dimanche 18 décembre 2011

KLONE @ Rennes (Jardin Moderne) -10•12•2011 |live report]

C'est alors que les premiers frimas de l'hiver se font sentir, que KLONE s'aventure en terre bretonne pour mettre un point final à la tournée "Black Days", à Rennes, au "Jardin Moderne", dans une zone industrielle que l'on aurait cru trouver déserte en ce samedi soir, mais qui revêt une ambiance très "walking dead" à la vue des petits groupes de supporters hagards qui y déambulent dans une ambiance silencieuse, le Stade Rennais venant de concéder à quelques encablures de là quelques minutes plus tôt le match nul face au Stade Brestois.

Soirée de gala au "Jardin Moderne" donc, avec à l'affiche non seulement les désormais célèbres poitevins, mais aussi EXISTENCE et ORIGIN'HELL, venus distiller quelques accords de death metal et thrash metal.

D'EXISTENCE nous n'entendrons que les dernières notes, et nous nous garderons donc de tout commentaire sur ce qui avait l'air d'être cependant assez convaincant.

ORIGIN'HELL monte alors sur scène pour défendre ses trois albums avec force, et notamment le petit dernier "Thirst for Blasphemy", proposant un amalgame death thrash plutôt farouche. Sous la forme d'un quartet, les deux guitaristes et le bassiste se partagent le chant sur des accords qui fleurent bon l'atmosphère de la bay area. Si certains titres ont tendance à se ressembler, le groupe délivre une prestation en tous points nerveuse et énergique, le chant thrash étant particulièrement convaincant. Dommage que le public présent n'ose pas s'approcher de la scène, réservant son enthousiasme pour KLONE vraisemblablement. Le set radical et carré laisse cependant un goût de trop peu et c'est avec plaisir qu'on croisera à nouveau ORIGIN'HELL.

Le temps de se désaltérer et se décoincer les cervicales, et voici que KLONE entre en scène. La salle s''est alors bien remplie et le public est désormais massé devant la scène. Le moins que l'on puisse dire est que KLONE a franchi beaucoup de paliers avec "Black Days" et les tournées qu'ils ont enchaînées depuis (que ce soit seuls, ou en première partie européenne de KING'S X, ou encore leur passage remarqué au Hellfest).
Le groupe qui se produit aujourd'hui devant nous est tout simplement impressionnant, tant dans son énergie, son occupation de la scène, son interprétation, que sa "présence".

Les climats construits sont oppressants, sombres, et accaparent l'auditoire de manière quasi-hypnotique. Sur des bases créées par les deux guitares de Guillaume Bernard et Michael Moreau se complétant alors qu'elles explorent des paysages distincts, traversées par les soli de sax hallucinants de force de Matthieu Metzger, et alors que la basse de Jean Etienne Maillard et la batterie de Florent Marcadet imprègnent un rythme imparable, le chant puissant et habité de Yann Ligner finit de nous achever. Intenable sur son côté gauche, Guillaume se débat avec son instrument, alors qu'à l'opposé Jean Eienne a certainement dû blesser trois ou quatre spectateurs avec le manche de sa basse (ou pas ! ;-).

La plus grande force de KLONE est certainement d'être parvenu à se créer une identité sonore propre, au final relativement éloignée de celle de TOOL à qui certains tentent encore de les comparer, quand bien même le travail sur les guitares rythmiques nerveuses et acérées et les changements de rythmes incessants peuvent effectivement rapprocher les deux groupes.



Puisant son répertoire de la soirée tant dans "Black Days" que "All-seeing Eye", KLONE est une véritable machine de guerre organique, dont la prestation prend à la gorge dès les premières mesures, pour ne nous relâcher qu'à la fin du set qui s'achève avant un ultime rappel sur le diptyque "Eye Of Needle" parts 1 et 2 qui, enchaîné à "Give up the rest", procure plus de vingt minutes de frisson métallique rare.

Le public en redemande, mais il est déjà minuit. Le temps s'arrêterait-il quand KLONE joue ?
On peut se poser la question tant l'impression est grande qu'il n'ont joué que 10 (petites) minutes.

Plus encore que sur albums, KLONE est une expérience scénique envoutante et occupe véritablement une place de choix sur la scène metal française.

L'énergie des membres du groupe n'a d'égale que leur gentillesse, en témoignent les nombreuses minutes passées après le concert à discuter avec leurs fans et à signer tout ce qui se présente à eux.

Il faudra désormais attendre 2012 et le prochain album pour avoir l'opportunité de les revoir en live. On compte déjà les jours.

(Un GRAND merci à Bastien Gaboriau pour ses sublimes photographies. N'hésitez pas à visiter son site !)

Set-list :

Spiral Down
Promises
Rain Bird
Empire of Shame
Immaculate Desire
Closed Season
The Spell is Cast
Give Up the Rest
The Eye of Needle Part 1
The Eye of Needle Part 2
Rappel
All-seeing eye

bonus :
Une video live de KLONE, "Give up the rest" (21 octobre 2011, studio Sextan)

mardi 13 décembre 2011

MES ALBUMS 2011




Mi-décembre et déjà l'heure des bilans. L'heure pour moi de vous livrer la liste des albums qui m'ont accompagné cette année, mon propre référendum pompeux des « meilleurs albums de l'année ». 2011 aura été marquée par une très grande diversité, un retour en force du metal progressif, des prises de risques de nombreux groupes établis, et une qualité incroyable des productions françaises qui ont rivalisé et dépassé les productions étrangères. En voici mon top 15.

La diversité est telle que se limiter à quinze albums entraine quantité de choix cornéliens. Alors certains albums se retrouvent à la lisière de ce classement. Je pense à l'excellent « End Of The World » de PYG, au groovy premier album de STEP IN FLUID, au retour réussi de SEBASTIAN BACH avec « Kicking And Screaming », au réveil de DREAM THEATER avec « A Dramatic Turn Of Event », à la confirmation de la survie de TEXTURES via son « Dualism », ou encore aux convaincants « Unseen » de THE HAUNTED et « VII : Fodd Forlorare » de SHINING. Tous ces albums, et quelques autres, m'ont accompagné longuement cette année, et ne figurent pas dans mon top pour la stupide raison qu'un top 15 ne comporte que 15 albums, et que 2011 fut pour moi une année riche.

Cette liste n'engage que moi, mais doit bien évidemment s'imposer à vous, car il n'est jamais trop tard pour ouvrir les yeux (et les oreilles).

Voici donc les 15 finalistes, parmi lesquels plus d'un tiers de groupes français, ce qui me réjouit profondément. Je vous souhaite à leur écoute autant de bonheur qu'ils m'en ont procuré.

15 : A BACKWARD GLANCE ON A TRAVEL ROAD – « Lettres De La Barbarie Ordinaire »










14 : FAIR TO MIDLAND – « Arrows And Anchors »









13 : ÖxxÖ XööX - « Rëvëürt »










12 : SATAN JOKERS – « AddictionS »










11 : ELECTRIC MARY – « III »










10 : DRAWERS – « All Is One »










9 : LOOK TO WINWARD – « Fortunes Haze »










8 : TALANAS – « The Waspkeeper »











7 : STEVEN WILSON – « Grace For Drowning »









6 : DYSFUNCTIONAL – « John Stone Lives »










5 : JOLLY – « The Audio Guide To Happiness Part 1 »










4 : LOUDBLAST – « Frozen Moments Between Life And Death »











3 : BLACK COUNTRY COMMUNION – « 2 »









2 : METALLICA & LOU REED – « Lulu »












And the winner is.....

1 : PAIN OF SALVATION – « Road Salt Two »

jeudi 8 décembre 2011

Pour en finir avec "Lulu" !

Je me suis exprimé sur cet album ICI, et je pense avoir été assez explicite, et donc ceci n'est pas une nouvelle chronique mais un coup de gueule. Chaque semaine amène son lot de sorties, bonnes et mauvaises, surprenantes ou décevantes, et les émotions musicales s'enchaînent et s'estompent, alors que les cd disparaissent pour certains au fond d'un tiroir ou sur une étagère, tandis que d'autres reviennent immanquablement en haut de la pile ou tardent à quitter le chargeur du lecteur.

Il s'agit d'un ordre établi, immuable, invariable. Les déceptions, particulièrement, ont cette faculté de ne pas s'éterniser. Heureusement. Il s'agit de musique. Le plaisir d'écoute doit l'emporter.

METALLICA a donc encore une fois réussi un exploit, récidivant après un décrié « St Anger » encore dans toutes les mémoires plus de huit ans après sa sortie.



Alors que pour tout groupe lambda, voire lambada, un disque raté aurait entraîné un soupir de déception, « Lulu » génère de l'incompréhension. Il faut dès lors à tout prix trouver les raisons, les justifications, qui permettent de comprendre comment le groupe a pu imaginer sortir un album diamétralement opposé à ce que son public attendait. Comme si en faisant Lulu, METALLICA avait commis envers ses fans un crime de lèse-majesté. Ou tout simplement l'irréparable. Une faute. Une insulte.

Une rancœur totale s'est installée dans les cœurs des rockeurs. C'est clair, METALLICA ne s'en tirera pas comme ça. Et deux mois plus tard, nous y sommes toujours. Avec une stérilité absolue, des voix continuent à s'élever pour se plaindre ou railler un album (rien de plus) qui n'a pas plu au plus grand nombre (un de plus), comme si faute d'arguments recevables il fallait sans cesse marteler son avis pour qu'il devienne loi.

Car que reproche-t-on finalement à « Lulu » ? Qu'il soit trop long ? Mal chanté ? Fainéant dans ses riffs ? Bancal ?..... Honnêtement, des albums possédant tous ces défauts, il en sort tous les mois. Et par cartons.

Non, le problème est que METALLICA n'a pas de liberté d'expression car ses fans sont des tyrans qui ne lui pardonnent pas un écart.

METALLICA prend des risques ?......... Ils n'avaient rien à perdre !

METALLICA réalise un album qui sort des sentiers battus ?.......... Il est prétentieux !

METALLICA enregistre dans les conditions du live ?....... Ils ne sont pas en place !

METALLICA sort un coffret sous forme de tube ?........... C'est nul !

METALLICA jouera en intégralité en live le black album pour ses 20 ans en 2012 ?....... Ahaha ! Mais en 2012 le "black album" aura 21 ans mon bon Monsieur !!!

(...)

Aujourd'hui, et ça en deviendrait risible si ce n'était pas si triste, METALLICA ne bénéficie d'aucune tolérance de la part de ses « fans ».

Pourquoi un tel acharnement de la part de ses détracteurs, sinon pour le confort de se fondre dans la masse facile de la majorité et puiser une force dans l'accablement des « puissants » ? Dans une époque de crise, où tout est difficile pour tout le monde, la liberté manifestée par METALLICA par rapport au système est indécente pour nombreux. Insupportable.

« Lulu » est un gros doigt d'honneur au système, aux gardiens du temple, aux moutons, et tous ceux qui n'ont pas les cojones d'affirmer leur indépendance ou leur liberté de ton.

« Lulu » est le premier acte réellement punk depuis bien longtemps.

Comme cette situation doit être jouissive pour les four horsemen.

dimanche 4 décembre 2011

KLONOSPHERE, nouvelles sorties !

La KLONOSPHERE continue à promouvoir le metal français de qualité dans toutes ses composantes.

Pour rappel, la chronique du dernier EP de KLONE se lit ici


"The Eye of Needle" EP 2011 disponible depuis le 17/10



NOJIA sort un premier album prometteur (chronique)


"Solarchitect" 2011 disponible depuis le 21/11



WEAKSAW énervera vos fêtes de Noël (chronique imminente)


"WeaksaW" 2011 disponible le 12/12

dimanche 20 novembre 2011

ÖXXÖ XÖÖX, en français dans le texte.

ÖXXÖ XÖÖX nous a séduits avec son premier album « Rëveürt », dont vous avez lu la chronique ICI. Un petit tour par Dieppe s'avérait utile pour en savoir plus sur cet OMNI (objet metal non identifiable) de la jeune scène française. Sa tête pensante, Laurent V. Lunoir, nous dit tout !




- Laurent, peux-tu revenir sur les origines de ÖXXÖ XÖÖX, et ton parcours jusqu'à "Rëvëürt" ? Notamment, le concept et l'album étant tellement aboutis, quelles sont tes influences, je dirais "extra-musicales" ?

Tout a réellement commencé lorsque j'ai découvert l’Ouroboros, cette idée d'éternel recommencement, d'éternel retour, d'union des deux principes opposés de l'univers. L'idée que rien ne meurt jamais me fascinait énormément. J'aimais le fait que la mort puisse être quelque chose de très positif finalement, par opposition à ce que cherche à nous faire croire notre société matérialiste. L’Ouroboros signifie également le fait de s'enfermer dans son propre cycle. Il symbolise le perpétuel retour, le cercle indéfini des renaissances, la continuelle répétition, qui trahit la prédominance d'une fondamentale pulsion de mort. Ainsi il y avait deux symboliques opposées dans le même symbole qui me faisaient énormément penser à notre vie humaine, et à ce combat intérieur. Le concept d'ÖXXÖ XÖÖX était né, mais à l'époque c'était encore très abscons, j'avais appelé le projet OROBORO, palindrome symbolisant cette conception du cycle et de cet infini recommencement. Ensuite j'ai lâché un peu l'idée et je me suis lancé dans des expérimentations de costumes lumineux en résine et en latex, à la suite de mes études d'électronicien et pendant quatre ans en parallèle à mon travail de concepteur en électronique dans une petite entreprise, tout cela murissait petit à petit. Puis un jour je décidai d'intégrer une école de musique à Pigalle afin de tenter de vivre de ma passion. C'est dans cette école que j'ai rencontré la plupart des musiciens avec lesquels je travaille aujourd'hui. Après une démo en 2006 et deux versions des costumes de scènes le projet s'orientait vers quelque chose de plus Doom, rampant et expérimental. J'apportais les quelques pièces manquantes, je devais rassembler la symbolique de l’Ouroboros, un visuel, et une musique consistant à s'extirper des enfers marécageux de l'esprit, du conditionnement et des grises forces pensées prédatrices environnantes de notre époque. Mû par une rage positive, une peine et un amour très grand du vivant, la révolte du cœur (« Rëvëürt ») n'était pas très loin et seul, je commençai à enregistrer les premières pistes de ce premier album très personnel. Le projet est devenu ce qu'il est grâce aux rencontres et aux projets musicaux auxquels j'ai participé (WHOURKR, LITURGY OF DECAY, IGORRR, RÏCÏNN, GAÏDJINN) tous différents, qui ont enrichi et qui enrichissent encore ma vision de la musique et de l'art en général. Je ne remercierai jamais assez la vie de m'avoir fait rencontrer tous ces gens qui sont formidablement talentueux et que j'aime profondément.


En ce qui concerne les influences "extra-musicales", j'ai toujours été très attiré par la SF, les histoires fantastiques de mondes parallèles, de dimensions, de plans différents etc.... Enfant je passais beaucoup de temps à dessiner, à rêver, à penser, à regarder des mangas et à jouer aux jeux vidéos. J'ai toujours été un rêveur, je le sais et je l'assume entièrement maintenant. Je n'ai jamais cessé de me triturer l'esprit et c'est loin d'être terminé. Je suis très intéressé par tout ce qui touche au mysticisme. L'intuition m'envoûte complètement, c'est comme si tout était écrit au fond de notre conscience et qu'il fallait juste dépoussiérer un peu tout cela. Cela n'a pas vraiment été un choix car je dois dire que cette façon de concevoir l'art ainsi que ma propre existence s'est imposée d'elle même, j'en ai maintenant accepté les règles. C'est un chemin non balisé, mais je trouve que c'est ce qui a le plus de sens. J'ai fait le choix de sauter sans sécurité et j'y consacre tout mon temps que cela soit au niveau de la création artistique mais également dans la vie, car selon moi pour qu'un projet artistique soit vraiment novateur et original il faut y mettre tout son temps et toute son énergie.

- Quelles sont tes influences musicales ? Qu'écoutes-tu aujourd'hui ?

J'écoute toutes les musiques qui me touchent, c'est aussi simple que cela. Cela peut aller de la cold wave/ dark wave/ dark folk à tous les genres de Doom et de metal en passant par la musique électronique/ classique/ médiévale/ hindoue/ de la renaissance/ baroque/ liturgique/ de film etc...

- Sur quel instrument composes-tu?


De façon générale, je pense au préalable à ce que je veux faire mentalement, et je commence à poser quelques notes ou accords de piano, de clavecin ou d'orgue, et ensuite je programme les batteries et je fais une boucle. Les riffs de guitare et de basse viennent par la suite en improvisant et en se laissant aller, idem pour le chant. Il n'y a pas vraiment de règle finalement. Je devais composer cet album seul, j'en ressentais le besoin, mais pour le prochain je voudrais le composer à plusieurs. C'est ce que nous avons commencé à faire et nous mettons toutes nos méthodes de travail en commun. Donc normalement si tout se passe bien le deuxième album ne ressemblera pas au premier.

- Qui sont réellement ÖXXÖ XÖÖX ?

Je suis à la base du projet artistique ÖXXÖ XÖÖX. C'est mon projet personnel et ma vision de l'art.
Mais c'est aussi le nom que je me suis donné avec ma propre sensibilité par opposition à mon nom de famille, nom imposé à tous les citoyens afin d'être inscrit sur les registres d'état civil et de nous transformer en numéro. C'est une façon de reprendre le contrôle de sa véritable personnalité car personne n'a le droit de nous imposer quoi que ce soit. Nous sommes depuis quelques années maintenant, une sorte de petite famille d'artistes qui s'entraident énormément et nous participons de plus en plus aux projets des uns et des autres. Je pense notamment à IGORRR, dans lequel je chante de plus en plus et il s'implique de plus en plus dans ÖXXÖ XÖÖX. Même chose pour Laure Le Prunenec et son projet extrêmement beau et profond s’appelant RÏCÏNN dans lequel je suis très fier de jouer de la guitare. J'ai pour but de rassembler les gens que j'aime profondément afin de créer ensemble des choses qui nous ressemblent, une sorte de mouvement dans lequel nous sommes vrais, chercher ensemble notre vérité intérieure, en regardant parfois nos propres souffrances dans le respect du vivant et en tentant de s'élever, même si parfois cela parait irréalisable. Nous sommes donc trois à former le noyau dur d'ÖXXÖ XÖÖX. Mais les musiciens du groupe GAÏDJINN, dans lequel je chante, sont en train de se greffer au projet, la venue d'autres musiciens est également prévue.

- Le fait de figurer sur le volume 3 de « Combat Nasal » semble avoir été un accélérateur. Comment t'es tu retrouvé sur cette compilation ? Comment les choses se sont elles enchaînées avec Apathia Records ?

C'est Igorrr (Gautier Serre) qui m'a appelé un jour pour me dire qu'il était en contact avec Arnaud Strobl, j'avais été touché par cette nouvelle car j'aimais et j'aime toujours CARNIVAL IN COAL, dont j'avais adoré « French Cancan ». Ensuite Gautier m'a demandé si je voulais qu'ÖXXÖ XÖÖX figure dans cette compil car Arnaud lui avait proposé. Pour Apathia Records je les ai contactés à la suite d'un message d'Arnaud qui faisait de la pub pour eux. J'avais déjà pressé mon disque en auto production pour des raisons politiques mais je leur ai tout de même envoyé un message sans trop attendre en retour. J'avais et j'ai toujours beaucoup de mal avec le coté business de la musique, bref. Mais après quelques mails avec eux j'ai vraiment apprécié leur façon de faire et l'idée de travailler avec un label éthique et humain me plaisait beaucoup. Je ne regrette vraiment pas et je suis très content d'Apathia Records, c'est un label très prometteur selon moi, ils cherchent vraiment à aider les artistes et ils sont profondément gentils.

- Avez vous déjà défendu ÖXXÖ XÖÖX sur scène ? Peut-on s'attendre à des concerts prochainement, et sous quelle forme au niveau du groupe ?


En 2006 nous faisions des concerts avec Guillaume (Guitariste de GAÏDJINN) dans des petites salles parisiennes, nous avions des masques comme je l'explique dans la bio du groupe. Nous retrouverons très probablement ces personnages sur scène et dans le DVD que nous sommes en train de tourner. Nous sommes actuellement en train de travailler sur le live mais cela prend du temps. Pour l'instant nous sommes cinq pour le live peut-être sept sans compter les figurants et les danseurs mais je pense que l'on s'adaptera aux scènes donc pour l'instant je préfère ne pas trop m'étendre sur la question et avancer, les premiers concerts seront dans quelque mois.

- Comment comptez vous évoluer après un album si ambitieux ? Quelles peuvent être les prochaines étapes

Le but est de s'élever, donc je pense qu'il n'y a aucune limite lorsque l'on va dans ce sens là (sourires). La prochaine étape sera de faire le contraire du premier album qui était un disque tourné vers une lutte et une rage positive, piquant et tranchant, fruit d’une douloureuse introspection.
À l’opposé, pour le deuxième album, l’idée c’est de mélanger ses larmes, car je pense que c’est dans les larmes et dans le rire que nous sommes les plus vrais. Visuellement je vois de l’eau, des larmes, de la glace. Mais avant cela il y a le live et ce DVD qui illustrera visuellement les morceaux de « Rëvëürt ».

- Comment l'univers d'ÖXXÖ XÖÖX s'exprime-t-il ? J'ai entendu parler de costumes, de sculptures, de peintures, de projet vidéo....?

Pour moi la musique est liée à l'image. J'ai créé un visuel en accord avec ma musique, et pour cela il a fallu que j’apprenne et que j’expérimente toutes sortes de techniques (résine, latex, électronique, animation, soudure à l'arc, chalumeau) seul et en autodidacte. Comme je te le disais, les premiers concerts du premier line-up étaient interprétés par deux "extraterrestres" et nous étions tous les deux masqués. Le visuel à beaucoup évolué depuis ce temps là, tous les costumes des musiciens sont prêts, ainsi que les sculptures. En ce qui concerne les séquences animées elles seront synchronisées à la musique, je ne sais pas encore comment nous allons réussir à faire cela mais dans l'idéal pour chaque concert les séquences animées seront présentes, nous allons en tout cas tenter que cela soit le cas.

- Dans le packaging de "Rëvëürt", on constate une dominante de bleu et d'argent, de blanc, qui reflètent la froideur spectrale de la musique. Est-ce une expression de ce projet, cet album, ou de ÖXXÖ XÖÖX ?

C'est avant tout l'expression de cet album qui représente le début de la sortie des enfers et le désir de se dématérialiser afin de tenter de se libérer de nos chaines. Le bleu est très présent car les pierres lumineuses de nos costumes et sculptures actuels sont également bleues. Si tu regardes la couverture du digifile et que tu vas dans le sens de la lecture, tu vas du noir vers le blanc, des ténèbres vers la lumière. Cet album symbolise la remontée des enfers froids et glacés, les lumières bleues symbolisent l'espoir qui s'allume. Le bleu est la plus immatérielle et la plus froide des couleurs et résout en lui-même les contradictions, les alternances, et signifie pour moi l'élévation. L'argent est en rapport avec la lune, il est le principe passif, froid, aqueux, mais est aussi le symbole de pureté, une sorte "d'enfer purificateur", dans le sens où l'on doit apprendre à se dépasser afin de s'en détacher.

- Vous avez développé un langage propre riche de 200 mots, ne pensez-vous pas que c'est priver votre public de votre message ? Celui-ci fera-t-il l'effort de traduire ? d'essayer de comprendre ? Quelles sont les raisons qui ont motivé ce choix ?

En ce qui concerne le message et donc le fond, le public l'aura bientôt puisque je suis en train de mettre les paroles, en français et en anglais, en ligne en ce moment et il y aura une explication afin de se servir du dictionnaire que je mettrai en ligne également. C'est un langage qui se ressent avant tout, il y a beaucoup de mots que l'on peut reconnaitre intuitivement. Je pense que les gens qui aiment notre musique apprécieront d'aller chercher eux-mêmes le sens des mots et des phrases, en tout cas je l'espère. J'ai plusieurs fois essayé d'écrire et de chanter en français ou en anglais, mais c'est plus fort que moi, j'ai toujours plus ou moins senti ce langage intuitif au fond de moi, je peux difficilement l'expliquer. Au fil du temps, je me suis aperçu que les mêmes sonorités et mots revenaient, j'ai donc commencé par noter les mots, puis les phrases etc... Ce qui est étonnant c'est que je suis moi-même spectateur des mots utilisés et des phrases qu'ils génèrent, et parfois je comprends des choses sur le monde et sur moi-même, comme si je me connectais à quelque chose à l'extérieur et à l'intérieur de moi. Parfois cela me fait penser aux transes des chamanes d’Amazonie, c'est très visuel. Ce langage traduit des émotions spontanées qui engendrent des sonorités, la voix, en tant qu'instrument, prend une réelle importance et toute l'émotion sortira d'abord du choix des sonorités. Ce langage permet donc une vision complètement singulière de l'expression. J'utilise maintenant le dictionnaire mais la plupart du temps en aval de l'écriture.

- Tu dis que la musique est avant tout une thérapie, une cure. Est-ce pour toi ou pour ton public ? Tu peux nous en dire plus ?

C'est une thérapie et une cure pour nous, nous ne faisons pas tout cela dans le but de plaire au public, nous faisons cela dans le but de continuer à vivre, de nous sentir à notre place, de trouver un sens à notre vie. De la façon la plus sincère possible que cela soit dans notre art ou dans la vie de tous les jours, nous tentons d'être dans notre vérité. Cette sensation de faire un art singulier nous fait énormément de bien. Nous faisons cela dans le but de faire germer notre graine, ce qui est loin d'être facile dans un monde où l'argent, le pouvoir et la loi du plus fort dominent.

- Comment vous situez vous par rapport à la scène "metal" française ? Et comment la voyez vous aujourd'hui ?

Sincèrement je ne sais pas comment répondre à ta question. Nous faisons de la musique avec notre cœur et en vivant au jour le jour. Je ne sais vraiment pas ce que nous réserve l'avenir et encore moins comment nous nous situons par rapport à cette scène "metal" française. Je pense que tout reste à faire et qu'avec du travail et de la sincérité rien n'est inaccessible.