pousses le groupe vers de nouveaux
territoires, que ton chant ouvre de nouvelles portes ?
Silje : Hmmm.... Peut-être, je ne sais pas vraiment. Je sais
que c'est moi qui ait encouragé Frank à chanter (sur
« Meltdown ») par exemple,.... Mais quand on joue avec
d'autres personnes que celles avec lesquelles on a joué pendant 13
ans, on va sûrement vers de nouvelles directions. J'ai ma façon de
chanter, ils ont leur façon de jouer, et nous formons forcément une
équipe nouvelle.
Tu n'as pas eu de directives ou d'instructions concernant ta
façon de chanter en arrivant dans le groupe ?
Silje : Non. Il était important que nous nous entendions bien
en tant qu'amis, et en tant que musiciens, que nous parlions le même
langage. Parfois les gars me donnent des morceaux instrumentaux, et
il m'arrive de trouver que ce n'est pas assez bon, et à d'autres
moments c'est moi qui suis paresseuse, mais aussitôt il y a une
réaction en retour. On se pousse mutuellement à aller dans la bonne
direction !
Il n'y a plus qu'une guitare sur scène dorénavant. Cela a
changé le son du groupe ?
Hans : Oui, absolument. Mais cela a aussi ouvert plus d'espace
pour Frank (Frank Boeijen –
claviers - ndr) par exemple. Comme sur « How to mesure a
planet », le premier album sans Jelmer Wiersma (guitares),
donc oui, ca change. Le mur de son avait disparu. Mais on n'en a plus
besoin. On avait déjà commencé à écrire des choses différentes,
avec lesquelles Jelmer ne se sentait pas à l'aise. Et donc il nous a
quittés. On a toujours de bons rapports. Mais à chaque fois que
l'alchimie change au sein du groupe, quand quelqu'un part, ou nous
rejoint comme par exemple Noël (Hofman),
le trompettiste qui joue sur « Disclosure » - il fera quelques
concerts avec nous aux Pays bas, Il n'avait pas le temps de venir en
France... - cela donne une autre dynamique au groupe. Ce sont de
belles choses, pouvoir ajouter ces éléments,... mais pas trop car
il faut que cela reste du GATHERING bien sûr.
Qui a eu cette idée,
justement, d'ajouter de la trompette sur cet album ?
Silje : Par le passé, THE GATHERING
a utilisé différents instruments classiques, hautbois, violons, et
il me semble que ces apports sont naturels pour le groupe depuis
longtemps. C'est probablement Frank qui a eu cette idée....
En l'absence de trompettiste, ses
parties sont jouées au clavier ?
Hans : Oui, ou parfois c'est la
guitare qui joue ces mélodies,... Mais on les joue ! Ce n'est pas
comme si on avait un bouton « trompette » sur lequel on appuierait
!
Silje : Beaucoup de groupes font ça aujourd'hui.
Hans : Mais pas nous. On essaye de tout reproduire « live »,
et différemment, sinon ça n'a aucun sens.
Récemment vous avez donné des concerts avec votre premier
chanteur, Bart Smits, revenant au son de vos origines, et j'ai lu une
interview dans laquelle René (Rutten, guitariste et frère de
Hans) a déclaré qu'il avait aimé ça et qu'il n'était pas
impossible qu'à l'avenir vous reveniez vers un son plus metal...
René... et puis voilà que sort « Afterwords » qui est à
l'opposé de cette influence ! Est-ce possible que vous reveniez à
un son avec des guitares plus heavy ?
Hans : Et bien, en fait, Bart chante sur « Afterwords », mais
à part ça, je nous vois mal sonner à nouveau comme en 1992, c'est
impossible... (rires!!)
Silje : (Rires!!)
Hans : Ca n'aurait aucun sens...
Silje : C'est le passé....
Hans : On peut essayer, mais ce serait contre nature, et ça
s'entendrait. Commercialement, ça pourrait être intéressant, mais
ça n'aurait aucun sens. Mais c'était sympa de rejouer ces chansons
20 ans plus tard avec les anciens membres,... Mais c'était aussi
très difficile car c'est du metal avec des passages très rapides
même si c'est du doom, et il a fallu que je retravaille mon jeu de
batterie !
Comment définiriez-vous la musique de THE GATHERING ?
Hans : C'est du cross-over, il peut y avoir des éléments pop,
rock, metal, gothic, doom, symphonic, mais on essaye toujours de leur
donner un aspect classieux. Psychédélique aussi peut-être....
Silje : Pour faire court, j'appelle ça du rock atmosphérique.
Hans : Voila. C'est nous ! Ou cross-over, mais ça a une
connotation hardcore..
Vous faîtes partie des rares groupes qui à l'instar de
MARILLION se retrouvent encore dans les pages des magazines metal....
Hans : Oui..
...alors que vous n'en faîtes plus !
Hans : Non. Mais c'est parce qu'ils nous demandent.
Vous pensez que c'est parce que vos fans sont fidèles ?
Hans : Oui, mais je pense que le metal change. Il en a besoin,
car il stagne depuis longtemps je trouve. Les années 90 étaient
fabuleuses. Il y avait tellement d'expérimentation. Tout était
possible. Et à un moment donné des groupes comme HAMMERFALL ou
MANOWAR sont revenus en force, notamment en Allemagne, le metal
devait être « true », et les choses ont commencé à stagner. Mais
c'est important d'évoluer. Bien sûr il y a de grandes institutions,
comme IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST, qui ont une identité à défendre...
mais je pense que les années 90 étaient une période très
excitante. Je suis sûr qu'il y a aujourd'hui encore de très bons
groupes, même s'ils n'ont pas le succès des années 90...
Vous savez qui constitue votre fanbase ?
Silje : C'est un mélange, il y a bien sûr toujours les fans
de metal, je vois les cheveux longs dans le public...
Pour ceux qui en ont encore !
Silje : C'est vrai (rires), mais par le passé THE GATHERING
était signé chez Century Media qui était un gros label metal,
travaillait bien sur le groupe, le faisait participer à de gros
festivals, et donc le groupe s'est retrouvé dans cette famille avec
cette étiquette, et c'est resté. Mais il est vrai aussi que le
public metal est constitué de vrais amoureux de musique. C'est très
important, s'ils écoutent une musique, c'est parce qu'ils l'aiment.
Vous-mêmes, vous écoutez toujours du metal ?
Hans et Silje : Oh oui !
Hans : Rien de neuf, mais des trucs anciens oui.
L'année prochaine, vous allez fêter le 25ème anniversaire du
groupe. Vous avez prévu quelque chose ?
Hans : La seule chose de prévue pour l'instant, c'est de dîner
tous ensemble ! (rires) Pour le reste on ne sait pas encore. On y
réfléchit, mais on n'a rien de concret. Il va bien falloir faire
quelque chose, car 25 ans ce n'est pas rien ! Mais ce ne sera
peut-être pas un concert, peut-être passer un weekend ensemble...
Silje : et chanter « happy birthday to us ! » (rires)
Hans : (rires) oui, un truc comme ça ! (rires)
Une chose me sidère, c'est votre popularité en Amérique du
sud (Chili, etc...). A quoi est-elle due ?
Hans : Pas à une grosse compagne promotionnelle en tout cas !
Notre musique les touche, probablement, je ne sais pas... Ils
téléchargent tous, on ne vend pas de cd là bas, tout est fait
illégalement.... Ils aiment notre musique, tout simplement. Ce n'est
pas qu'au Chili, c'est vraiment toute l’Amérique du sud, et c'est
génial.
Qui a réalisé les pochettes de vos deux derniers albums ?
Elles sont magnifiques !
Hans : C'est un gars que René connaît, Carlos Vergara Rivera,
un artiste chilien. Il travaille à l'ancienne, en réalisant des
gravures sur bois, des timbres, qu'il colorie ensuite. C'est un type
très sympa, avec un style très particulier. La pochette de «
disclosure » est vraiment parfaite, elle convient parfaitement,
c'est une vraie œuvre d'art.
Silje : Il nous avait envoyé des exemples de son travail sur
Facebook je pense, il avait réalisé des personnages en papier
représentant les membres du groupes dans son style particulier, et
c’était magnifique ! On s'est vite rendu compte de son talent ! Il
nous a impressionnés avant même de réaliser les pochettes.
Merci à tous les deux, et bon
concert ! (live-report à suivre....)
Nous vous invitons à visiter la page facebook de Carlo Vergara
Rivera et consulter les albums de ses œuvres, ainsi qu'à visiter
ses pages aux adresses suivantes :