HACRIDE entame en ce moment même une longue tournée en tête d'affiche à travers l'Europe. Nous avons rencontré le groupe au grand complet après leur prestation au Motocultor Festival il y a quelques semaines, l'occasion de faire le point sur l'intégration de leur nouveau batteur, Florent "Klone" Marcadet, et leur nouveau chanteur, Luiss Roux, ainsi que d'évoquer leur nouveau label norvégien, Indie Recordings, et leur nouvel album, "Back to where you've never been". 2013, une année bien chargée pour HACRIDE !
Depuis que nous nous sommes vus en
novembre 2012, sur la tournée des 10 ans de la Klonosphère.
l'actualité d'HACRIDE a été riche, avec toutefois des changements
importants (chanteur, label), un nouvel album, une tournée en
Asie,... Alors ce premier semestre 2013, c'est le changement dans la
continuité, ou autrement dit « back to where you've never been » ?
Adrien (Grousset, guitares) : (rires) Oui c'est
vrai que c'est très bien dit.. Quand tu nous avais vus à l'Ubu à
Rennes, on était avec Sam à l'époque, et c'était sa tournée
d'adieu, on est parti trois semaines et il allait nous quitter
puisque c'était son choix... et effectivement « Back to where....
», c'est un peu le résumé de toutes nos péripéties depuis six
mois entre le changement de line-up, le changement de label, le
changement de manière de travailler aussi, puisque du coup l'arrivée
de Flo et de Luiss nous a permis d'aborder une autre manière de
travailler la musique,... donc oui, c'est bien résumé !
Tous ces événements se sont
enchaînés malgré vous ou vous les aviez planifiés ?
Oui... et non ! (rires) L'album
était déjà en boîte, et puis Luiss était en train de travailler
les voix pendant qu'on tournait. Donc ça a été très rapide. Après
la tournée, Flo est parti avec KLONE tourner avec GOJIRA, tandis que
nous sommes retournés sur Poitiers travailler avec Luiss énormément,
énormément, énormément, et dès que Flo est revenu, on a
enregistré les voix et ça nous a permis de mettre en boite tout ça,
mais ouais, ça a été très rapide, on n'a pas eu le temps de
chômer.
Luiss (Roux, chant) : Pour ma part, j'ai
été contacté en septembre 2012 à peu près, et au mois de
décembre j'enregistrais après avoir écrit tous les textes. L'album
a mis du temps à aboutir quand on regarde ça dans sa globalité,
par contre pour ma part ca speedait.
On sait qu'il existe une version de
l'album enregistrée avec Sam au chant, mais tu dis que tu as tout
réécrit ?
Oui. J'ai fait le truc à ma façon.
Il y a des choses que j'ai reprises, parce que c'était bien, il n'y
avait rien à redire, mais le but ce n'était surtout pas de copier
Sam. Il vaut mieux faire les choses à sa façon, et je me suis dit
que de toute manière j'avais une liberté totale de la part du reste
du groupe. Et j'avais envie de me faire plaisir aussi.
Comment votre nouvel album a-t-il
été reçu jusqu'à présent ? Vous avez fait quelques dates à
l'étranger en début d'année ?
Adrien : On a fait 50 % de
dates à l'étranger et 50 % en France. L'album est très bien
accueilli, et le nouveau line-up aussi. Même si certains sont un peu
nostalgiques, tout le monde s'accorde à dire qu'il y a une espèce
d'osmose entre nous qui fait que ça fonctionne bien, et qui laisse
présager de bonnes choses pour l'avenir.
Le fait de partir immédiatement en
tournée a contribué à souder le groupe ?
Benoist (Danneville, basse) : Oui, et le fait de
partir tous ensemble en Inde peu après la sortie de l'album, ça a
été une grosse expérience. Quand on cherchait un nouveau chanteur,
on cherchait aussi quelqu'un avec qui on s'entende bien, c'est très
important. On a toujours bossé en famille, et si quelqu'un intégrait
la famille il fallait que ce soit « logique ». Avec Flo, ça l'a
été, et avec Luiss on s'est très vite entendu. L'alchimie s'est
faite immédiatement.
La logique pour créer ces liens,
c'est aussi de constituer une setlist basée sur le dernier album
principalement ?
Adrien : Oui parce que c'est
quelque part une sorte de renaissance, donc on axe ce qu'on va jouer
sur ce qu'on a créé tous ensemble, ou en tout cas qu'on s'est
approprié tous ensemble, donc quand on a des sets d'1h, 1h15, c'est
très axé sur le dernier album.
Avant même ces changements de
line-up, il était déjà prévu que cet album serait plus concis,
plus ramassé ?
Adrien : Oui, on le dit à
chaque fois, mais c'est important pour nous de ne jamais reproduire
ce qu'on a déjà fait avant. Nous sommes des passionnés, pas un
gros groupe comme AC/DC, par exemple, qui s'ils font du reggae demain
vont surprendre tout le monde. Nous, on a cette liberté là, de se
dire... - euh... on ne va pas faire du reggae hein ! (rires) - ...,
mais au moins de se dire qu'on peut expérimenter de nouvelles
choses. Si on fait la même chose qu'avant, ça ne sert strictement à
rien, on tourne en rond. Et pour le prochain album on fera la même
chose, on essaiera au moins de nous surprendre nous mêmes.
Benoist : On est conscient
que les gens ont parfois du mal à nous cataloguer, mais à chaque
album son émotion. C'est un fan qui nous a dit ça un jour : quand
il voulait quelque chose de plus brutal il écoutait « Amoeba »,
quand il voulait quelque chose de plus prog il écoutait « Lazarus
»... J'ai trouvé ça vraiment pertinent, et je n'y avais jamais
pensé. C'est bien d'avoir plusieurs cartes avec chaque album, et pas
une sorte de progression globale, en redites.
Le fait que certains membres
d'HACRIDE participent à d'autres projets nourrit-il également la
musique du groupe ? Je pense à Florent avec KLONE ou STEP IN FLUID,
par exemple, ou Adrien avec MELTED SPACE ... Est-ce que ce sont des
choses qui sont susceptibles de construire la musique d'HACRIDE, ou
tout reste-t-il cloisonné ? Y a-t'il une définition du son HACRIDE
?
Florent (Marcadet, batterie) : Il y a eu une
redéfinition en tout cas. C'est difficile … on ne sait plus trop
ce que signifie « progressive » déjà ! Est-ce aller plus dans le
heavy, ce dont pour ma part je ne suis pas fan ? Moi ça va être
plus justement cette scène KARNIVOOL, même le djent, TESSERACT,
tous ces trucs là qu'on appelle « progressifs » mais, pffff....
c'est difficile. Alors après, hors HACRIDE, ou KLONE pour moi, on a
tous plus ou moins des side-projects qui nous nourrissent à fond. Il
a quand même fallu en ce qui me concerne que je me greffe au modèle
HACRIDE, avec une batterie plus technique, plus moderne, etc, etc,...
mais je pense aussi que j'ai teinté HACRIDE de mon côté rock
lourd, enfin dans le groove de batterie en tout cas, KLONE c'est très
rock lourd à la DEFTONES un peu, plus hardcore et moins technique,
et là j'ai dû progresser techniquement pour m'intégrer au truc,
mais j'apporte cette touche peut-être un peu plus efficace, plus
catchy,...
Benoist : Chacun apporte son
background, ses influences, ce qu'il écoutait étant jeune.... ca
nous influence forcément, chacun a sa vision, et sans s'en rendre
compte ça influence les structures, ça nous construit,... le chant
de Luiss aussi, ses idées,... mais encore une fois, ça a été très
simple, ça s'est fait naturellement.
Florent : Mais ce
n'est qu'un début. Tout a été naturel, mais on sait qu'on a une
marge de progression. On va avoir plus le temps de mettre les idées
en commun pour le prochain album.
La composition du prochain album
sera accélérée par le fait de disposer de plus de temps, ou de
compter deux nouveaux membres ?
Adrien : Si tu veux c'est les
deux.... la manière de composer reste toujours la même. J'apporte
toujours une espèce de socle, 80 % de la musique, mais c'est vrai
que là pour le coup, il fallait qu'on se connaisse avec Flo, qu'on
travaille tous les deux, après ça a été le cas avec Luiss, donc
ça a été très long, et en même temps très rapide. Et là on
espère que ce sera très rapide, mais très long. Dans l'autre sens
! (rire général) Rapide pour sortir l'album, mais long dans la
préparation.
Benoist : Beaucoup d'idées à
mettre en commun, mais on a cette chance de pouvoir le faire tous
ensemble, avec Frank (Hueso, le
producteur - ndr) aussi, qui est toujours là et qui
recentre un peu le tout, qui donne son avis, qui nous permet de tout
tester...
Florent : avec toujours cette
volonté de rendre le tout plus efficace. C'est peut-être ce qui
ressort du dernier album, qui est moins prog, moins ambiances,...
Florent : …c'est
certainement ce dont on avait besoin,...
Luiss : C'est plus dur de
faire les choses de façon simple que compliquée ! On peut aussi
être efficace tout en restant prog. On peut avoir des riffs un peu
techniques, tout en allant vers des structures de morceaux un peu
plus classiques.
C'est l'impression encore donnée
sur scène tout à l'heure, celle d'un groupe technique qui ne
cherche pas à le montrer.
Adrien : Mais ça ça a
toujours été HACRIDE.
Florent : J'espère que c'est
cela qui ressort.
Benoist : La technique est
juste un outil.
Adrien : On a toujours été,
dans HACRIDE, des musiciens plutôt techniques, on pratique
l'instrument depuis très très longtemps, Flo et moi on enseigne
l'instrument, donc techniquement parlant, sans se jeter des fleurs,
on est à l'aise. Mais par contre, balancer de la technique pour la
technique, c'est quelque chose qui m'a toujours rebuté, parce que ce
n'est pas une manière de communiquer la musique. C'est une manière
de communiquer un outil, mais pas une émotion. Et justement comme
disait Ben, la technique c'est fait pour communiquer une émotion,
essayer de mettre un vocabulaire sur quelque chose.
Benoist : C'est de la musique
avant tout.
Florent : Faut parfois
redescendre un peu sur terre et se dire « je sers quoi ? Mon ego ou
la chanson ? »
Luiss : C'est vrai que
certains groupes, que j'écoute et que j'apprécie, ont parfois
tendance à sa cacher derrière une multitude de notes, par manque
aussi de créativité et de profondeur, par manque de fond...
Benoist : Mais il y en a qui
le font très bien !
Luiss : J'aime bien ces deux
aspects du metal..
Adrien : et qui le feront
mieux que nous d'ailleurs (rires).
Luiss : mais nous on a choisi
en tout cas de recentrer notre travail là-dessus.
Le fait de signer sur un nouveau
label, étranger, vous a-t'il ouvert de nouvelles portes ?
Benoist : Des portes au
niveau de l'image, sur la recherche d'agents, c'est évident qu'ils
ont un roadster assez imposant, le fait qu'on soit le seul groupe
français à être la-dessus en « metal moderne », oui, sûrement,..
mais on n'a pas encore assez de recul.
Il n'y a pas à l'étranger d'effet
GOJIRA bis ?
Adrien : Je ne sais pas, mais
en tout cas on nous prend beaucoup plus au sérieux. Au tout début,
avec HACRIDE, quand on commençait à tourner à l'étranger, GOJIRA
n'avait pas cette ampleur là, et à chaque fois qu'on disait qu'on
était français, les mecs rigolaient. On se demandait pourquoi, et
on s'est vite rendu compte que les français avaient une réputation
mais, affreuse... Je pense que GOJIRA ensuite a apporté une sorte de
crédibilité, et prouvé qu'on pouvait être français et faire du
rock'n'roll. Mais je ne pense pas qu'aujourd'hui les étrangers se
disent « c'est français donc c'est bien », uniquement parce qu'il
y a GOJIRA. En fait on s'en fout de la nationalité des groupes.
Benoist : Je pense que depuis
10 ans les groupes ont beaucoup travaillé en se disant que c'était
possible. Même dans d'autres styles, comme GOROD, ou d'autres...
Adrien : Oui, parce qu'il y a
un exemple d’ascension qui permet d'y croire. Mais bon, faire comme
GOJIRA, ça me paraît impossible !
Luiss : C'est un groupe
tellement unique.
Benoist : Oui, il a dû être
choisi (rires). Non, ils ont beaucoup travaillé pour, se sont
investis, etc... Nous, nous n'avons pas passé ce cap.
Luiss, comment définirais-tu ces
six premiers mois au micro d'HACRIDE ? C'est un véritable tourbillon
?
Luiss : Non, peut-être pas !
(rires) Disons que j'étais arrivé à un stade dans ma vie où
j'étais plus ou moins en train d’arrêter la musique de manière
semi-professionnelle,.. j'étais dans un schéma de pensée où je me
disais que c'était un peu fini pour moi, ou alors en passe-temps en
weekend avec les copains, mais pas partir en tournée ni m'investir
plus que ça. Et c'est justement au moment où je me suis enfin
résigné à contrecœur que ça m'a fait un petit peu «
tourbilloner » la tête sur le coup, de recevoir cette proposition.
Je me suis dit « mince, j'ai quand même envie de vivre l'aventure
une fois dans ma vie». Et après avoir rencontré les gars, écouté
l'album, j'ai tout de suite senti que j'avais quelque chose à dire,
quelque chose à apporter au niveau des textes, et ces textes sont
venus assez vite, globalement tout s'est fait assez naturellement. Il
y a peut-être eu un peu d'euphorie ou d'effervescence «
tourbillonnante » en studio, parce qu'il y avait beaucoup de
créativité... je voyais les gars en studio, je proposais des
choses, il y avait vraiment une belle alchimie que je n'avais jamais
vraiment connue avec un autre groupe auparavant,... Se mettre à
tester des choses en studio, avoir cette envie, à se dire même
qu'il fallait se freiner, à y aller idée après idée parce que ça
fusait tellement ! Et c'est pour ça que je pense qu'on enchaînera
vite sur un autre album, parce que ce fluide créatif qu'on a entre
nous en ce moment c'est vraiment quelque chose de précieux. Il faut
l'exploiter au maximum.

Vous repartez sur la route en
octobre ?
Adrien : Oui, on enchaîne
avec une tournée anglaise en tête d'affiche en octobre, quelques
festivals aussi, l'Euroblast, le Progpower, une tournée avec THE
OCEAN et SHINING, et après on a une petite friandise, mais
officieuse, toujours à l'étranger, plus tard...
Florent tu vas pouvoir concilier ton
emploi du temps avec KLONE ?
Florent : Pour la première
fois, les tournées d'HACRIDE et de KLONE vont se chevaucher, donc il
va falloir que je me fasse remplacer chez KLONE qui tournera avec
ORPHANED LAND, puisque je m'étais déjà engagé avec HACRIDE. C'est
Morgan Berthet, le batteur de MARS CHRONICLES, qui font la première
partie de cette tournée avec ORPHANED LAND, qui va donc enchaîner
deux sets tous les soirs. C'est vraiment ponctuel mais je ne peux pas
me dédoubler, donc on fait avec les moyens du bord. Mais Morgan est
un gros batteur qui fait un travail de fou !
Benoist : sur la dernière
tournée on tournait avec KLONE et là c'est Flo qui faisait les deux
sets !
Florent : KLONE et HACRIDE
sont deux groupes qui tournent, avec des tournées de deux mois, mais
on trouve toujours des solutions.
Benoist : Et puis on se
connaît bien.
On vous souhaite une bonne tournée,
on viendra vous voir ! Merci à vous !
Merci à Naiko J. Franklin et Stephan Birlouez (photos) !