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mercredi 18 décembre 2013

THE GATHERING : Silje Wergeland (chant) et Hans Rutten (batterie) [interview]




THE GATHERING mène sa carrière en se souciant bien peu des modes, naviguant entre albums rock ou atmosphériques, mais toujours avec cette identité propre immédiatement reconnaissable, faite d'exigence. Le départ en 2007 d'Anneke Van Giersbergen, sa chanteuse emblématique, n'a finalement en rien altéré ce parcours atypique et aventureux. Nous avons profité du passage du groupe à RENNES le 29 novembre dernier pour nous entretenir amicalement avec Hans Rutten, batteur et membre fondateur, et SiljeWergeland, sa nouvelle voix.


Sur cette tournée, vous publiez sur Facebook des photos prises sur le vif au cours de vos différentes étapes, où l'on vous voit souriants, faire des grimaces,... C'est une nouvelle façon de communiquer ? Une opération de séduction ?
Hans : Ce n'est pas un nouveau moyen de communiquer, c'est totalement improvisé, il n'y a aucune réflexion commerciale ou autre derrière ça, on aime ça tout simplement. Je pense qu'on a de l'humour ! Tu peux en discuter la qualité...
Silje : (rires)
Hans : … (rires) mais, et surtout en tournée, on est plutôt enclin à faire ce genre d'humour...

THE GATHERING est plutôt réputé pour faire une musique assez sombre, voire parfois dépressive...
Hans : dépressive ? Non je ne pense pas... Mais certaines personnes voient une différence entre notre musique plutôt sombre et ces moments d'humour presque enfantin...
Silje : Je pense que cela a aussi à voir avec la façon dont vous communiquez avec les gens. Facebook n'était pas là il y a, quoi ? Sept ans de cela ? Alors c'est vrai que les gens ont plutôt toujours été habitués aux photos posées réalisées pour la promo, qui sont assez sérieuses, mais sur FB on peut se lâcher...

Vous avez un nouvel album dans les bacs, « Afterwords » , qui est en quelque sorte un écho de « Disclosure », votre précédent album...
Hans : Ce n'est pas vraiment notre nouvel album studio, même si ça y ressemble, mais ce n'est pas la nouvelle grosse sortie du groupe.
Silje : C'est plus une sorte de célébration post-« Disclosure », une sorte d'after...
Hans : C'est plus quelque chose que Frank et René voulaient faire, c'est vraiment leur bébé, ce sont leurs remixes,...

« Disclosure » a été un album réellement difficile à concevoir ?
Hans : Oui. D'abord parce qu'il nous a demandé beaucoup de temps. Deux ans. On avait écrit deux chansons, on les a enregistrées, on a fini « Heroes for Ghost », et puis on passé une nouvelle année à écrire et enregistrer. L'écriture et l'enregistrement nous ont pris vraiment beaucoup de temps. On a peaufiné les détails...
Silje : Je ne pense pas que ce fut plus difficile, mais ça nous a pris plus de temps. Et quand on passe beaucoup de temps, on peut aller dans les détails, ajouter des couches,... c'est chronophage, mais on ne s'est pas imposé de limite.

Vous vous étiez fixé un but dès le départ ?
Silje : Oui. C'était un peu « faisons ce que nous voulons ». Nous n'avions pas d'impératifs, ni pour la sortie, ni pour le contenu, juste « voyons où tout cela nous mène ». C'était beaucoup plus libre.

Est-ce qu'il représente plus ce qu'est THE GATHERING que « The West Pole », votre précédent album sans Anneke ?
Hans : Oui. Au moment de « The West Pole », c'était un peu plus compliqué. Avec le départ d'Anneke, la volonté de faire un album plus rock, de faire intervenir plusieurs chanteuses,... jusqu'à ce que nous rencontrions Silje,... les plans changeaient constamment. Mais on voulait à tout prix sortir quelque chose.

Vous aviez commencé l'écriture et l'enregistrement de cet album alors que vous n'aviez pas encore trouvé de chanteuse ?
Hans : Oui, il fallait qu'on écrive, en attendant de voir ce qui allait se passer.

Surtout qu'à la suite de son départ, Anneke a enchaîné les sorties d'albums contrairement à THE GATHERING. Mais si l'on regarde votre discographie, on se rend compte que depuis début 2000, vous sortez régulièrement un album tous les trois ans. Le changement de chanteuse n'a pas affecté ce rythme finalement.
Hans : Oui, on peut voir ça comme ça. Nous ne sommes pas les compositeurs les plus rapides du monde !
Silje : Mais si tu regardes nos titres, avec leurs détails, les différentes couches, il y a tant de travail derrière que ce n'est pas comme s'il s'agissait de titres punk qu'on peut écrire en une heure.

Il y avait plus d'urgence dans la réalisation de « The West Pole » ?
Silje : Non, je ne pense pas. Mais tant de choses se sont passées, comme le fait pour le groupe d'écrire des chansons sans savoir qui allait les chanter, ne pas connaître les textes, trouver une chanteuse,...



Avez-vous ressenti de la pression de la part de vos fans ?
Hans : Pas tant des fans que de nous-mêmes. Nous en sommes à un stade où nous ne pensons pas aux fans quand nous écrivons. Ils sont très importants, mais pas dans le sens où nous nous demanderions ce qu'ils pensent quand nous sommes en phase d'écriture. Ce n'est pas notre but principal.

C'était donc une volonté délibérée de votre part d'écrire d'abord un album rock, puis un autre atmosphérique ?
Hans : Oui, et ça s'est enchaîné comme ça, car il fallait qu'on sorte quelque chose à un moment donné, sinon on aurait complètement disparu dans le néant (rires) ! Je suis toujours fier de cet album, mais je pense que « Disclosure » est beaucoup mieux équilibré. On a beaucoup plus échangé lors de sa réalisation.

Je vous le dis très sincèrement, je pense que « Disclosure » est un de vos meilleurs albums.
Hans : Je le pense aussi.

Serait-il stupide de dire que les deux meilleurs choses qui soient arrivées à THE GATHERING sont l'arrivée d'Anneke et son départ, car elles ont forcé le groupe par deux fois à se remettre en question et à se réinventer.
Hans : Peut-être, c'est possible, pourquoi pas...mais ce fut surtout un moment très angoissant (rires). On ne s'en est pas réjoui, ce fut plutôt « que va-t-il se passer maintenant ? ». Mais on a survécu avec Silje.

Plus que survécu.
Hans : Je pense vraiment que c'est le meilleur album que nous ayons réalisé.

Il se tient de bout en bout...
Hans : Oui, il n'y a pas de remplissage. Non pas qu'il y en ait dans nos autres albums, mais l'équilibre est très bon. Et j'aime cette idée d'avoir travaillé sur des chansons longues, car c'est la force de THE GATHERING.

Silje, tu as une voix angélique, et tu chantes pourtant des textes si dramatiques...
Silje : (rires)

Tu penses que tu pousses le groupe vers de nouveaux territoires, que ton chant ouvre de nouvelles portes ?
Silje : Hmmm.... Peut-être, je ne sais pas vraiment. Je sais que c'est moi qui ait encouragé Frank à chanter (sur « Meltdown ») par exemple,.... Mais quand on joue avec d'autres personnes que celles avec lesquelles on a joué pendant 13 ans, on va sûrement vers de nouvelles directions. J'ai ma façon de chanter, ils ont leur façon de jouer, et nous formons forcément une équipe nouvelle.

Tu n'as pas eu de directives ou d'instructions concernant ta façon de chanter en arrivant dans le groupe ?
Silje : Non. Il était important que nous nous entendions bien en tant qu'amis, et en tant que musiciens, que nous parlions le même langage. Parfois les gars me donnent des morceaux instrumentaux, et il m'arrive de trouver que ce n'est pas assez bon, et à d'autres moments c'est moi qui suis paresseuse, mais aussitôt il y a une réaction en retour. On se pousse mutuellement à aller dans la bonne direction !

Il n'y a plus qu'une guitare sur scène dorénavant. Cela a changé le son du groupe ?
Hans : Oui, absolument. Mais cela a aussi ouvert plus d'espace pour Frank (Frank Boeijen – claviers - ndr) par exemple. Comme sur « How to mesure a planet », le premier album sans Jelmer Wiersma (guitares), donc oui, ca change. Le mur de son avait disparu. Mais on n'en a plus besoin. On avait déjà commencé à écrire des choses différentes, avec lesquelles Jelmer ne se sentait pas à l'aise. Et donc il nous a quittés. On a toujours de bons rapports. Mais à chaque fois que l'alchimie change au sein du groupe, quand quelqu'un part, ou nous rejoint comme par exemple Noël (Hofman), le trompettiste qui joue sur « Disclosure » - il fera quelques concerts avec nous aux Pays bas, Il n'avait pas le temps de venir en France... - cela donne une autre dynamique au groupe. Ce sont de belles choses, pouvoir ajouter ces éléments,... mais pas trop car il faut que cela reste du GATHERING bien sûr.

Qui a eu cette idée, justement, d'ajouter de la trompette sur cet album ?
Silje : Par le passé, THE GATHERING a utilisé différents instruments classiques, hautbois, violons, et il me semble que ces apports sont naturels pour le groupe depuis longtemps. C'est probablement Frank qui a eu cette idée....

En l'absence de trompettiste, ses parties sont jouées au clavier ?
Hans : Oui, ou parfois c'est la guitare qui joue ces mélodies,... Mais on les joue ! Ce n'est pas comme si on avait un bouton « trompette » sur lequel on appuierait !
Silje : Beaucoup de groupes font ça aujourd'hui.
Hans : Mais pas nous. On essaye de tout reproduire « live », et différemment, sinon ça n'a aucun sens.




Récemment vous avez donné des concerts avec votre premier chanteur, Bart Smits, revenant au son de vos origines, et j'ai lu une interview dans laquelle René (Rutten, guitariste et frère de Hans) a déclaré qu'il avait aimé ça et qu'il n'était pas impossible qu'à l'avenir vous reveniez vers un son plus metal...

Hans : Qui a dit ça ?

René... et puis voilà que sort « Afterwords » qui est à l'opposé de cette influence ! Est-ce possible que vous reveniez à un son avec des guitares plus heavy ?
Hans : Et bien, en fait, Bart chante sur « Afterwords », mais à part ça, je nous vois mal sonner à nouveau comme en 1992, c'est impossible... (rires!!)
Silje : (Rires!!)
Hans : Ca n'aurait aucun sens...
Silje : C'est le passé....
Hans : On peut essayer, mais ce serait contre nature, et ça s'entendrait. Commercialement, ça pourrait être intéressant, mais ça n'aurait aucun sens. Mais c'était sympa de rejouer ces chansons 20 ans plus tard avec les anciens membres,... Mais c'était aussi très difficile car c'est du metal avec des passages très rapides même si c'est du doom, et il a fallu que je retravaille mon jeu de batterie !

Comment définiriez-vous la musique de THE GATHERING ?
Hans : C'est du cross-over, il peut y avoir des éléments pop, rock, metal, gothic, doom, symphonic, mais on essaye toujours de leur donner un aspect classieux. Psychédélique aussi peut-être....
Silje : Pour faire court, j'appelle ça du rock atmosphérique.
Hans : Voila. C'est nous ! Ou cross-over, mais ça a une connotation hardcore..

Vous faîtes partie des rares groupes qui à l'instar de MARILLION se retrouvent encore dans les pages des magazines metal....
Hans : Oui..

...alors que vous n'en faîtes plus !
Hans : Non. Mais c'est parce qu'ils nous demandent.

Vous pensez que c'est parce que vos fans sont fidèles ?
Hans : Oui, mais je pense que le metal change. Il en a besoin, car il stagne depuis longtemps je trouve. Les années 90 étaient fabuleuses. Il y avait tellement d'expérimentation. Tout était possible. Et à un moment donné des groupes comme HAMMERFALL ou MANOWAR sont revenus en force, notamment en Allemagne, le metal devait être « true », et les choses ont commencé à stagner. Mais c'est important d'évoluer. Bien sûr il y a de grandes institutions, comme IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST, qui ont une identité à défendre... mais je pense que les années 90 étaient une période très excitante. Je suis sûr qu'il y a aujourd'hui encore de très bons groupes, même s'ils n'ont pas le succès des années 90...



Vous savez qui constitue votre fanbase ?
Silje : C'est un mélange, il y a bien sûr toujours les fans de metal, je vois les cheveux longs dans le public...

Pour ceux qui en ont encore !
Silje : C'est vrai (rires), mais par le passé THE GATHERING était signé chez Century Media qui était un gros label metal, travaillait bien sur le groupe, le faisait participer à de gros festivals, et donc le groupe s'est retrouvé dans cette famille avec cette étiquette, et c'est resté. Mais il est vrai aussi que le public metal est constitué de vrais amoureux de musique. C'est très important, s'ils écoutent une musique, c'est parce qu'ils l'aiment.

Vous-mêmes, vous écoutez toujours du metal ?
Hans et Silje : Oh oui !
Hans : Rien de neuf, mais des trucs anciens oui.

L'année prochaine, vous allez fêter le 25ème anniversaire du groupe. Vous avez prévu quelque chose ?
Hans : La seule chose de prévue pour l'instant, c'est de dîner tous ensemble ! (rires) Pour le reste on ne sait pas encore. On y réfléchit, mais on n'a rien de concret. Il va bien falloir faire quelque chose, car 25 ans ce n'est pas rien ! Mais ce ne sera peut-être pas un concert, peut-être passer un weekend ensemble...
Silje : et chanter « happy birthday to us ! » (rires)
Hans : (rires) oui, un truc comme ça ! (rires)

Une chose me sidère, c'est votre popularité en Amérique du sud (Chili, etc...). A quoi est-elle due ?
Hans : Pas à une grosse compagne promotionnelle en tout cas ! Notre musique les touche, probablement, je ne sais pas... Ils téléchargent tous, on ne vend pas de cd là bas, tout est fait illégalement.... Ils aiment notre musique, tout simplement. Ce n'est pas qu'au Chili, c'est vraiment toute l’Amérique du sud, et c'est génial.

Qui a réalisé les pochettes de vos deux derniers albums ? Elles sont magnifiques !
Hans : C'est un gars que René connaît, Carlos Vergara Rivera, un artiste chilien. Il travaille à l'ancienne, en réalisant des gravures sur bois, des timbres, qu'il colorie ensuite. C'est un type très sympa, avec un style très particulier. La pochette de « disclosure » est vraiment parfaite, elle convient parfaitement, c'est une vraie œuvre d'art.
Silje : Il nous avait envoyé des exemples de son travail sur Facebook je pense, il avait réalisé des personnages en papier représentant les membres du groupes dans son style particulier, et c’était magnifique ! On s'est vite rendu compte de son talent ! Il nous a impressionnés avant même de réaliser les pochettes.

Merci à tous les deux, et bon concert ! (live-report à suivre....)




Nous vous invitons à visiter la page facebook de Carlo Vergara Rivera et consulter les albums de ses œuvres, ainsi qu'à visiter ses pages aux adresses suivantes :


mardi 26 novembre 2013

Uli Jon ROTH joue SCORPIONS @ Ploemeur (l'Oceanis) - 08•11•2013 [live report - Interview]


Du 5 au 9 novembre 2013, Uli Jon Roth s'est embarqué dans un tour de (la moitié nord de la) France pour une série de concerts dédiés à sa carrière au sein de SCORPIONS, dont il célèbre cette année les 40 ans. Nous l'avons retrouvé en Bretagne, à Ploemeur (Morbihan), pour ce qu'il pensait à tort être sa première date dans la région (nous lui apprendrons plus tard que, oui, Saint Brieuc et Nantes sont en Bretagne).

Nous arrivons à l'Oceanis en fin d'après midi alors que le groupe sans Uli réalise ses balances. Le maître ne tarde pas à faire son apparition, coiffé d'une chapka en forme de tête de loup lui donnant une apparence assez....étrange. Uli jon Roth impose immédiatement par sa présence et son autorité, au milieu du groupe qui boit ses paroles (ou instructions). Après avoir notamment mis au point quelques riffs, répété longuement « The Sails of Charon » et « All along the watchtower », deux évidences sautent aux yeux. Tout d'abord Uli joue fort, très fort, et malheur aux spectateurs qui resteront sans bouchons d'oreilles sur la gauche de la scène. Enfin, le batteur jouera ce soir son premier concert avec le groupe, le batteur habituel Jamie Little étant retenu ailleurs. Pour ajouter à la difficulté, il jouera trois heures consécutives puisqu'il est également le batteur de CRYSTAL BREED, le groupe qui assure la première partie de la tournée.

CRYSTAL BREED débute donc les hostilités devant une salle copieusement remplie. Ce groupe allemand dont le second album est annoncé pour le début d'année prochaine, délivre un metal progressif qui n'est pas sans rappeler DREAM THEATER. Les morceaux sont longs, à la limite du « trop » pour une assistance qui les découvre, mais l'entrain du groupe et sa virtuosité sont tels que l'on se prend vite au jeu, alors que s'insèrent ici et là quelques clins d’œil à PINK FLOYD ou encore DEEP PURPLE. CRYSTAL BREED parvient à faire chanter le public, ce qui n'est pas une mince affaire. Totalement décomplexés, ils réalisent un beau show et quittent la scène sous des applaudissements mérités.



Quinze minutes plus tard, Uli Jon Roth monte sur scène, accompagné de David Klosinski (guitares), de Ule W. Ritgen (basse), mais aussi de Thorsten Harnitz (batterie), Niklas Turmann (guitare/chant) et Corvin Bahn (claviers/chant), tous trois membres de CRYSTAL BREED ! D'emblée, le groupe se lance dans une interprétation dynamique d' « All night long » qui ouvrait le fameux live « Tokyo Tapes ». Trois guitares, un clavier, trois chanteurs..... Uli a mis les petits plats dans les grands pour célébrer ses cinq années passées au sein de SCORPIONS. En près de deux heures et quatorze titres (douze de SCORPIONS dont huit figurant sur le fameux double album live de 1978), Uli Jon Roth démontre qu'il n'a rien perdu du feu sacré qui embrasait son jeu. Surtout, malgré ses presque 60 ans et son look toujours très 70's, sa prestation est étourdissante et résolument moderne. La conjonction des trois guitares alourdit les riffs de « The sails of Charon », « Dark Lady » ou encore « Polar Nights », leur donnant une résonance très actuelle. Scéniquement, Uli Jon Roth est assez statique, introverti et concentré sur son jeu, jetant des regards de biais sur ses musiciens, mais aussi sur les premiers rangs du public, guettant les premiers applaudissements après chaque titre. Ses musiciens gardent l’œil sur lui en permanence. Il faut attendre la deuxième moitié de « We'll burn the sky » pour voir le groupe se libérer et échanger quelques sourires. Uli plaisantera même quand, répondant à un spectateur qui réclame une reprise d'ABBA, il désignera son claviériste en disant « Lui en est capable ! ». Ce à quoi Corbin Bahn répondra « Oui», avant de poursuivre, à la grande surprise du Maître, « Mais je ne le ferai pas ! ». Plus tard, après avoir annoncé un titre de « Taken by force », Uli annoncera un autre de « Tokyo by tapes » avant de rire et se reprendre. La setlist est réjouissante, alternant hits et raretés, et faisant bien évidemment la part belle à la volubilité de la magnifique guitare d'Uli Jon Roth. Au chant, sans tenter d'imiter Klaus Meine, Niklas Turmann délivre une honnête et efficace prestation, faisant honneur aux classiques qu'il interprète, même si en fin de set il expédie un peu rapidement « Pictured Life ». Avant le rappel, Uli Jon Roth quitte la scène pour permettre à chacun des membres de son groupe de se mettre en valeur au travers de quelques solos. La soirée aura été riche musicalement. Enfin, Uli John Roth ne pouvait achever son concert sans rendre hommage à son idole de toujours, Jimi Hendrix, au travers de « All along the watchtower » puis « Little wing », parcourus de longues digressions. La soirée peut s'achever, après avoir enchanté un public de connaisseurs. Le groupe passera de longues minutes à dédicacer, et Uli signera une fois de plus quantité de « Tokyo Tapes ». Avant de s'éclipser, il nous accordera quelques minutes décontractées en loge. L'occasion de revenir sur cet anniversaire.


Uli, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est « Joyeux anniversaire ! »
(Eclats de rire) Anniversaire, Ja ! (en français) On a commencé en 1973 effectivement...

Pourquoi avoir attendu quarante ans pour fêter tes débuts dans SCORPIONS ?
Je n'ai pas attendu, il m'a semblé que le moment était venu, et je voulais enregistrer un album live de SCORPIONS, de ma période dans le groupe. Je voulais faire trois albums live en fait : SCORPIONS, ELECTRIC SUN, et SKY OF AVALON. Je me suis dit, « commence par SCORPIONS ! », et j'ai réalisé que ça faisait juste quarante ans. C'était donc une bonne idée !

La tournée a commencé en janvier, c'est ça ?
Oui, en Amérique pour un mois et demi. Puis nous sommes allés dans beaucoup d'endroits : l’Amérique du sud, la Grèce, l’Angleterre...

Avec le même groupe pour t'accompagner ?
J'ai deux équipes différentes en fait. Une en Angleterre,…. Et j'ai des musiciens en Amérique.... Certains m'accompagnent la plupart du temps, mais il y a aussi quelques changements. Pour moi, c'est intéressant, car à chaque fois qu'il y a des musiciens différents, je joue aussi différemment, ça évite la lassitude.





Donc en quelque sorte c'est toi qui t'adaptes aux autres ?
Oh, je m'adapte constamment aux changements. Aujourd'hui par exemple, nous avons un nouveau batteur, car Jamie, notre batteur anglais, ne pouvait pas être présent, il s'était déjà engagé pour un autre concert, donc oui, aujourd'hui j'ai joué très différemment à cause de ce changement de batteur. C'est intéressant ! Certaines choses ne changent pas, alors que d'autres oui, et donc chaque soir il y a forcément de l'improvisation.

Justement, l'improvisation occupe-t-elle beaucoup de place dans tes concerts ?
Oui, énormément ! Et c'est très important pour moi car cela apporte une forme d'excitation, de danger... Je m'ennuie très vite sinon. Pour moi, le rock implique une mise en danger. L'esprit même du rock à mon sens, c'est la jeunesse, le danger, et la fraîcheur ! Et aussi une dose d'inattendu. Si c'est trop parfait, alors il manque quelque chose. Pour la musique classique c'est parfait, mais pour la rock il faut que ce se soit plus « brut ».

Te considères-tu comme un musicien hors du temps ?
Hmmm... C'est une bonne question,... j'aime le penser. J'aimerais être un pont entre différents siècles.... J'ai grandi avec la guitare classique.... la musique de la renaissance, baroque, Bach... la musique classique, Mozart, Beethoven,... le romantisme, Chopin,... J'adore Chopin... Et je combine tout mon savoir et mon expérience pour en faire quelque chose de neuf,... ou de vieux, je ne sais pas ! Mais c'est « moi ». Je n'aime pas m'enfermer, mais m'ouvrir au contraire, énormément !





Tous ces titres que tu joues aujourd'hui viennent d'une époque où tu avais entre 20 et 30 ans...
Oh plus tôt que cela !! J'avais 17, 18 ans quand j'ai commencé avec SCORPIONS, et certaines chansons ont été écrites quand j'avais 18, 19 ou 20 ans... Quand j'ai quitté le groupe, j'avais 22 ou 23 ans je crois, donc oui, j'étais très jeune quand j'ai écrit ces chansons, mais, aujourd'hui, je les comprends mieux.

Vraiment ?
Oui, je comprends mieux mes propres chansons aujourd'hui, et je les joue mieux aussi. Il y a 20 ans de cela, c'était différent, mon passé ne m'intéressait plus. Aujourd'hui en revanche, c'est un voyage qui me passionne.

Tu transmets plus d'émotion aujourd'hui dans ton interprétation ?
C'est... différent. Je suis plus détendu, et je pense que l'émotion est « un peu plus profonde » (en français).

Tu prends du plaisir à les jouer ?
Oui. Plus maintenant que lorsque j'étais dans SCORPIONS.

Après que tu aies quitté SCORPIONS, ils ont assez rapidement cessé de jouer tes compositions...
Oui, je pense qu'ils les ont jouées pendant quelques temps, et puis ils en ont écrit beaucoup d'autres, et Rudolf et Klaus sont de si bons compositeurs, je comprends qu'ils aient décidé de jouer leurs titres plus récents, et leurs chansons sont très différentes des miennes. Je pense aussi qu'ils auraient eu besoin de ma guitare pour garder le son d'origine....





Je voulais en venir au fait que pendant des années on a cru que tes titres étaient perdus à jamais.
C'est vrai que si je ne les joue pas, personne d'autre ne le fera ! C'est vrai...

Et le fait qu'elles n'aient plus été jouées, est-ce-que ça ne les a pas rendues plus mythiques encore ?
Mes chansons ?

Oui.
Oh ! D'abord toutes les chansons de cette période n'étaient pas que « mes » chansons, Rudolf et Klaus en ont écrit certaines, même si j'ai contribué à toutes. Je ne sais pas si ça les rend plus mythiques, mais il est vrai que c'était une autre époque, avec un aussi un autre « esprit » (en français).

En jouant ces titres aujourd'hui, ressens-tu le plaisir que tu donnes au public ?
Oh oui... Quel que soit le pays où l'on se produit, je vois que le public adore entendre ces titres ! Et je pense en plus que nous les jouons vraiment bien, et c'est très important. Parfois avec SCORPIONS, on ne les jouait pas si bien. « Tokyo Tapes » est un bon album, mais je me souviens que lorsque l'on jouait des titres comme « Sun in my hand », on n'y arrivait pas vraiment. C'est pourquoi on ne la jouait pas en live. Aujourd'hui, avec nos trois guitares, on parvient à les jouer comme elles doivent l'être. Avec deux guitaristes, c'est plus difficile. Et on a aussi le clavier, des harmonies vocales, je pense que c'est très important, et c'est pour cela que ça fonctionne mieux.

Qu'est-ce qui est le plus difficile ? Reproduire la voix ?
Pas si on a de bons chanteurs ! Et j'ai de bons chanteurs. On n'essaye pas d'imiter Klaus Meine. Klaus est unique. On joue les mêmes mélodies, mais chaque chanteur est différent.

Rétrospectivement, que se serait-il passé si tu avais choisi de rester dans SCORPIONS ? Cela aurait-il été possible déjà ?
Le groupe aurait eu autant de succès ! Son succès était déjà écrit dans les astres. Mais... je n'aurais pas été heureux. Il fallait que je parte car si j'étais resté dans le groupe... je n'aurais pas trouvé ma voie. Je l'avais trouvée à mes débuts dans SCORPIONS, mais je me suis perdu rapidement. Dans un groupe comme celui-là, tu ne peux pas être libre. C'est comme une grosse machine. Tu penses être libre, mais tu ne l'es pas. Tu finis dans une prison extrêmement confortable. Mais je n'avais aucune envie d'être en prison. Par pour toujours en tous cas. Ce n'est pas pour moi.





Tu finis tes concerts en reprenant du Jimmy Hendrix, quel est ce besoin ?
Toutes les premières chansons de SCORPIONS sont très influencées par Jimmy Hendrix, même si ça ne sonne pas comme ça. Je pense que c'est bien de terminer un set sur ces chansons, car c'est un monde différent, très détendu, encore plus libre que SCORPIONS. Vraiment, j'aime conclure un show par ces titres, c'est une autre dimension. Et un bon moyen de finir la soirée.

C'est très surprenant de réaliser au cours du show combien tes chansons de SCORPIONS sont si heavy, et même encore plus heavy aujourd'hui qu'elles ne l'étaient à l'époque...
C'est vrai, c'est très vrai ! Je pense que cela tient aussi aux autres musiciens dans le groupe, qui ont une approche plus moderne, et je pense que le tout sonne plus comme il aurait toujours dû sonner.

Tous les shows sont enregistrés ?
Non. On a enregistré beaucoup de concerts, mais on a assez de matériel pour l'album live maintenant. Ce n'est pas encore mixé, mais tout est enregistré.

On te reverra prochainement avec ELECTRIC SUN ?
Oui, tout à fait, mais je continuerai à jouer certains titres de SCORPIONS parce qu'ils fonctionnent si bien. Je pense qu'on panachera tout ça lors de la prochaine tournée. Ce sera intéressant je pense. Et je sais que si on aborde les titres d'ELECTRIC SUN de la même façon, ça sonnera aussi beaucoup mieux qu'auparavant, car alors je n'avais qu'une guitare. Une seule guitare, ce n'est pas assez pour ELECTRIC SUN. Sur les albums il y en a trois. Avec trois guitares sur scène, les claviers, les chanteurs, on pourra donner une nouvelle impulsion à ELECTRIC SUN. J'ai hâte !

L'année prochaine ?
Oui.



Y-a-t'il dans le répertoire de SCORPIONS un titre qui sort du lot à tes yeux ?
Non, pas vraiment. En ce moment, j'aime tous les jouer, chacun, même si selon les soirs j'apprécie plus l'un que l'autre, mais je ne peux pas dire que j'ai un favori. Chacun est mon favori au moment où je le joue.

Il te reste une date en France. Quel est ton programme ensuite ?
La semaine prochaine je suis en studio en Angleterre, j'ai vraiment hâte d'y être, nous enregistrons pour l'album de Jack Bruce (CREAM) aux Abbey Road studios, je joue sur deux titres. Ca s'annonce intéressant, vraiment. Et puis nous allons en Italie, etc... jusqu'en janvier.

Merci beaucoup pour cette interview Uli.
C'était un plaisir !


Set-list Concert Ploemeur :
All night long
Longing for fire
Crying days
The sails of Charon
Sun in my hand
We'll burn the sky
In trance
Fly to the rainbow
I've got to be free
Polar nights
Dark Lady
Rappel :
Pictured life
All along the watchtower
Little wing

Photographies par Corinne Yvon

Remerciements à l'équipe de l'Océanis et en particulier à Guy Lucas, ainsi qu'à David Killhofer (Music For Ever Production).


dimanche 17 novembre 2013

PROMISES : Augustin Braud [interview]





Malgré ou peut-être grâce à son jeune âge, Augustin Braud n'en finit pas de surprendre. Depuis deux ans que nous suivons ses projets, la progression de sa musique nous interpelle régulièrement. Alors qu'il n'a pas encore sorti d'album, il a pris le parti, au travers de son groupe PROMISES de diffuser sa musique via des vidéos publiées sur "YouTube". Un souffle nouveau parcourt le Metal hexagonal. HARD FORCE n'en perd pas une miette.



Augustin, on se connaît depuis pas mal de temps maintenant, j'attendais l'arrivée de HEARTS AS LANTERNS, et voila que surgit PROMISES. Peux-tu nous dire de quoi il s'agit ?
Alors PROMISES est tout simplement le groupe dont je fais partie depuis tout juste un an maintenant! Nous avons déjà dévoilé trois titres issus de notre EP, et le quatrième s'apprête à sortir. Quant à HEARTS AS LANTERNS, il s'agit d'un projet studio, où je joue la plupart des instruments et où je suis entouré d'invités prestigieux ; le projet sera dévoilé début 2014. PROMISES oeuvre dans un style Metal Progressif aux sonorités modernes, tandis que mon autre projet est à la fois plus violent, progressif, mais contient beaucoup de balades. Les deux sont liés de par le fait que je compose dans les deux groupes, mais à côté de ça, ils diffèrent sensiblement, notamment au niveau des sujets abordés, de l'esthétique, etc...

Il y a un an, tu étais dans HEARTMIND, est-ce fini ? Quel est ton rôle dans PROMISES, comment ce groupe est-il né ?
PROMISES est en quelque sorte la suite logique d'HEARTMIND. C'était mon premier groupe, dans lequel j'étais batteur. On faisait du metal symphonique, mais sans ambition certaine, juste pour le plaisir. Il y a un peu plus d'un an, Etienne, le bassiste d'HEARTMIND, a mis fin à ses jours. Après avoir longuement réfléchi, nous avons alors décidé de mettre HEARTMIND entre parenthèses, mais que certains d'entre nous continuent un autre projet, car HEARTMIND était vraiment le fruit de l'union de six musiciens, et continuer sans l'un des nôtres était impensable. Laurent, Guilhem (respectivement guitariste et pianiste d'HEARTMIND) et moi avons alors décidé de créer un nouveau groupe, plus proche de nos goûts musicaux du moment, et à visée plus "professionnelle". Nous avons donc fait appel à Julien (basse), Guillaume (guitare) et Enzo (batterie), afin de créer un line-up solide pour préparer notre premier EP. Dans PROMISES, je chante, joue de la guitare, et compose.






PROMISES, ce nom, c'est en écho à cette tragédie ?
En effet. On cherchait un nom simple, facile à retenir, et lors d'une conversation, Guillaume a suggéré "PROMISES", qui s'est très vite imposé dans nos esprits. On a en effet cherché à rendre hommage à Etienne, notamment dans les paroles de notre morceau "Frozen Memories", mais pour autant en essayant de ne pas sombrer dans le pathos, et de faire de cet événement tragique une force, afin que notre auditoire puisse s'identifier à travers nos paroles, quelles que soient leurs difficultés traversées, leurs peines, etc...

Depuis HEARTMIND, tu as touché à un grand nombre de styles metal différents, toujours avec énergie et fougue ! Récemment, tu t'orientes vers le progressif d'une manière qui titille ma curiosité ! Quelles sont les influences qui t'ont le plus nourri ces derniers temps ?
Ces derniers temps j'ai justement essayé de me détacher le plus possible d'influences metal afin de pouvoir proposer une manière d'écrire la plus personnelle possible; en termes de metal, j'en écoute assez peu, surtout du metal assez moderne, et mes groupes préférés tels que DIR EN GREY, THERION, DREAM THEATER que j'écoute depuis mon plus jeune âge, mais cela ne représente que 20% de ce que j'écoute. Sinon beaucoup de musique classique, Mozart, Debussy, Poulenc, Prokofiev, Bach, etc... Du jazz avec Ibrahim Malouf, Youn Sun Nah, Melody Gardot ou même Frank Sinatra, et également du rock progressif, en balayant très large, des BEATLES à YES, KING CRIMSON, TRANSATLANTIC en passant par LED ZEPPELIN, etc... J'ai écouté du metal surtout quand j'étais bien plus jeune ! Notamment du Black Metal.

Tu n'es quand même pas si vieux aujourd'hui !
Haha non! Mais ça fait maintenant 15 ans que je fais de la musique, et j'ai écouté du metal (IRON MAIDEN, METALLICA...) vers mes 8 ans!

Est-ce que la force de la jeune génération dont tu fais partie ne serait pas de pouvoir mélanger LED ZEP, MAIDEN, Sinatra et DIR EN GREY justement ?
C'est certain ! Dans PROMISES, en termes d'écriture, on trouve que les groupes plus "anciens", que ce soit des années 50 ou des années 90 ont atteint des sommets en termes de mélodie, mais qu'a contrario les groupes actuels ont une esthétique sonore plus puissante en termes de production, d'arrangements, etc... Au final, notre but est d'essayer de remettre en oeuvre une musique mélodieuse, bien loin des nombreux groupes se concentrant sur le martelage de cordes à vide désaccordées, mais le tout avec une production, un jeu et une technique plus modernes ; des artistes comme OPETH, ou même Devin Townsend par exemple, en sont les plus brillants exemples !





Un nouveau single est annoncé,... Vous êtes dans les starting blocks en ce moment ? Que nous réservez-vous pour les prochaines semaines ?
Le morceau est actuellement en cours de mixage par notre ami Nicolas Delestrade (Novelists), il devrait sortir dans deux ou trois semaines. Ensuite, notre EP contenant nos quatre premiers singles et probablement un autre titre sera mis en téléchargement à prix libre sur le net. Nous avons décidé de publier cet EP afin de satisfaire les gens souhaitant télécharger notre musique, mais nous avons pour projet d'élaborer un album en 2014, qui contiendra des nouveaux et des anciens morceaux, et qui sortira de manière physique. Quant au morceau qui va sortir, il sera assez différent de "Ether Dream" (le dernier single en date). L'influence classique se fera plus sentir ainsi qu'un son plus rock, mais contrasté par des cris plus nombreux !





Vous êtes en pleine phase créative ? Plus classique, plus rock, plus violent ! Ca ressemblera à quelque chose de connu ??? Quand va-t-on pouvoir entendre tout ça ? Avant Noël ?
Le nouveau morceau arrive dans très peu de temps, et l'EP aussi donc oui!  Après ce sera au tour d'HEARTS AS LANTERNS d'être dévoilé, tandis que l'on travaillera sur notre premier album ; 2014 verra également les débuts de PROMISES en concert ! Et on essaie un maximum de sonner comme rien de ce qui n'a été fait avant, donc ça aura peut être des consonances de certaines musiques, mais on va tout faire pour imposer notre patte !

Les membres qui composent le groupe se sont-ils exprimés dans d'autres groupes (hormis HEARTMIND) ?
Non, à part Julien et Guillaume avec qui j'avais enregistré une petite démo d'un projet assez violent. Nous sommes assez jeunes (19 ans de moyenne d'âge), c'est aussi pour ça !

Vous cherchez un label ?
On va commencer à y regarder de plus près effectivement avec la sortie de notre EP, c'est sur qu'on aimerait bien être signés pour notre album, on va essayer en tout cas !

L'EP comprendra combien de titres ?
Nos quatre premiers singles, c'est à dire (dans un ordre chronologique): "Among the Living Infinity" (feat. Drewsif Stalin), "Frozen Memories", "Ether Dream" (feat. Ashe O'Hara) et le futur petit dernier, "Love as a Shield". On y ajoutera peut-être un cinquième titre, ou un interlude.

Le fait de livrer ces titres au compte-gouttes, et de les rendre disponibles sur youtube, vous a-t-il permis de toucher le public ? de créer un following ?
Oui clairement ! On a la chance d'avoir Drew Glover de Beheading the Traitor à nos côtés, sans qui on ne serait pas grand chose. C'est un promoteur internet, qui a un gros nombre d'abonnés sur sa chaine youtube, et qui upload des jeunes groupes prometteurs sur sa page. En publiant des titres un par un, on a réussi à se construire une petite fan base, déjà 1200 personnes sur facebook par exemple. On est donc vraiment reconnaissant envers tous les gens qui partagent cette aventure avec nous, et on espère que ce n'est que le début.

Vous travaillez pour le live ?
On n'a pas encore donné de concerts pour l'instant, mais c'est justement notre travail du moment ! On joue avec des samples, ce qui nécessite donc un calage minutieux, et on veut prendre le temps afin de livrer des concerts qui seront parfaitement à la hauteur de ce que l'on fait en studio.

Comme tu l'as dit, vous êtes très jeunes, avec la volonté d'aller loin. L'investissement personnel doit être énorme, non ?
En effet, surtout pour moi ! J'ai la chance cette année d'être dans une filière scolaire qui me demande assez peu de temps, du coup je l'utilise au maximum ; j'écris tous les morceaux, ensuite je fais une démo, puis j'enregistre mes parties, fais la programmation, puis chacun enregistre ses parties. Ensuite on répète les nouveaux morceaux, on est constamment en contact, que ce soit pour l'artwork, les paroles, la musique, etc, c'est une grosse partie de nos vies !

Ce projet ne va pas se télescoper avec HEARTS AS LANTERNS ? Tu peux mener deux projets de front ?
Les deux sont assez différents ! Dans HEARTS AS LANTERNS (même si je ne veux pas en dire trop pour l'instant), c'est un projet qui est très personnel, et dans lequel je suis entouré de musiciens incroyables qui me permettent de donner la forme la plus parfaite possible à mes chansons. PROMISES est un groupe, on fonctionne vraiment tous ensemble, on est comme des frères, c'est plus "récréatif", même s'il y a quand même énormément de boulot derrière.

On va donc se revoir bientôt !
J'espère oui ! C'est toujours un plaisir, merci encore !

mercredi 6 novembre 2013

SLEGEST : Ese [interview]



Quand hard-rock classic et black metal se rencontrent, cela donne SLEGEST, le réjouissant projet d'Ese, ex-guitariste de VREID et désormais seul maître de ses envies musicales, de la conception à la réalisation. La Norvège n'en finit pas de surprendre. Nous sommes allés à la rencontre de cet artiste complet, au moment où sort son premier album, "Løyndom", afin d'en apprendre un peu plus....


Ese, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Oui je le peux ! Je suis un music-oholic buté de l'ouest de la Norvège ! Je suis introverti, mais j'ai pourtant ce feu en moi pour faire de la musique et cette envie d'attirer l'attention, et dans ma tête sens dessus-dessous je sens que j'ai quelque chose à apporter. Ce feu ne me fait pas peur, je me laisse entraîner, et je ne prends rien pour acquis.
Comment est né SLEGEST ? Était-ce en réaction à VREID, ou au contraire as-tu quitté VREID parce que tu avais ce projet en tête ?
SLEGEST est né de la simple et pure volonté d'écrire de la musique. Bien que j'ai toujours voulu faire quelque chose par moi-même, SLEGEST n'est pas la raison de mon départ de VREID. J'ai eu quelques problèmes personnels qui s’accommodaient mal avec le fait de jouer dans un groupe à l'époque où je suis parti. Pour faire court, j'en ai tiré les conséquences et décidé que, après la tournée de « Milorg », je partirais. Avec le recul, il est bon de voir que cela a donné lieu à de bonnes choses. En Strom, VREID a trouvé un guitariste plus adapté pour la direction musicale prise par le groupe. Il a également rendu possible SLEGEST, qui est ma plus grande réussite musicale jusqu'ici.

D'où vient cet amour pour les premiers BLACK SABBATH ? Qu'est-ce qui te plaît dans leur musique?
Je pense tout simplement que c'est parce que cette musique est l'une des premières musiques heavy que j'ai jamais entendues. Cela m'a parlé comme jamais la musique ne m'avait parlé auparavant et ça m'a immédiatement plu. BLACK SABBATH a également été le premier groupe (pour autant que je sache) à ne jouer que des chansons heavy, et ils avaient un concept fort autour de leurs albums et du groupe. Les autres groupes heavy à l'époque avaient toujours une ballade ou un truc du genre. Avec SABBATH, il y avait quelque chose d'effrayant, de mystique et de différent.

D'où t'est venue l'idée de mélanger la musique hard-rock et le chant black ?
Je me suis rendu compte que la musique que j'écris a très souvent une touche heavy metal, tel qu'on le pratiquait dans les années 70, très prononcée. Après avoir quitté VREID, j'ai eu plus de temps à moi, et en reprenant mon bon vieux magnétophone multipistes pendant l'hiver 2010 j'ai exhumé quelques vieilles chansons écrites depuis le début des années 2000. J'ai enregistré quelques voix hurlées sur ces idées et je me suis dit que je tenais quelque chose ! Ce fut le début de ce qui est devenu mon premier EP éponyme sorti sur mon propre label Systrond Recordings. Mais alors que cet EP avait un son plus black metal, je voulais que « Løyndom » sonne plus vieux. Je voulais aussi l'ouvrir à plus de mélodies, et surtout aux solos de guitare, tout en conservant les riffs comme objectif principal. J'ai beaucoup expérimenté avec le peu de distorsion que je pouvais avoir sur les guitares pour qu'elles restent raccord avec le chant. Elle s'est avérée très faible en fait, et à mes yeux c'est une partie du fondement du son pour « Løyndom », et dans mes oreilles cela convient très bien à SLEGEST.

Tu es seul derrière le projet SLEGEST, pourquoi ?
Parce que je suis un connard têtu ! (rires). Parfois, on sait que pour obtenir les choses que l'on souhaite, on doit tout faire soi-même. Par ailleurs, à Systrond où j'habite, il y a très peu de gens qui s'intéressent au metal et encore moins qui veulent passer du temps à en faire. Donc, pour l'instant SLEGEST reste un projet solo pour ce qui est de l'aspect créatif. Cela étant dit, SLEGEST dispose désormais d'un line-up live et répète un set pour les concerts à venir.

Avec quel instrument te sens-tu le plus à l'aise ?
Question difficile... Je les aime tous, mais si je partais avec un seul instrument ce serait la guitare. J'ai développé une grande admiration pour la basse ces dernières années, mais ce n'est pas amusant de s'asseoir avec une bière et jouer de la basse, si tu vois que ce que je veux dire. Donc la guitare reste mon instrument préféré, et c'est celui que j'utilise pour composer la base des chansons de SLEGEST. Le riff, toujours le riff !

A l'écoute de "Løyndom", on peut entendre un peu d'AC/DC, de MOTÖRHEAD, ... C'est en effet un vrai album "hard-rock". Quels sont tes groupes préférés des années 70, début des années 80?
Tu viens de mentionner deux de mes favoris ! Je peux ajouter BLACK SABBATH, IRON MAIDEN, OZZY OSBOURNE, PENTAGRAM, JUDAS PRIEST et THE RAMONES.

Peux-tu nous donner une sorte de top 5 de tes albums préférés ?
J'écoute beaucoup de genres différents, mais je suppose que tu veux un top 5 avec des guitares amplifiées hein ! Hmmm .. c'est très dur, mais les premiers qui me viennent à l'esprit, et dans aucun ordre particulier, sont : « Black Sabbath » (BLACK SABBATH), « Arntor » (WINDIR), « Rouge » (KING CRIMSON), « Ravishing Grimness » (DARKTHRONE) et « Blizzard of Ozz » (OZZY OSBOURNE).

Depuis quelques temps, alors que certains groupes essaient de construire le mur de son le plus dense possible, d'autres tentent de revenir à une sorte de simplicité où chaque note peut être entendue et comprise (je pense à des groupes comme GHOST, WITCHCRAFT, etc ... ). Où se situe SLEGEST ? Crois-tu que « less is more » ?
Pour SLEGEST, je pense que c'est un peu des deux en fait. Quand il s'agit de SLEGEST dans son ensemble, j'amène tout ce que je peux, rien de moins. Mais si tu regardes juste la composition, ou la production d'ailleurs, c'est probablement une approche plutôt « less is more ». Par exemple, si une chanson ne marche pas, je me penche sur le riff qui pose problème et j'essaye de faire de petits ajustements dans la ligne de basse par exemple pour l'aider à se concrétiser. Jamais je ne chercherai à la "noyer" dans un océan de solos pour la rendre plus flatteuse à l'oreille. Les choses doivent avoir un but, se construire sous la chanson et lui ajouter quelque chose. Cela devrait également être le cas pour les groupes qui font de la musique complexe. J'aime la musique complexe, mais il doit y avoir de vraies chansons derrière. La vitesse ne peut justifier la vitesse, ou la difficulté la difficulté. Si tu veux être le meilleur dans un domaine ou impressionner avec tes performances, je pense qu'il est préférable que tu t'exprimes dans le sport !

Prévoies-tu d'emmener SLEGEST sur la route bientôt?
Oui, j'y travaille en ce moment même.

SLEGEST est dorénavant un vrai groupe ?
Oui, c'est un groupe, mais le côté créatif et l'enregistrement, cela reste juste moi.

As-tu des plans pour le prochain album? Comment vois-tu l'avenir de SLEGEST ?
Pour le prochain album, j'ai commencé à travailler sur quelques ébauches. Mais ma principale priorité est maintenant de porter SLEGEST sur scène.

Merci Ese !


dimanche 13 octobre 2013

HACRIDE [interview]




HACRIDE entame en ce moment même une longue tournée en tête d'affiche à travers l'Europe. Nous avons rencontré le groupe au grand complet après leur prestation au Motocultor Festival il y a quelques semaines, l'occasion de faire le point sur l'intégration de leur nouveau batteur, Florent "Klone" Marcadet, et leur nouveau chanteur, Luiss Roux, ainsi que d'évoquer leur nouveau label norvégien, Indie Recordings, et leur nouvel album, "Back to where you've never been". 2013, une année bien chargée pour HACRIDE !




Depuis que nous nous sommes vus en novembre 2012, sur la tournée des 10 ans de la Klonosphère. l'actualité d'HACRIDE a été riche, avec toutefois des changements importants (chanteur, label), un nouvel album, une tournée en Asie,... Alors ce premier semestre 2013, c'est le changement dans la continuité, ou autrement dit « back to where you've never been » ?
Adrien (Grousset, guitares) : (rires) Oui c'est vrai que c'est très bien dit.. Quand tu nous avais vus à l'Ubu à Rennes, on était avec Sam à l'époque, et c'était sa tournée d'adieu, on est parti trois semaines et il allait nous quitter puisque c'était son choix... et effectivement « Back to where.... », c'est un peu le résumé de toutes nos péripéties depuis six mois entre le changement de line-up, le changement de label, le changement de manière de travailler aussi, puisque du coup l'arrivée de Flo et de Luiss nous a permis d'aborder une autre manière de travailler la musique,... donc oui, c'est bien résumé !

Tous ces événements se sont enchaînés malgré vous ou vous les aviez planifiés ?
Oui... et non ! (rires) L'album était déjà en boîte, et puis Luiss était en train de travailler les voix pendant qu'on tournait. Donc ça a été très rapide. Après la tournée, Flo est parti avec KLONE tourner avec GOJIRA, tandis que nous sommes retournés sur Poitiers travailler avec Luiss énormément, énormément, énormément, et dès que Flo est revenu, on a enregistré les voix et ça nous a permis de mettre en boite tout ça, mais ouais, ça a été très rapide, on n'a pas eu le temps de chômer.



Luiss (Roux, chant) : Pour ma part, j'ai été contacté en septembre 2012 à peu près, et au mois de décembre j'enregistrais après avoir écrit tous les textes. L'album a mis du temps à aboutir quand on regarde ça dans sa globalité, par contre pour ma part ca speedait.

On sait qu'il existe une version de l'album enregistrée avec Sam au chant, mais tu dis que tu as tout réécrit ?
Oui. J'ai fait le truc à ma façon. Il y a des choses que j'ai reprises, parce que c'était bien, il n'y avait rien à redire, mais le but ce n'était surtout pas de copier Sam. Il vaut mieux faire les choses à sa façon, et je me suis dit que de toute manière j'avais une liberté totale de la part du reste du groupe. Et j'avais envie de me faire plaisir aussi.



Comment votre nouvel album a-t-il été reçu jusqu'à présent ? Vous avez fait quelques dates à l'étranger en début d'année ?
Adrien : On a fait 50 % de dates à l'étranger et 50 % en France. L'album est très bien accueilli, et le nouveau line-up aussi. Même si certains sont un peu nostalgiques, tout le monde s'accorde à dire qu'il y a une espèce d'osmose entre nous qui fait que ça fonctionne bien, et qui laisse présager de bonnes choses pour l'avenir.

Le fait de partir immédiatement en tournée a contribué à souder le groupe ?
Benoist (Danneville, basse) : Oui, et le fait de partir tous ensemble en Inde peu après la sortie de l'album, ça a été une grosse expérience. Quand on cherchait un nouveau chanteur, on cherchait aussi quelqu'un avec qui on s'entende bien, c'est très important. On a toujours bossé en famille, et si quelqu'un intégrait la famille il fallait que ce soit « logique ». Avec Flo, ça l'a été, et avec Luiss on s'est très vite entendu. L'alchimie s'est faite immédiatement.



La logique pour créer ces liens, c'est aussi de constituer une setlist basée sur le dernier album principalement ?
Adrien : Oui parce que c'est quelque part une sorte de renaissance, donc on axe ce qu'on va jouer sur ce qu'on a créé tous ensemble, ou en tout cas qu'on s'est approprié tous ensemble, donc quand on a des sets d'1h, 1h15, c'est très axé sur le dernier album.



Avant même ces changements de line-up, il était déjà prévu que cet album serait plus concis, plus ramassé ?
Adrien : Oui, on le dit à chaque fois, mais c'est important pour nous de ne jamais reproduire ce qu'on a déjà fait avant. Nous sommes des passionnés, pas un gros groupe comme AC/DC, par exemple, qui s'ils font du reggae demain vont surprendre tout le monde. Nous, on a cette liberté là, de se dire... - euh... on ne va pas faire du reggae hein ! (rires) - ..., mais au moins de se dire qu'on peut expérimenter de nouvelles choses. Si on fait la même chose qu'avant, ça ne sert strictement à rien, on tourne en rond. Et pour le prochain album on fera la même chose, on essaiera au moins de nous surprendre nous mêmes.

Benoist : On est conscient que les gens ont parfois du mal à nous cataloguer, mais à chaque album son émotion. C'est un fan qui nous a dit ça un jour : quand il voulait quelque chose de plus brutal il écoutait « Amoeba », quand il voulait quelque chose de plus prog il écoutait « Lazarus »... J'ai trouvé ça vraiment pertinent, et je n'y avais jamais pensé. C'est bien d'avoir plusieurs cartes avec chaque album, et pas une sorte de progression globale, en redites.



Le fait que certains membres d'HACRIDE participent à d'autres projets nourrit-il également la musique du groupe ? Je pense à Florent avec KLONE ou STEP IN FLUID, par exemple, ou Adrien avec MELTED SPACE ... Est-ce que ce sont des choses qui sont susceptibles de construire la musique d'HACRIDE, ou tout reste-t-il cloisonné ? Y a-t'il une définition du son HACRIDE ?
Florent (Marcadet, batterie) : Il y a eu une redéfinition en tout cas. C'est difficile … on ne sait plus trop ce que signifie « progressive » déjà ! Est-ce aller plus dans le heavy, ce dont pour ma part je ne suis pas fan ? Moi ça va être plus justement cette scène KARNIVOOL, même le djent, TESSERACT, tous ces trucs là qu'on appelle « progressifs » mais, pffff.... c'est difficile. Alors après, hors HACRIDE, ou KLONE pour moi, on a tous plus ou moins des side-projects qui nous nourrissent à fond. Il a quand même fallu en ce qui me concerne que je me greffe au modèle HACRIDE, avec une batterie plus technique, plus moderne, etc, etc,... mais je pense aussi que j'ai teinté HACRIDE de mon côté rock lourd, enfin dans le groove de batterie en tout cas, KLONE c'est très rock lourd à la DEFTONES un peu, plus hardcore et moins technique, et là j'ai dû progresser techniquement pour m'intégrer au truc, mais j'apporte cette touche peut-être un peu plus efficace, plus catchy,...

Benoist : Chacun apporte son background, ses influences, ce qu'il écoutait étant jeune.... ca nous influence forcément, chacun a sa vision, et sans s'en rendre compte ça influence les structures, ça nous construit,... le chant de Luiss aussi, ses idées,... mais encore une fois, ça a été très simple, ça s'est fait naturellement.

Florent : Mais ce n'est qu'un début. Tout a été naturel, mais on sait qu'on a une marge de progression. On va avoir plus le temps de mettre les idées en commun pour le prochain album.



La composition du prochain album sera accélérée par le fait de disposer de plus de temps, ou de compter deux nouveaux membres ?
Adrien : Si tu veux c'est les deux.... la manière de composer reste toujours la même. J'apporte toujours une espèce de socle, 80 % de la musique, mais c'est vrai que là pour le coup, il fallait qu'on se connaisse avec Flo, qu'on travaille tous les deux, après ça a été le cas avec Luiss, donc ça a été très long, et en même temps très rapide. Et là on espère que ce sera très rapide, mais très long. Dans l'autre sens ! (rire général) Rapide pour sortir l'album, mais long dans la préparation.

Benoist : Beaucoup d'idées à mettre en commun, mais on a cette chance de pouvoir le faire tous ensemble, avec Frank (Hueso, le producteur - ndr) aussi, qui est toujours là et qui recentre un peu le tout, qui donne son avis, qui nous permet de tout tester...

Florent : avec toujours cette volonté de rendre le tout plus efficace. C'est peut-être ce qui ressort du dernier album, qui est moins prog, moins ambiances,...

Luiss : moins alambiqué.

Florent : …c'est certainement ce dont on avait besoin,...

Luiss : C'est plus dur de faire les choses de façon simple que compliquée ! On peut aussi être efficace tout en restant prog. On peut avoir des riffs un peu techniques, tout en allant vers des structures de morceaux un peu plus classiques.



C'est l'impression encore donnée sur scène tout à l'heure, celle d'un groupe technique qui ne cherche pas à le montrer.
Adrien : Mais ça ça a toujours été HACRIDE.

Florent : J'espère que c'est cela qui ressort.

Benoist : La technique est juste un outil.

Adrien : On a toujours été, dans HACRIDE, des musiciens plutôt techniques, on pratique l'instrument depuis très très longtemps, Flo et moi on enseigne l'instrument, donc techniquement parlant, sans se jeter des fleurs, on est à l'aise. Mais par contre, balancer de la technique pour la technique, c'est quelque chose qui m'a toujours rebuté, parce que ce n'est pas une manière de communiquer la musique. C'est une manière de communiquer un outil, mais pas une émotion. Et justement comme disait Ben, la technique c'est fait pour communiquer une émotion, essayer de mettre un vocabulaire sur quelque chose.

Benoist : C'est de la musique avant tout.

Florent : Faut parfois redescendre un peu sur terre et se dire « je sers quoi ? Mon ego ou la chanson ? »

Luiss : C'est vrai que certains groupes, que j'écoute et que j'apprécie, ont parfois tendance à sa cacher derrière une multitude de notes, par manque aussi de créativité et de profondeur, par manque de fond...

Benoist : Mais il y en a qui le font très bien !

Luiss : J'aime bien ces deux aspects du metal..

Adrien : et qui le feront mieux que nous d'ailleurs (rires).

Luiss : mais nous on a choisi en tout cas de recentrer notre travail là-dessus.

Le fait de signer sur un nouveau label, étranger, vous a-t'il ouvert de nouvelles portes ?
Benoist : Des portes au niveau de l'image, sur la recherche d'agents, c'est évident qu'ils ont un roadster assez imposant, le fait qu'on soit le seul groupe français à être la-dessus en « metal moderne », oui, sûrement,.. mais on n'a pas encore assez de recul.



Il n'y a pas à l'étranger d'effet GOJIRA bis ?
Adrien : Je ne sais pas, mais en tout cas on nous prend beaucoup plus au sérieux. Au tout début, avec HACRIDE, quand on commençait à tourner à l'étranger, GOJIRA n'avait pas cette ampleur là, et à chaque fois qu'on disait qu'on était français, les mecs rigolaient. On se demandait pourquoi, et on s'est vite rendu compte que les français avaient une réputation mais, affreuse... Je pense que GOJIRA ensuite a apporté une sorte de crédibilité, et prouvé qu'on pouvait être français et faire du rock'n'roll. Mais je ne pense pas qu'aujourd'hui les étrangers se disent « c'est français donc c'est bien », uniquement parce qu'il y a GOJIRA. En fait on s'en fout de la nationalité des groupes.

Benoist : Je pense que depuis 10 ans les groupes ont beaucoup travaillé en se disant que c'était possible. Même dans d'autres styles, comme GOROD, ou d'autres...

Adrien : Oui, parce qu'il y a un exemple d’ascension qui permet d'y croire. Mais bon, faire comme GOJIRA, ça me paraît impossible !

Luiss : C'est un groupe tellement unique.

Benoist : Oui, il a dû être choisi (rires). Non, ils ont beaucoup travaillé pour, se sont investis, etc... Nous, nous n'avons pas passé ce cap.

Luiss, comment définirais-tu ces six premiers mois au micro d'HACRIDE ? C'est un véritable tourbillon ?
Luiss : Non, peut-être pas ! (rires) Disons que j'étais arrivé à un stade dans ma vie où j'étais plus ou moins en train d’arrêter la musique de manière semi-professionnelle,.. j'étais dans un schéma de pensée où je me disais que c'était un peu fini pour moi, ou alors en passe-temps en weekend avec les copains, mais pas partir en tournée ni m'investir plus que ça. Et c'est justement au moment où je me suis enfin résigné à contrecœur que ça m'a fait un petit peu « tourbilloner » la tête sur le coup, de recevoir cette proposition. Je me suis dit « mince, j'ai quand même envie de vivre l'aventure une fois dans ma vie». Et après avoir rencontré les gars, écouté l'album, j'ai tout de suite senti que j'avais quelque chose à dire, quelque chose à apporter au niveau des textes, et ces textes sont venus assez vite, globalement tout s'est fait assez naturellement. Il y a peut-être eu un peu d'euphorie ou d'effervescence « tourbillonnante » en studio, parce qu'il y avait beaucoup de créativité... je voyais les gars en studio, je proposais des choses, il y avait vraiment une belle alchimie que je n'avais jamais vraiment connue avec un autre groupe auparavant,... Se mettre à tester des choses en studio, avoir cette envie, à se dire même qu'il fallait se freiner, à y aller idée après idée parce que ça fusait tellement ! Et c'est pour ça que je pense qu'on enchaînera vite sur un autre album, parce que ce fluide créatif qu'on a entre nous en ce moment c'est vraiment quelque chose de précieux. Il faut l'exploiter au maximum.



Vous repartez sur la route en octobre ?
Adrien : Oui, on enchaîne avec une tournée anglaise en tête d'affiche en octobre, quelques festivals aussi, l'Euroblast, le Progpower, une tournée avec THE OCEAN et SHINING, et après on a une petite friandise, mais officieuse, toujours à l'étranger, plus tard...

Florent tu vas pouvoir concilier ton emploi du temps avec KLONE ?
Florent : Pour la première fois, les tournées d'HACRIDE et de KLONE vont se chevaucher, donc il va falloir que je me fasse remplacer chez KLONE qui tournera avec ORPHANED LAND, puisque je m'étais déjà engagé avec HACRIDE. C'est Morgan Berthet, le batteur de MARS CHRONICLES, qui font la première partie de cette tournée avec ORPHANED LAND, qui va donc enchaîner deux sets tous les soirs. C'est vraiment ponctuel mais je ne peux pas me dédoubler, donc on fait avec les moyens du bord. Mais Morgan est un gros batteur qui fait un travail de fou !

Benoist : sur la dernière tournée on tournait avec KLONE et là c'est Flo qui faisait les deux sets !

Florent : KLONE et HACRIDE sont deux groupes qui tournent, avec des tournées de deux mois, mais on trouve toujours des solutions.

Benoist : Et puis on se connaît bien.

On vous souhaite une bonne tournée, on viendra vous voir ! Merci à vous !
Adrien : Merci à toi !



Merci à Naiko J. Franklin et Stephan Birlouez (photos) !