jeudi 23 février 2012

PAIN OF SALVATION @ Paris (Le Divan du Monde) - 18•02•2012 [live report]

En ce samedi frisquet et humide, le Divan du Monde accueille pour la première de ses deux dates françaises (le groupe joue le lendemain à Toulouse), les suédois de PAIN OF SALVATION. Il s'agit de la septième date de cette tournée européenne qui voit un groupe remanié à 60% défendre enfin en tête d'affiche l'excellent « Road Salt two » sorti en septembre dernier (chronique ici). Les dernières prestations du groupe dans notre pays ont été en demi-teinte, que ce soit au Hellfest 2011, ou en octobre en première partie d'OPETH. De même, le dernier concert immortalisé sur DVD, « Ending Themes (on the two deaths of Pain of Salvation) », enregistré avant la sortie des deux volumes de « Road Salt », n'avait pas été réellement enthousiasmant, la faute à une trop grande nonchalance sur scène et une setlist orientée vers les pièces les plus progressives et techniques du répertoire, au détriment de morceaux plus metal ou énergiques. Aussi c'est avec beaucoup d'interrogations (et surtout d'espoir, tant la discographie de PoS a de quoi enchanter les metalleux les plus exigeants) que nous rejoignons la foule massée sur le trottoir devant la salle, pour ce concert annoncé comme complet depuis plusieurs jours.


Dans la moiteur naissante de la petite salle du Divan, les premiers arrivés se massent devant la scène où CRYPTEX s'est installé « comme à la maison » sur la petite surface laissée libre entre le matériel bâché de PAIN OF SALVATION. Les premiers accords de ce trio allemand recroquevillé sur lui-même et la voix chaude de son souriant chanteur/clavier, Simon Moskon, résonnent immédiatement comme une révélation. Musique organique typée seventies, dynamisme, entrain, charisme..... tout concourt à transformer ce groupe jusqu'alors inconnu et auteur d'un seul album, d'un statut de chauffeur de salle à celui d'évidence. Avec un batteur en retrait, un guitariste cravaté et taciturne, et un véritable showman (en kilt, lui), bateleur, sautant d'un micro à l'autre pour changer d'instrument, discutant avec la foule comme s'il s'agissait de ses amis, les yeux pétillants d'étoiles, CRYPTEX délivre le temps d'une douzaine de titres une prestation que l'on peut qualifier de progressive folk-rock, qui emporte l'adhésion générale. Il est rare de trouver une telle adéquation entre la première partie et la tête d'affiche. CRYPTEX l'a fait, avec une joie de jouer communicative. Grosse pêche. Enorme banane. Moskon sait que son groupe a assuré, et dans un dernier clin d'oeil il quitte la scène en invitant les spectateurs à dépenser sur son stand merchandising car « il a des frais » ! Un groupe à suivre, et à revoir rapidement ! Entre les rideaux fauve qui entourent la scène du Divan et les masques africains ornant les balcons boisés de la salle, ce groupe a donné un côté cabaret sauvage à ce début de soirée.


Le Divan du Monde est désormais complet et la chaleur continue à monter. Les lumières se sont rallumées et la sono diffuse une musique d'ambiance d'un éclectisme qui fait le grand écart entre Robbie Williams et une version jazzy de « Let the sunshine in », en passant par FAITH NO MORE.






Il est 20 heures quand une chanson que l'on devine être en suédois cède le pas dans la pénombre aux premières mesures du « Road Salt Theme ». La foule exulte et le groupe qui envahit la (petite) scène reçoit une ovation tonitruante. La salle est comble de fans. D'ailleurs, la plupart chanteront pendant les deux heures qui vont suivre. La première incertitude concerne les nouveaux membres, puisqu'aux cotés de Daniel Gildenlöw (chant/guitare), seul notre compatriote Léo Margarit (Batterie) a conservé son poste au sein du groupe depuis la fin d'année. Il est étonnant d'ailleurs que le groupe assure la promotion des deux « Road Salt », dont les pochettes supportent les visages de membres dont la moitié ne sont pas sur scène ce soir (mais pourtant bien sur le merchandising vendu au stand dans la salle). Le visuel du groupe devait notamment beaucoup au look décalé du blond Johan Hallgren et ses célèbres dreadlocks, guitariste/chanteur au sein de PAIN OF SALVATION depuis 13 ans. Désormais, les claviers sont tenus par Daniel “D2” Karlsson, précédemment bassiste live du groupe. La guitare et le chant additionnel ont été confiés à l'Islandais Ragnar Zolberg, et on assiste au retour à la basse de Gustaf Hielm (déjà présent au sein du groupe entre 92 et 94, et ex-MESHUGGAH).


Si Karlsson est positionné en retrait, au fond de la scène, le devant de celle-ci est occupé de gauche à droite par Hielm, Gildenlöw, Zolberg et Margarit, formant une ligne de front face au public. Et pour signifier que le nouveau PAIN OF SALVATION est là pour de bon et n'a rien à envier à ses ainés, le groupe débute par « Softly she cries » extrait du dernier album qui met tout de suite en avant le nouveau chanteur/guitariste, avec lequel Daniel Gildenlöw partage le chant. Le ton est donné.


Ce line-up rajeuni est talentueux et rageur. Zolberg joue et chante avec un investissement et un talent qui impressionnent ! Tous les doutes sont levés en un seul morceau. Le groupe enchaîne sur un « Ashes » qui rassure définitivement : la soirée sera metal plus que progressive. Il y a des concerts où l'on ressent tout de suite la tournure des événements, et en deux morceaux PAIN OF SALVATION a sorti deux bonnes pioches incitant au headbanging ! « Linoleum » surgit alors, et permet à Gildenlöw de commencer son show. Il fait crier le public entre chaque riff, et pointe du doigt une spectatrice sur la droite de la salle qui serait la seule à sourire en se bouchant les oreilles au lieu de crier, ce qui ne manque pas de le surprendre, car d'habitude « les filles aiment crier, surtout les françaises ! Surtout ici ! A Paris, la city of light ! », dit-il avec ce petit sourire en coin, ravi de sa sortie. PAIN OF SALVATION aligne avec bonheur et énergie les extraits de ses deux derniers albums (« The deeper cut », « 1979 », « To the shoreline ») puis livre une version atomique de « Chain Sling » sur laquelle Zolberg (le captain Sparrow blond, comme le présente Gildenlöw) délivre une prestation bluffante tant au chant qu'à la guitare. Le groupe croule sous la chaleur. Alors que la sueur coule à grosses gouttes de la main gauche de Hielm, la chemise en jean de Gildenlöw devient de plus en plus moulante, ce qui fait crier à quelques spectateurs « take it off !! ». Léo Margarit le répête à Gildenlöw, qui avait fait semblant de ne pas entendre ni comprendre, et qui révèle qu'il n'a joué qu'une seule fois torse nu......de toute sa vie ! On ressent sur scène une grande connivence entre Gildenlöw et son batteur, lesquels se vannent à froid en permanence. Ils ne ratent pas une occasion de détendre l’atmosphère entre chaque morceau, pour mieux faire ensuite replonger la salle dans la noirceur des thèmes développés dans le répertoire du groupe, dont huit titres seront extraits des deux « Road Salt », alors que les sept autres seront autant de pièces maîtresses, de classiques,...donnant à la soirée des allures de Best Of imparable (Notamment « Ending Themes », « The perfect element », « Kingdom of loss ».... entourant « Stress » sorti du passé lointain, et un magnifique « Enter Rain » jamais joué avant cette tournée et sur lequel le groupe se reprendra par trois fois).






Le côté metal est réellement privilégié, Gildenlöw, bondissant, déchaîné, ne s'affranchissant de sa guitare que sur deux titres (« Kingdom of loss », et « Sisters »). Tous les prétextes sont bons pour discuter avec le public. Que ce soit pour plaisanter sur son « doigté » avec les filles, qui générera un petit cri de sa part lorsqu'il replacera la sangle de sa guitare, pour rendre hommage au fanclub « Inside the pain », constitué il y a tout juste dix ans ce jour par des français lors d'un concert de PoS à Barcelone auquel assistait Léo Margarit, pour jouer quelques notes de « Disco Queen » afin de satisfaire la demande d'une fan (alors qu'il venait de demander si l'on était prêt à entendre du Rock), ou bien encore pour prendre à partie ce « type au bar avec l'accent anglais » qui n'arrête pas de crier qu'il n'y aura pas de « fucking curfew » ce soir.... On ne peut que lui reconnaître un réel talent pour se mettre en toute simplicité le public (très réactif) dans la poche. Les rires fusent en permanence entre les morceaux.


Vient le moment du rappel, alors que « Healing now » n'a pas été joué ce soir. Le groupe revient sur scène en ayant échangé leurs instruments. Gildenlöw s'est installé à la batterie, Hielm à la guitare, Karlsson à la basse, et Zolberg s'empare du micro. Gildenlöw déclare qu'ils vont jouer un morceau d'un groupe qui n'est pas trop connu en France, d'après ce que lui a dit Léo. Le groupe se lance dans une version vitaminée du « Black Diamond » de KISS ! Léo Margarit reprend ensuite sa place en se plaignant que, comme d'habitude, Daniel a tout cassé ! Ils en plaisantent ensemble, et les regards ne trompent pas, ces deux-la s'entendent comme larrons en foire.


Gildenlöw réclame en français à son technicien « la fretless » qu'il avait utilisée sur « Enter Rain » et démarre un « The Physics of Gridlock » interprété de façon majestueuse jusqu'à son final en français, avant de terminer sur un émouvant « Sisters », laissant le public abasourdi.


Groupe charismatique, complicité avec le public, setlist de rêve, son excellent,... la soirée fut exceptionnelle ! Le public radieux et en nage est sous le choc quand se rallument les lumières à 22 heures.


Pour ma part, je ne pouvais rêver mieux que ce subtil mélange entre les moments forts des deux « Road Salt » et ces classiques ambitieux qui font à mes yeux de ce groupe le chaînon manquant entre FAITH NO MORE et QUEENSRYCHE. Quelle soirée ! Quel groupe ! Quel Gildenlöw !


Remerciements à Fred de Garmonbozia Inc.


(Photographies par Christophe Claude....et bien d'autres à retrouver sur son blog, ici !)


SETLIST


1. Softly She Cries
2. Ashes
3. Linoleum
4. The Deeper Cut
5. 1979
6. To the Shoreline
7. Chain Sling
8. Ending Theme
9. The Perfect Element
10. Stress
11. Kingdom of Loss
12. No Way
13. Enter Rain


Rappel :
14. Black Diamond
15. The Physics of Gridlock
16. Sisters


    mardi 7 février 2012

    MASTODON @ Paris (Le Bataclan) - 20•01•2012 [live report]

    Fort d'un surprenant album particulièrement léché ayant trusté la plupart des référendums 2011 ("The Hunter"), MASTODON s'est lancé dans une tournée européenne le 11 janvier 2012 qui faisait étape le 20 à Paris, au Bataclan, pour son unique date française.

    Moins épique, plus formaté, mieux dompté, ce nouvel opus portait en lui les défauts de ses qualités, mais la possibilité de voir le groupe le défendre sur scène avait piqué notre curiosité.

    Pour des raisons sur lesquelles nous aurons l'intelligence de ne pas revenir, le chemin vers le Bataclan ne fut pas simple. Mais déterminés nous sommes, et bien nous prit de nous démener jusqu'à la dernière minute pour assister au show d'un groupe que nous soutenons depuis longtemps déjà, et qui mérite amplement que l'on continue à se battre pour le soutenir. Le spectacle qui nous attendait allait justifier notre abnégation.

    RED FANG avaient pour mission de chauffer la salle, et c'est Leonor Ananké, transportée par leur prestation, qui vous la raconte avec enthousiasme sur son blog .

    La barre fut placée haute et MASTODON allait devoir lutter pour affirmer son statut de star du jour.


    Et il ne fallait pas rater le départ de ce rollercoaster inarrêtable qui démarre sur les chapeaux de roues avec un "Dry Bone Valley" issu du dernier album. Le show est rodé et le groupe enchaîne les titres d'une setlist immuable soir après soir, sans prendre le temps de respirer ni de communiquer avec la salle. Qu'à cela ne tienne, la performance est hypnotisante. Des lights austères, un simple backdrop reprenant la pochette de "The Hunter", des musiciens sobrement habillés de noir (on remarquera le t-shirt des MELVINS porté par Brent Hinds)... la musique, rien que la musique !

    Brent Hinds occupe le côté gauche de la scène sous ses allures de Barbe-Rousse hyper concentré et torturé, alors que Bill Kelliher en occupe plus discrètement le côté opposé ciselant méticuleusement ses riffs. Tous deux entourent le bassiste et principal chanteur Troy Sanders, dont le moins qu'on puisse dire est que chez L'Oréal "il ne le vaudrait pas bien". Brann Dailor restera quant à lui caché derrière sa batterie customisée aux couleurs de Randy Rhoads la quasi-totalité de la soirée.

    Une soirée riche de plusieurs enseignements.

    Tout d'abord, elle consacre le groupe dont la popularité est ici révélée de manière indiscutable. Le Bataclan, plein comme un oeuf, est entièrement dévoué à sa cause. Du premier rang de la fosse aux balcons, les paroles sont reprises en choeur, les têtes headbangent à l'unisson, les bras se lèvent au même rythme. La communion est totale. Pas de touristes dans la salle ce soir !

    Le deuxième enseignement est musical. Outre neuf titres extraits de 'The Hunter", le groupe joue quatorze autres titres issus des quatre précédents albums. Si le groupe n'a jamais caché ses influences sludge ou hard rock, il n'a jamais enchainé deux albums identiques, puisant son inspiration dans des styles aussi différents que la NWOBHM, le thrash, le stoner, voir même le prog metal sur son dernier né, pour donner à chacun une couleur distincte. Loin de représenter une évolution, il s'agit d'une expression des nombreuses facettes de MASTODON et le panachage présenté ce soir est d'une rare cohérence. Il faut se rendre à l'évidence : la musique de MASTODON est d'une grande richesse et le show captivant !

    L'énergie prime et jamais la tension ne retombe. Le groupe varie les ambiances, et régulièrement les titres joués déchainent des pogos dans une fosse survoltée. Le Bataclan est réputé pour sa chaleur moite et ce soir de janvier, la sueur perle sur tous les corps ! Témoignage de l'énergie distillée par MASTODON, il ne faut pas plus d'1h45 au groupe pour délivrer les 23 titres dont les versions studio cumulées dépassent allègrement les deux heures ! Couvre-feu oblige, le rappel est joué sans que le groupe ne quitte la scène, alors que les membres de RED FANG viennent donner de la voix sur le vraiment curieux "Creature lives".

    Si l'on regrettera quand même au terme de cette excellente soirée l'absence de véritable frontman charismatique qui aurait pu haranguer la foule et la tenir dans sa main sans jamais relâcher son emprise, on retiendra surtout que MASTODON est en passe de devenir une valeur incontournable du metal, un poids lourd doté d'une véritable identité et d'un son unique d'une efficacité redoutable. Le genre de groupe qu'on ne peut que respecter, et qui s'avère capable de jouer plus de vingt titres sans lasser une seconde, en un mot, un GRAND.

    Les absents ont eu tort ce soir.

    Pour ma part, à jamais restera gravé dans ma mémoire ce fan qui se tenait à mes côtés et réclama en hurlant pendant tout le concert "Bloude end Tander". Heureusement, il obtint satisfaction à quelques minutes de la fin !

    Comme l'ensemble de l'assistance, il repartit le sourire aux lèvres.

    (Merci à Leo pour ses photographies !)

    SETLIST :
    1. Dry Bone Valley
    2. Black Tongue
    3. Crystal Skull
    4. I Am Ahab
    5. Capillarian Crest
    6. Colony of Birchmen
    7. Megalodon
    8. Thickening
    9. Blasteroid
    10. Sleeping Giant
    11. Ghost of Karelia
    12. All the Heavy Lifting
    13. Spectrelight
    14. Curl of the Burl
    15. Bedazzled Fingernails
    16. Circle of Cysquatch
    17. Aqua Dementia
    18. Crack the Skye
    19. Where Strides the Behemoth
    20. Iron Tusk
    21. March of the Fire Ants
    22. Blood and Thunder
    23. Creature Lives