Récemment, HARD FORCE vous a demandé vers quel album de
METALLICA, de « Kill’Em All » ou
du « Black Album », allait votre préférence.
Question stupide, je vous l’accorde, mais ce sont les
meilleures car elles font réfléchir.
Il fallait un vainqueur,
et « Kill’Em All » l’a emporté.
Personnellement, j’ai voté pour cet album.
Pour ses qualités propres, mais aussi pour la nouveauté qu’il
représentait au moment de sa sortie (mon univers d’ado naviguait alors entre
SCORPIONS, MAIDEN, DEF LEP, JUDAS, AC/DC, TRUST…),… et parce qu’enfin des
jeunes venaient mettre sauvagement le feu et bousculer les règles d’un metal
hérité des années 70. Enfin, parce que la presse metal venait de naître en France
et qu’on y trouvait des groupes dont ROCK&FOLK ou BEST ne parlaient pas.
Tout ce qu’on nous avait caché ou qui explosait aux quatre coins de la planète était forcément
sulfureux. Forcément !
Huit ans plus tard, le Black Album n’était en rien aussi
révolutionnaire. Un succès planétaire incontestable, oui, mais pas un chef d’œuvre.
Simplement un gros travail de remise en question de la part d’un groupe qui
avait besoin d’évoluer, et l’a fait avec un producteur avisé.
C’est donc sans réelle hésitation que j’ai voté pour « Kill’Em All », mais je me suis remis à penser à chacun des albums des Four Horsemen et à la manière dont ils ont finalement ponctué ma longue passion pour
cette musique.
Si au début des années 80, le metal a connu en France une brève
mode, celle-ci n’a jamais franchement dépassé le cadre de TRUST, AC/DC ou
SCORPIONS pour le grand public. Et si au collège certains cherchaient la
découverte, beaucoup n’ont pas poussé l’expérience au-delà.
Tous les ans, je retrouvais pendant les grandes vacances un
ami également fan de metal. Nous n’échangions pas le reste de l’année, et il
était stupéfiant de nous retrouver en juillet et de nous rendre compte que nous
suivions le même chemin (les premiers albums d’ACCEPT, MÖTLEY CRÜE, MANOWAR,
etc…). Et METALLICA avait la bonne idée de sortir ses albums en été.
Après la sortie de « Kill’Em All », nous étions en
transe, mais nous arrivions à la même conclusion : il fallait que le groupe
se trouve un vrai chanteur !
Un an plus tard, nous avions tous les deux revus notre avis :
« Ride The Lightning » était un putain d’album et le groupe n’avait
besoin de personne d’autre !
En 86, « Master Of Puppet » ne sortit pas en été,
et mon ami avait commencé à s’éloigner du metal. Ce troisième album marque un aboutissement pour le groupe. Il
termine le premier cycle. Je lui ai toujours préféré « Ride The Lightning »,
plus organique à mon goût. Je trouve le son de « Master… » trop
feutré, comme étouffé.
Peut-être le groupe avait-il alors déjà tout dit, ou
peut-être est-ce dû à la disparition de Cliff Burton… Toujours est-il que « ...And Justice For All », que je n’ai pas
réécouté depuis des années, ne me laisse quant à lui aucun souvenir, si ce n’est
ce son très froid, sec, robotique. Je me souviens avoir lu dans la presse à ce
moment que les membres du groupe nourrissaient un complexe par rapport à leur (absence
de) technique, et qu’ils avaient repris des cours et composé comme s’il leur
fallait obtenir une forme de légitimité non pas par le talent ou par leur
créativité, mais par la maîtrise de leurs instruments. Acheté pendant des
vacances à l’étranger, et pour pouvoir l’écouter immédiatement sur mon
baladeur, c’est le seul album que j’ai acheté en K7 (que j’ai d’ailleurs usée).
Je l’ai racheté un jour au format CD. Pour la collection…..
Puis le « Black Album »… J’ai mis du temps à l’accepter.
J’ai toujours aimé les morceaux lourds des Mets (Ahhhhh !!! « Leper
Messiah » !!!) et sur cet album noir, il y en a du lourd ! J’ai
fini par l’apprécier. Et puis il y avait « Nothing Else Matters »… C’est
sûr, le groupe évoluait, mûrissait, muait.
Une mue qui a continué sur « Load » et « Reload ».
Deux albums contenant de bons morceaux, mais où METALLICA s’essaye à une sorte
de proto-stoner… Enfin, le groupe avait un peu le cul entre quatre chaises… Le
feu sacré n’était visiblement plus là. Une sorte d’espèce de monstre…
« Saint Anger » annonçait un retour aux sources
électriques. C’est surtout une grosse décharge d’énergie brute. Assez indigeste.
Mais qui à ma grande surprise s’est bonifiée avec le temps. Et qui serait presque acceptable aujourd’hui s’il n’y
avait ce chant erratique, cette caisse claire horripilante, et ces soli
tristement absents.
Finalement, METALLICA est revenu à faire ce que le public
attendait du groupe. De longs morceaux très structurés, rapides, avec de longs
soli bourrés d’effets, un peu comme un « ...And Justice For All » avec
encore moins de vie. « Death Magnetic », ça s’appelle. C’est
peut-être ça le sens caché du titre d’ailleurs. Un retour magnétique vers la
source metal, mais mort.
Puis vint « Lulu », pas vraiment un album du
groupe d’ailleurs. Une collaboration improbable. L’album que les fans adorent
haïr.
Et aujourd’hui ?
Aujourd’hui le groupe remplit toujours les stades.
Et en écrivant ces quelques lignes d’une traite, je me rends
compte que METALLICA a eu autant de vies ou d’identités qu’il a sorti d’albums.
Que leur carrière a foisonné d’idées.
Que ce n’est pas un hasard s’ils sont toujours les plus
grands.
Que cette question n’était pas stupide en fait.
Et que chacun trouvera sa réponse dans la façon dont il a vécu toutes ces années avec ce groupe.





















