Oui, je sais, vous allez me dire « Le
HELLFEST c'était il y a trois mois, on a lu les reports extensifs
sur tous les sites Metal de France et d'ailleurs, on a épluché les
set-lists de nos groupes préférés dans le détail, l'édition 2014
est déjà en route, etc...», et franchement, vous n'avez pas
tort. Mais comme il est agréable de se souvenir des belles choses,
et parce que l'été fut riche en événements, à l'heure où nous
avons tous repris le chemin des études ou du boulot, un petit retour
en arrière décalé sur ces derniers mois ne peut pas faire de mal.
A tout seigneur tout honneur, premier coup d'oeil dans le rétro,
le....
HELLFEST 2013
CLISSON (44), 21 – 22 – 23 juin
2013
« Go west, young man ! »
C'est un fait désormais aussi établi
que la transhumance des troupeaux vers les alpages, à l'approche de
l'été le métalleux se déplace en masse vers la côte atlantique
pour célébrer la grande messe noire du Metal en terre Clissonnaise.
Malgré une affiche controversée, il y a foule sur le site du
HELLFEST 2013, un site agrandi l'année précédente et repensé
cette année. La météo est acceptable malgré des prévisions
humides, et le festivalier qui a réfléchi pendant plusieurs
semaines aux t-shirts qu'il allait porter n'a donc pas à les cacher
sous un k-way ou un pancho jaune fluo (la honte!).

Comme tous les ans, il aurait fallu
arriver la veille ou se lever aux aurores pour être présent à
l'ouverture des hostilités. Embouteillage, parking, marche à pied,
formalités d'entrée sur le site me privent des premiers concerts.
SAXON débute son set au moment où je
parviens au centre du site. Malheureusement, des formalités
administratives (perception des jetons boissons, visite du bar à
vin) m’empêchent à contrecœur de profiter pleinement de la
prestation de ces vieux briscards dont les premiers albums ont bercé
mon adolescence. Ce n'est peut-être pas plus mal, car si Biff Byford
semble en voix, l'interprétation des grands classiques ne manque pas
de me surprendre. Ainsi j'ai l'impression d'entendre un nouveau
morceau inconnu des mes oreilles, quand retentit le refrain « She's
got wheeeeeeeels... WHEELS OF STEEL! »... Stupeur !
Si l'on s'interroge sur le point de
savoir où vont mourir les vieux groupes, la journée du vendredi de
ce Hellfest a, tout du moins sur les mainstages, tout du cimetière
des éléphants. EUROPE, KREATOR, TWISTED SISTER, TESTAMENT,
WHITESNAKE, HELLOWEEN, DEF LEPPARD.... J'ai 18 ans à nouveau ! Mais
Je suis bien le seul, car sur scène, le poids des ans se fait
gentiment sentir. Si l'on accepte le fait que la jeunesse n'est pas
éternelle et que ces rock stars ont vécu (et pour quelques unes
vivent encore) des vies dissolues, le spectacle proposé a toutefois
de quoi satisfaire le fan historique. Alors bien sûr, malgré le
talent (et l'avion raté) d'un TEMPEST en voix et d'un NORUM
au-dessus du lot, EUROPE en garde sous la pédale. KREATOR est égal
à lui-même, quand bien même un de mes amis taquin ne peut
s'empêcher de comparer le batteur à un cycliste du tour de France
effectuant un contre la montre... efficace mais sans surprises. Dans
la roue des allemands, TWISTER SISTER, mené par un Dee SNIDER
sautillant masquant ses presque 60 printemps, a la mauvaise idée de
finir un set généreux et enthousiasmant par un « It's only
rock'n'roll....but I like it ! » étiré pendant plus de dix
(longues, très longues, trop longues) minutes jusqu'à leur sortie
de scène... Comme une équipe de foot victorieuse attendant le coup
de sifflet final en faisant la passe à 10...
Et WHITESNAKE, ah..... Passée la
satisfaction de voir une des figures emblématiques du hard-rock à
l'ancienne, entourée de mercenaires affûtés, on peut regretter que
la voix de COVERDALE ne soit plus que l'ombre de ce qu'elle fut, que
le groupe malgré des passages rares et un répertoire comprenant
tant² de classiques joue autant de titres piochés dans ses deux
derniers, et moins bons, albums. A l'applaudimètre des refrains
repris en choeur, « Is This Love ?» gagne haut la main. Le beau
David rappelle que le groupe fête ses 35 ans, et évoque avec
émotion (ou pas...) les disparus : Mel Galley, Cozy Powell, Jon
Lord,... Le groupe déroule avec un COVERDALE à l'arrache, jusqu'à
un « Still Of The Night » qui prouve que le bellâtre a les
capacités vocales pour revenir l'année prochaine......sous une
tente, sur la « Temple » par exemple, après avoir rebaptisé son
groupe BLACKSNAKE.
Profitons de cette pensée profonde
pour s'insurger contre LA grosse inflation sur le site : + 25% sur la
bière !
A la nuit tombée, DEF LEPPARD
s'apprête à jouer pour la première fois en France depuis 17 ans.
On annonce une version allégée de la série de shows qu'ils
viennent de donner à Vegas : une première partie de classiques sous
la forme d'un groupe de reprises (les « DEAD FLATBIRDS »), puis
après une pause l'intégrale de « Hysteria », et un rappel final.
Un vrai show donc, peu conventionnel pour un festival, et qui
désarçonnera faute d'explication préalable bien des festivaliers.
Si la première partie du set se passe assez bien, malgré le peu de
communication d'un Joe Elliot affublé d'un chapeau et de lunettes
lui donnant un look à mi-chemin entre une mouche et Gilbert
Montagné, la longue (très longue, trop longue) pause qui suit
cette première partie, prétexte à la diffusion non sous-titrée
d'images par ailleurs tronquées à la gloire du groupe époque «
Hysteria », ne sera pas au goût de tout le monde. Les sifflets
surgissent et s'amplifient, alors que certains festivaliers quittent
le devant de la Mainstage. Le quintet revient (enfin) jouer
fidèlement, dans l'ordre, l'intégralité de « Hysteria », l'album
multi-platiné de la consécration, sous un déluge de lights, avec
un son très fort et clair. Efficacité, mais sans émotion. DEF
LEPPARD s'éclipse comme il était arrivé, après « Love And Affection ». Les lumières se rallument et la sono diffuse du AC/DC.
Visiblement, les festivaliers ne sont pas les seuls à ignorer que le
show n'est pas fini ! Le groupe revient pourtant interpréter « Rock Of Ages » et « Photograph ». On retiendra une voix irréprochable
(garantie sans samples, moui...), mais surtout un show un peu
décevant après une si longue absence. La faute au choix
d'interpréter leur album certes le plus célèbre, mais aussi le
plus commercial, le plus américain, le plus « produit ».... Et le
rock dans tout ça ?
Et pendant ce temps là sous les tentes
? Bonne question !
Plus que jamais, avec ses six scènes,
le HELLFEST est devenu un festival de niches. Grunge/stoner sous la
Valley, Punk/hardcore devant la Warzone, Black sous la Temple,
Death/Doom sous l'Altar, mainstream devant les Mainstages 01 et 02.
Avec les différents publics accrochés devant leur scène de
prédilection tel des berniques sur leurs rochers à marée basse, il
est difficile pour le festivalier de passer d'une scène à l'autre
dans de bonnes conditions. Après il faut assumer ses choix si le
spectacle n'est pas au rendez-vous,
Ce premier jour, j'ai eu la
satisfaction de voir des éléphants, pour autant me suis-je trompé
?
Le samedi, compte tenu de l'éloignement
de mon logement, j'ai prévu d'arriver sur le site pour le set
d'AUDREY HORNE. Aucun souci pour accéder au parking. Je suis dans
les temps ! Hellfest, trois fois Hellfest, c'était sans compter sur
une navette parking qui jamais n'arriva !!! Gros dilemme en effet
chaque jour une fois débarrassé de son véhicule : marcher 30
(longues, très longues, trop longues) minutes pour atteindre le
site, ou attendre 20 minutes l'arrivée d'une navette qui m'y mènera
en 5 minutes pour le prix (prohibitif !) de 2 € ? La deuxième
solution semble la plus rapide.....à condition que la rotation
s'effectue correctement. Ce n'est pas le cas.
Et je ne parle pas du retour, quand
vers deux heures du matin au sortir du site près de 80 personnes
attendent en vain en file indienne la navette (de 8 places) sensée
les ramener au parking, alors que deux navettes sont stationnées
devant eux tous feux éteints au milieu du giratoire, et que deux
chauffeurs discutent en rigolant devant la queue.....
Bref, j'ai raté AUDREY HORNE.
Je sillonne le site en long en large,
telle une âme perdue, attendant ACCEPT...captant quelques minutes
d'AC/D... euh.. de KROKUS ! Mais aussi de WITCHCRAFT, de PARKWAY
DRIVE, de DOWN,... le tout sous une météo désormais clairement
passée en mode grosses gouttes...

Mais ce n'est pas bien grave. Si on
allait au HELLFEST pour les concerts, ça se saurait ! Non, le
HELLFEST, par sa démesure, est devenu le DISNEYLAND du Metal. Un
parc énorme, où l'on se rend entre potes, en famille, seul,... où
l'on achète des souvenirs estampillés HF (fringues, accessoires,
peluches,... euh?), où l'on trouve des boutiques spécialisées (le
fameux EXTREME MARKET où certains errent des heures entières à la
recherche du graal, formant dans les allées le plus long et plus
grand circle pit du festival), où l'on déguste la cuisine du monde
(le porte-monnaie aussi déguste), où l'on trouve une multitude de
stands (magazines, sponsors,....). Où l'on boit aussi.
Le HELLFEST n'est pas devenu qu'un lieu
incontournable. C'est un lieu unique.
C'est l'endroit où il faut être une
fois par an, si l'on veut vivre Metal, si l'on veut avoir la vraie
impression d'appartenir à une communauté, si l'on veut croiser,
retrouver ses amis bien souvent virtuels le reste de l'année, si
l'on veut s'en faire de nouveaux...déguisés en Pikachu, vache,
curé, naturiste, ou pas du tout déguisés.
Les organisateurs l'ont bien compris,
la seule vraie nouveauté, avec la Warzone désormais à ciel ouvert,
étant la création de ce champêtre « Kingdom Of Muscadet ». Ce
haut lieu de convivialité, cette forêt de Sherwood qui au fil du
festival se transforme progressivement en cour des miracles et
urinoir géant. Pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore,
c'est un lieu de passage obligé.
Baigner trois jours dans un
environnement Metal, sur un site auquel un effort très important est
consacré à la décoration, avec un goût rare, c'est aujourd'hui
surtout cela le HELLFEST. HELL beaucoup, mais FEST encore plus.
Aller au HELLFEST juste pour assister à
des concerts, il n'y a guère plus que Phil ANSELMO pour agir de la
sorte...
ACCEPT enfin ! 25 ans que les Teutons
et moi ne nous sommes pas vus ! A l'époque, Udo tenait le micro, et
Wolf Hoffmann avait une crinière blonde. C'était la tournée «
Russian Roulette ». A la différence d'hier, voilà des anciens sur
lesquels le temps ne semble pas avoir eu de prise. Avec au chant
l'américain Mark Tornillo, passé de TT QUICK à « Fastfood As A Shark », ACCEPT ne laisse pas le public respirer une seconde,
assénant riff sur riff, jusqu'au final qui voit Phil Anselmo sauter
sur scène, s'emparer d'un micro et pousser la chansonnette agressive
avant de se prosterner devant ses maîtres. Culte ! Le public exulte
!!!! Voilà le genre de happening imprévu qui donne tout son sens à
ce genre de rassemblement.
Au-delà de la zone VIP se dresse la
tente réservée à la presse. S'y rendre, c'est comme visiter une
fourmilière. Alors que d'un côté une dizaine de box sont le
théâtre d'un balai incessant d'artistes en interviews, de l'autre
il y a la salle de commandement de la presse connectée. Pas une
fenêtre, des tables encombrées d'ordinateurs, et autant de
journalistes affairés, le regard hagard sous les lumières
faiblardes... Ils sont tous au taquet, car eux ne peuvent pas se
permettre d'attendre trois mois pour livrer leurs souvenirs !
La fin de journée s'annonce
consensuelle sur les Mainstages. ZZ TOP et KISS ont attiré les
foules de quadras, quinquas et plus, ayant depuis longtemps abandonné
les vestes à patches au profit du pull nonchalamment jeté sur les
épaules.
Pour l'occasion, ZZ TOP s'est paré de
ses plus beaux habits de lumières, le poil lustré. Le set
millimétré des Texans lance avec efficacité la soirée. Le site
est bondé, le festival réalisant ce jour son record d'affluence à
la journée. On en attendait tout autant de KISS. Mais ce soir le
baiser est comme l'ennui : mortel. A coups de pétards mouillés
faisant office de diversion, les créatures de la nuit livrent un
show à l'économie. Stanley est haletant, le son riquiqui, les
déplacements sont comptés, à l'image de l'araignée mécanique qui
ne daignera pas descendre de son plafond... Plateforme, platform
boots, et groupe en plate forme. Ah il faut les entendre chuchoter
péniblement : « Shout it, shout it..... shout it out louuuuud ».
Pffffff........ KISS coule, quelle déception ! Et dire qu'au même
moment, sous la Temple, les autres maquillés d'IMMORTAL donnent une
leçon de metal imparable. D'ailleurs j'y file !... KORN rachète
ensuite ses défections passées, et célèbre le retour de son
guitariste prodige, Brian « Head » Welch, en délivrant un show
époustouflant. Comme chaque année, le HELLFEST recelait en ce
samedi son lot de surprises, bonnes et mauvaises.
Grosse affluence, retour au parking à
pied (because la navette... Grrrrrr), gros embouteillages, contrôle
alcoolémie. Certaines fins de soirée sont tellement prévisibles...
Le dimanche, traditionnellement, est
une journée particulière au HELLFEST. Certains festivaliers sont
déjà partis ou sur le retour. Et cette année est marquée par
l'absence de tête d'affiche marquante, justement.
Et pourtant cette dernière journée va
s'avérer riche. Peut-être la plus intéressante et la plus variée.
Sous un soleil bien installé, les Polonais de RIVERSIDE réjouissent
un public clairsemé en début d'après-midi. Le Prog-Metal est le
mal-aimé du festival, et souvent le grand absent. Mais quel bonheur
de voir un de ses représentants jouer sur une Mainstage.
Pas de grandes stars internationales
historiques à l'affiche aujourd'hui, mais des découvertes et des
confirmations, pour peu de déceptions. Je retiens particulièrement
nos compatriotes de GOJIRA, et surtout de MASS HYSTERIA, mais aussi
les canadiens de VOIVOD rejoints sur scène par Jason Newsted et...
Anselmo, ou encore NEWSTED seul sur scène avec son groupe pour une
prestation à peaufiner, STONE SOUR, ou encore VOLBEAT qui prouve que
sa place en tête d'affiche n'est pas usurpée.

Les deux surprises de la journée
viennent de CLUTCH, absents excusés pour cause de décès et
remplacés par le Phil (omniprésent) Anselmo Show, et de Glenn
DANZIG, dont c'est l'anniversaire ce dimanche et qui demande à jouer
en fin d'après-midi plutôt qu'à 00h45 !
Il échange son horaire avec GHOST qui
n'en demandait pas tant. Plus qu'une chance, un signe ! Rencontré
l'après-midi sans sa tenue de scène, Papa Emeritus II, chanteur de
GHOST, tout sourire, me confie concernant cette surprise due à la
demande de Danzig : « Oh oui, c’est très cool de sa part ! La
première fois que nous avons joué au Hellfest, tout s’est passé
à merveille et ça nous a beaucoup apporté parce que le show a été
filmé et diffusé, beaucoup de monde l’a vu car c’était la
première captation pro pour le groupe. Avec cette opportunité qui
nous est offerte de clôturer en tête d'affiche, une fois encore
quelque chose d’important et d'imprévu se passe pour notre
carrière au Hellfest ! ». C'est donc sous la pleine lune que
GHOST clôture de manière spectrale cette édition 2013. Qui a dit
fantastique ?
On se pose souvent la question de
savoir quelles seront ou quelles pourront être les têtes d'affiches
de demain, quand tous les éléphants auront disparu. Cette journée
du dimanche aura apporté quelques éléments de réponse, entre
nouveaux venus et groupes français...
Je ne peux m'empêcher de partager avec
vous le grand éclat de rire de Papa Emeritus II, quand après lui
avoir rappelé que GHOST rendait hommage aux grands groupes des
années 70, je lui demandai si le groupe n'était pas plutôt en
train d'écrire la musique qui sera jouée à leurs funérailles !
Tout un symbole. Les jeunes groupes aux
dents longues sont prêts à prendre la relève, sans pour autant
vouloir à tout prix bousculer les choses. Tout viendra à point pour
qui sait attendre. Ce dimanche en est une belle preuve,
Quels enseignements tirer de cette
édition du HELLFEST ? Quels souvenirs garder ? L'organisation a su
tirer le meilleur parti de ce nouveau site, l'ambiance fut au top,
160 groupes se sont succédés sans couac,.... Bien sûr tout n'est
pas parfait, le son est dans l'ensemble assez moyen, trop fort et
brouillon sous les tentes, trop dispersé en plein air,.... il est
difficile de faire de vraies découvertes, trois groupes jouant en
permanence au même moment, et les tentes restant assez inaccessibles
en cours de set.... Mais le HELLFEST a confirmé son statut de plus
gros festival metal de France, de lieu de rassemblement de métalleux
de tous poils, et surtout d'endroit ô combien convivial.
A l'heure où sont à peine dévoilés
les premiers noms de l'affiche 2014, beaucoup ont déjà leur billet
en poche. Qu'importe les groupes finalement....
Nos remerciement à Roger Wessier et Olivier Garnier de la promo Hellfest ainsi qu'à toutes l'équipe du festival.
Je vous conseille la visite des blogs
des photographes HARD FORCE pour faire un retour en images sur ce cru
2013 : ici !
Mais aussi de vous rendre sur la page
METALXS : ici !
Une semaine après le HELLFEST, je
poursuivais mon été musical en retournant voir MASS HYSTERIA près
de BREST. Mais ça, vous l'avez peut-être déjà lu : ici.
(à suivre)

