Après un premier album sorti en 2011 (« Orphan of good manners ») un peu foutoir mais éminemment sympathique par sa volonté de bousculer les codes d'un paysage metal français sclérosé, les déjantés et énigmatiques parisiens de 6H33 reviennent en ce premier mai 2012 sur le devant de la scène avec un surprenant EP qui va faire date.
Œuvrant dans un metal/hardcore loufoque et cinématographique, il manquait cependant à « Orphan of good manners » l'étincelle explosive, le groupe ressemblant au coyote s'acharnant à sauter nerveusement sur un détonateur désespérément muet, tandis que la bombe installée sur la route du bip-bip restait inoffensive malgré un potentiel éminemment destructeur.
Mais réjouissons-nous car ce temps est désormais révolu. La bombe à retardement a trouvé sa mèche providentielle !
« Giggles, Garlands & Gallows », puisque c'est ainsi que se nomme cet EP 3 titres, est le produit d'un attelage que l'on qualifierait outre-atlantique de « dream team », celui de 6H33 et de l'une des voix les plus originales et polymorphes du metal français, celle d'Arno STROBL (ex-CARNIVAL IN COAL).
Cet EP se décompose en trois pistes.
Si la troisième, « I like it », est la plus facile d'accès, de par sa durée (4 m 24 s) et son aspect easy listening, elle n'en demeure pas moins marquée par de fortes influences « MR BUNGLE » (groove, choeurs californiens à la BEACH BOYS, chant, claviers, grosses guitares rythmiques sur les refrains, solo guitare/saxo, final accéléré en rupture,...) et malgré ses qualités évidentes tant dans la composition que l'interprétation, fait pâle figure par rapport aux pièces maîtresses que sont les deux autres titres.
Car le gros morceau, ce sont les deux parties de « Giggles, Garlands & Gallows » : « Order of the red nose » et « M.I.D.G.E.T.S. », qui totalisent à elles deux plus de 21 minutes.
Deux morceaux totalement fous, tant musicalement qu'au niveau des paroles, explorant une multitude de pistes et contant dans un humour abscons très premier degré la vengeance passionnelle d'un serial killer clown à l'encontre de nains, puis la révolte de ceux-ci et la traque goresque de l'homme au nez rouge. Les textes sont par leur rythmes et les mots utilisés carrément jubilatoires.
Les claviers prédominent sur ces deux titres, dont la composition repose entièrement sur les épaules de Niko (guitares). La première partie est particulièrement dansante, alors que la seconde est plus hachée, faisant une part plus grande aux voix death. Arno Strobl multiplie les différents types de chants, clair, death, narration, à la Elvis, choeurs grandiloquents à la Devin Townsend, quelques "r" roulés à la Serj Tankian,... avec autant de bonheur, et surtout un dynamisme et un entrain (appuyés par un chant qui se répond à lui-même) qui canalisent les digressions musicales explorées par le groupe, cimentant les différentes composantes de la musique de 6H33 qui, si elle s'avère moins aventureuse que celle d'un MR BUNGLE par exemple, démontre sur cet EP une réelle ambition particulièrement aboutie.
La première partie fait taper du pied (pointure 57 !), la seconde fait headbanger. Et le temps passe en un battement de paupière sous le grand barnum érigé par le groupe, dans une ambiance de cirque qui doit autant à MR BUNGLE qu'à Danny Elfman. L'auditeur est soufflé par une telle maîtrise, sur une telle longueur, tellement plus convaincante que celle dispensée sur « Orphan... ». Les claviers multiplient les sonorités, les ambiances, les guitares se font un peu moins discrètes sur la deuxième partie, la basse se permet quelques libertés groovy,... et le groupe n'a toujours pas de batteur. Enfin la production d'Emmanuel Rousseau (White Wasteland Studio) est – juste – énorme.
C'est simple, le spectacle commence tranquillement avec un Arno Strobl qui vous accueillle en véritable Monsieur Loyal, avant que le groupe ne vous cloue immédiatement sur votre banc et vous captive sans relâcher sa prise un instant, vous emportant dans les méandres de sa folie contagieuse. Une folie que le meilleur moyen de tester et de vous y prendre par vous-même. Ca tombe bien, l'EP est en téléchargement libre jusqu'au 31 mai 2912 à cette adresse :
www.633theband.com. Il sera ensuite disponible physiquement à l'automne 2012, agrémenté de titres supplémentaires.
« Giggles, Garlands & Gallows » est une puissante œuvre musicale et intellectuelle, dont les qualités évidentes en font une drogue jouissive.
6H33 a trouvé son Mike Patton. Le metal français a trouvé un grand groupe. Alors même si cette collaboration n'est que ponctuelle (6H33 ayant depuis déniché un nouveau chanteur, Rorschach, qui chante d'ailleurs sur les deux derniers couplets de la deuxième partie de G.G.G.), il est dit qu'elle ne restera pas sans lendemain. 6H33 & ARNO STROBL restera un projet parallèle, dont on attend déjà avec impatience les futures sorties.
Nombreux sont ceux qui avaient découvert CARNIVAL IN COAL au gré de samplers encartés dans des magazines de metal. « Entrez le carnaval » fut l'un des titres qui ont aidé à leur popularité. On y parlait de clowns moqueurs.....
Qu'on se le dise ! En 2012, le clown is back !