Qui
aurait imaginé voir TRUST sur scène en 2013 après les annulations
successives du HELLFEST 2011, du SONISPHERE 2012, etc... et alors que
nous en étions restés à un communiqué laconique ( « Les
deux leaders du groupe n’ayant pas trouvé d’accords juridiques
et financiers qui leur permettraient de retravailler ensemble...») qui
fermait les portes à double, triple, quadruple tour ?
Personne,
et bien sûr TRUST n'est toujours plus. Mais si l'image de ses «
deux leaders » s'est trouvée dégradée par ces imbroglios et
fiascos inspirant guère d'empathie, il n'en demeure pas moins que
les fans pouvaient légitimement pleurer un répertoire historique
que l'on imaginait à jamais tu.
Comme
dans toute séparation, il faut toujours un gentil et un méchant.
Dans l'inconscient kollektif, Bernie semblait un coupable tout trouvé
face au discret et gentil Nono. Et pourtant la surprise vient du
chanteur emblématique de TRUST qui reprend les routes de
France pour donner une série de concerts avec son nouveau groupe,
KOLLEKTIF AK-47. Un groupe qui ne trompe personne puisqu'il est
composé des membres de TRUST...sans Nono, Vivi abandonnant la basse
pour la guitare.
Ils
font étape ce soir à Brest, dans la petite salle de La Carène.
Malgré les mauvais souvenirs laissés par la dernière prestation de
TRUST dans la ville, au cours de laquelle Bernie alla jusqu'à chanter dos
au public (sans commentaires), 200 personnes ont fait le déplacement.
Pas
de première partie. Le groupe arrive sur scène dans le silence,
s'installe tranquillement, et Bernie, dont on guette attentivement
l'humeur, prend la parole pour simplement saluer l'assistance et
présenter la soirée. « On va vous jouer des trucs...»,
annonce-t-il. Puis le groupe entame les premières mesures de «
Comme un damné », qui ont le mérite de donner le ton de ce que
sera la suite. Rock'n'roll. Sans compromission. Sans fioritures.
Instaurant
une grande proximité avec le public, amplifiée par la configuration
des lieux, Bernie est le maître de cérémonie sur lequel se
focalisent tous les regards. Sa tenue de scène estivale cumule bob,
lunettes de soleil (« pour protéger mes yeux nickés »), et
chemise (« venant de Palestine ») nonchalamment ouverte sur un
t-shirt ANTHRAX (tiens donc !).
Les
morceaux s'enchaînent avec une belle énergie, une réelle
authenticité rock, et l'ambiance est vraiment chaleureuse, amicale
même. Bernie est heureux et le dit : « Je kiffe grave cette
ambiance, de voir les gens.... ». Le reste du groupe, Vivi et Izo
aux guitares, Farid à la batterie et Patrick Loiseau, souriant mais
plus en retrait à la basse, se vanne constamment. Bernie est très
en voix, et bouge bien, se lançant même à un moment dans une danse
du ventre langoureuse (oui, bon, enfin....). Tantôt politique,
tantôt humble (« On n'est pas là pour découvrir un nouveau
vaccin, on est là pour le rock, s'amuser, ne surtout pas se prendre
la tête »), le discours se veut vindicatif mais avec pas mal de
recul et de sagesse, comme apaisé. Jusqu'à ce qu'il titille un
public qu'il estime trop amorphe : « Vous n'êtes pas trop énervés les bonnets rouges ! Vous mettez plus d'énergie à abattre les
portiques ! », avant de reconnaître en s'excusant presque : « Je
suis taquin... ».
Lorsque
du public s'échappe un « Pas mal pour un groupe de jeunes ! »,
Bernie répond du tac au tac : « Ahah ! C'est vrai ! On va va
essayer d'arracher la première partie de Grégoire ! ».
Le
public est acquis à la cause de Bernie, qui, entouré de musiciens
plutôt discrets, est la « star » de la soirée. Alors on se
surprend à se demander si ce n'est pas ça, justement, le souci avec
TRUST : l'impossibilité aux deux figures emblématiques de partager
la même scène ? Un conflit d'ego insoluble ? Ce soir, Bernie
apparaît libéré et n'a pas à partager l'amour du public. Alors
qu'il débouche une bouteille et que des spectateurs s'interrogent
sur son contenu, il répond « Je bois de l'eau ! Johnny, lui, les
remplit de vodka ! Véridique ! Tiens, tu veux vérifier ? ». Il se
prend en retour un « On s'en fout de Johnny ! Bernie on t'aime !!!
». Et pendant ce temps-là, Izo profite de la pause pour vapoter, et
se rencarder auprès d'un fan du premier rang sur le score du PSG qui
joue ce soir en Champions League.
Si
la setlist est parsemée de quelques classiques (« Au nom de la race
», « Préfabriqué », « Certitude, solitude »), les morceaux
moins connus ou plus récents, voire même inédit (« Dieu dans vos
bouches »), ont tous deux points communs : le rock et le plaisir de
jouer. Alors bien sûr, sans Nono à la lead, les titres ont une
autre couleur, ce n'est pas vraiment TRUST, mais le rock'n'roll est
bel et bien là, sur scène, devant un public conquis.
La
soirée s'achève (forcément ?) sur un « Antisocial » rapidement
exécuté et chanté par deux membres du public invités à monter
sur scène. KOLLEKTIF AK-47 aura livré près de deux heures d'un show
extrêmement convivial. Et en sortant de la salle, on a l'impression
d'avoir retrouvé des amis, d'avoir tiré un trait sur les fâcheries
et les incompréhensions des dernières années. On en vient même à
attendre la suite avec impatience. Never say never again..... Une
bien belle soirée.
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