ORPHANED LAND achevait la première partie de sa tournée 2013 au MOTOCULTOR FESTIVAL (56), avant de reprendre la route fin septembre, en compagnie de nos compatriotes KLONE, mais aussi des Palestiniens KHALAS. Nous avons eu le plaisir de rencontrer le groupe juste après son concert du samedi soir, et de nous entretenir longuement avec son petit nouveau, le guitariste Chen Balbus, qui fêtera son 21ème anniversaire en novembre. L'occasion de faire le point sur l'orientation mainstream prise par le groupe sur son dernier album, "All Is One", mais aussi bien évidemment d'évoquer la situation politique au moyen orient, et le message de paix qui sous-tend toute l'oeuvre du groupe.
Bonsoir Chen. Tu as
rejoint ORPHANED LAND en 2011. Etais-tu déjà là lors du précédent passage du
groupe au Motocultor cette même année ?
Non, j’ai regardé le concert sur Youtube !
Votre nouvel album
est assez différent des précédents, peut-être plus grand public, plus
symphonique. Qu’est-ce qui a motivé cette évolution ?
C’est assez simple. Nous pensons qu’aucun album d’ORPHANED LAND ne doit sonner comme le
précédent. Il est presque impossible de comparer « Mabool » à
« OrwarriOR » (« The Never Ending Way Of ORwarriOR », 2010
– ndr), par exemple, même si les deux albums sont complexes. Nous avons exploré
cette complexité, puis nous avons décidé de revenir à des choses plus simples
et de nous concentrer sur notre message : « All Is One ».
Cette évolution
favorise-t-elle la diffusion de votre message vers un public plus large ?
Précisément. La structure de nos morceaux est plus simple
et nos paroles sont moins ésotériques, beaucoup plus directes, in your face : « All Is
One ». C’est ce que nous voulons dire.
Le growl a presque totalement disparu, sur
cet album. Pourtant, aujourd’hui, vous avez débuté votre concert par des
morceaux plus anciens, sur lesquels Kobi (Kobi Farhi, chanteur d'ORPHANED LAND - ndr) adopte ce style de chant. Est-ce que vous
adaptez les set-lists de vos concerts en fonction de votre public ?
Nous avions initialement décidé que « All Is
One » ne contiendrait aucun growl.
Pourtant, lorsque nous nous sommes retrouvés en studio, nous avons réalisé que
le morceau « Fail » portait une grande colère : il n’y a qu’à
écouter ses paroles. De notre point de vue, le growl s’imposait, d’autant que nous ne sommes pas devenus allergiques
au growl, ne t’inquiète pas ! Pourtant,
ce style de chant ne colle pas à l’ensemble des morceaux de l’album. Et pour
répondre à la seconde partie de ta question, en tout état de cause, nous
souhaitons continuer de composer nos set-lists avec l’ensemble des albums
d’ORPHANED LAND. Jouer un album du début à la fin ne présenterait aucun intérêt
à nos yeux.
Comment « All Is One » a-t-il été reçu par les fans ?
Les réactions ont été mitigées. Une partie des fans estime
que c’est le chef d’œuvre d’ORPHANED
LAND. Une autre a pensé : « Mais
qu’est-ce qui vous arrive ? Vous tombez dans le mainstream, tout ça pour passer à la radio ! ».
A ces derniers nous répondons : « Non,
c’est toujours ORPHANED LAND, nous
n’avons pas abandonné notre marque de fabrique. » Seulement, nous
avons voulu explorer un chemin différent, cette fois. Rien ne nous poussera
jamais à faire quelque chose que nous ne voulons pas faire : nous
poursuivons nos envies et « All Is One » est l’album que nous
souhaitons partager, cette fois.
Ce que tu appelles
votre marque de fabrique, c’est ce groove proche-oriental qui vous distingue de
tous les groupes de Metal ?
En effet. Il existe beaucoup de styles de Metal différents.
Pourtant, si tu prends le suédois ou le finnois ils sonnent un peu scandinaves !
Pour notre part, nous sommes Israéliens : c’est notre réalité, notre
héritage. Il semblait naturel de le prendre en compte dans notre musique et
c’est ainsi que le « Metal oriental » est né.
Vous présentez
ORPHANED LAND comme une arme pour la paix…
Cette marche vers la
paix est très lente. Comment conservez-vous la foi ?
Pendant notre concert, aujourd’hui même, j’ai encore vu
flotter des drapeaux de plusieurs pays arabes, un drapeau turc… et j’ai dû en
louper pas mal parce que je ne porte pas mes lunettes, sur scène ! Or
partout où nous allons, les gens dansent et font la fête avec nous – et donc,
par extension, avec Israël. Certes, notre pays fait face à des risques, il est
isolé, mais cette situation nous motive et donne un sens à ce que nous faisons.
L’un de nos fans a lancé une pétition pour qu’ORPHANED LAND soit nominé pour le
Prix Nobel de la Paix ! Cela nous encourage : nous devons continuer.
Constates-tu des
progrès, à cet égard ?
Oui, même s’ils sont lents. Si tu plantes une graine, il
faut la laisser éclore et grandir.
J’ai lu que la
Turquie était le seul pays musulman dans lequel ORPHANED LAND pouvait se
produire.
C’est vrai. La Turquie a toujours été une seconde patrie
pour ORPHANED LAND. En revanche, avec un passeport israélien, tu ne peux
rentrer dans aucun pays arabe : nous y sommes systématiquement considérés
comme des ennemis d’état ! C’est malheureux, mais comme nous savons que le
groupe a de nombreux fans dans tous ces pays, nous espérons avoir l’occasion de
nous y produire, un jour. J’ajoute que dans ces pays, il est souvent interdit
d’écouter du métal… Nous rêvons donc de pouvoir un jour y apporter un peu de
bonheur aux fans qui écoutent ce genre de musique.
Plus largement, sur la tournée de « All Is One »,
c’est un groupe de musiciens arabes qui nous accompagnera (KHALAS – ndr). Des Israéliens et des Arabes qui partagent le même tour bus, et la même scène… comme des
frères ! Car c’est ce que nous sommes : après tout, nous sommes tous
des êtres humains, peu importe notre religion ! Juifs, Musulmans :
nous sommes des êtres humains.
Kobi a dit sur
scène, tout à l’heure, que le Metal était une religion. Qu’en penses-tu ?
Pour moi, le Metal est certes une forme de religion, mais
c’est la musique, en général, la chose la plus puissante dont il m’ait été
donné de faire l’expérience, dans la vie ! La musique m’a façonné en tant
qu’être humain, elle conditionne la manière dont j’aborde la vie, toutes mes
perspectives. De mon point de vue, c’est l’élément le plus puissant dont nous
disposions pour faire un monde meilleur.
J’ai cru comprendre
que votre label vous mettait la pression pour sortir vos albums plus vite.
A-t-il un plan particulier, pour vous, à l’échelle internationale.
C’est vrai qu’ils nous mettent la pression. Un label
musical est lui-même soumis à la pression du marché : en permanence, il
doit proposer des produits nouveaux aux fans pour alimenter son business. Par
le passé, avant que je ne rejoigne le groupe, ORPHANED LAND a pu mettre jusqu’à
sept ans pour produire un album. Mais il y avait des explications à cela :
Yossi est devenu papa, par exemple, et le line-up du groupe a changé plusieurs
fois. Depuis que j’ai rejoint ORPHANED LAND, je crois que nous avons trouvé une
efficacité nouvelle et, avec Kobi et Uri, nous avons pu composer « All Is
One » assez vite.
Tu n’as pas encore
21 ans… il y a sept ans…
J’étais dans le public ! Les autres membres du groupe
sont mes grands frères, dans un sens. Ils me connaissaient avant même ma
naissance ! Quand Kobi a fondé RESURECTION (le premier nom d’ORPHANED LAND
– ndr) je n’étais même pas né ! C’est marrant…
ORPHANED LAND est
donc dans tes gènes…
Absolument. ORPHANED LAND a toujours fait partie de ce que
je suis.
C’est un rêve qui
devient réalité, d’avoir rejoint le groupe ?
Comme Kobi dit toujours, c’est l’histoire bien connue du
fan qui rejoint son groupe fétiche.
En tant que fan,
y-a-t-il une période que tu préfères, dans l’œuvre d’ORPHANED LAND ?
Y-a-t-il des titres que tu aimerais jouer, mais dont les autres membres du
groupe ne veulent plus entendre parler ?
Pas vraiment. Ils m’ont donné tout ce que
j’attendais ! Ma philosophie de vie me conduit toujours vers l’avant, vers
mon rêve. C’est ce qui explique que j’aie pu prendre un rôle si important dans
la composition de « All Is One » et c’est aussi ce qui a permis à
l’album de sortir si rapidement.
Quels sont vos
projets, avant la tournée avec KHALAS ?
Nous n’avons prévu qu’un concert pour la radio, en
Israël : nous souhaitons nous concentrer sur la préparation de la tournée
« All Is One ». Comme Yossi ne participera pas à cette tournée, je
devrai en particulier préparer le nouveau guitariste !
Avez-vous prévu de
jouer en Cisjordanie ? Serait-il possible de voir un jour ORPHANED LAND et
KHALAS partager une scène à Ramallah ou à Jérusalem-est ?
Nous souhaiterions jouer partout où c’est possible, sur la
planète. Après, je ne m’occupe pas de la programmation des concerts :
c’est l’affaire de Kobi. J’espère que nous pourrons jouer un jour en
Cisjordanie, mais cela dépend encore largement de nos hommes politiques. Peut-être
un jour ! Nous y travaillons. Lentement, le message de « All Is
One » se diffusera…
Mis à part les pays
musulmans, existe-t-il d’autres pays où ORPHANED LAND a connu des problèmes,
pour jouer ?
Je ne crois pas... Maintenant, nous aimerions beaucoup nous
produire en Asie (ailleurs qu’en Inde) et nous ne savons pas comment nous
seront reçus, là-bas. Nous aimerions aussi tourner en Scandinavie, mais
ORPHANED LAND n’est pas encore très connu, là-bas – bien que nous ayons
enregistré « All Is One » en Suède. Dans l’absolu, nous voulons jouer
partout !
Traduction et retranscription : Naiko J. Franklin
Photographies : Naiko J. Franklin et Nikolas Ernult
Grand merci aux organisateurs du MOTOCULTOR FESTIVAL, et notamment Abir