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vendredi 18 novembre 2011

sexagénaires, drogue et rock 'n' roll

La nouvelle tant attendue (ou pas) vient de tomber : BLACK SABBATH se reforme avec le line-up original qui nous donna huit albums studio de 70 à 78, et il sera à Clisson pour le dernier jour du Hellfest en 2012.

Avec, pour l'instant, la venue confirmée de BLUE ÖYSTER CULT, il se confirme ainsi que le Sonisphère est le festival des quadras, alors que le Hellfest assume pleinement d'être celui des sexas.

La formule est réductrice, et au final n'a pas de sens. Si l'on a aujourd’hui la possibilité de voir chaque année sur trois jours quelques-unes des légendes fondatrices du mouvement metal, pourquoi ferait-on la fine bouche ? D'autant que pour un prix modique (comparé aux tarifs annoncés pour le concert de Bercy deux jours plus tard, à partir de 70 € la place dans la fosse...), le principe du festival permet de faire sur plusieurs jours le grand écart entre les générations.

La vraie question est plutôt de savoir ce que l'on peut attendre de cette reformation ?

Une conférence de presse en grande pompe réunissant Ozzy, Iommi, Butler et Ward a permis de constater que tous semblaient en grande forme, quand bien même les mots du madman se bousculent toujours autant. Diction hésitante, bouillie dans la bouche, les années d'excès ont laissé des traces, même si on nous le présente aujourd’hui débarrassé de ses démons.

Depuis son départ (son éviction), Ozzy a connu une carrière à succès, dépassant régulièrement, et de loin, les scores de ses anciens acolytes, enfin, de Iommi surtout, seul gardien de la flamme SABBATH et accompagné d'une pléthore de musiciens et de nombreux chanteurs (Dio, Gillen, Gillan, Hughes, Martin,...). Comme le dit Ozzy lui-même (enfin, son biographe...) dans «I am Ozzy», il n'avait aucun intérêt à rejoindre SABBATH puisque, drivé de main de maîtresse par son épouse Sharon, sa carrière est florissante depuis trois décennies. Toutes les tentatives de réunion du line-up originel ont d'ailleurs avorté, si l'on excepte la tournée de 1997 (sans Ward) tuée dans l’œuf, malgré la parution d'un double album live (avec Ward). Et des apparitions au Ozzfest. Alors pourquoi aujourd'hui ? D'autant que récemment encore, Ozzy et Iommi s'étripaient juridiquement sur la propriété du nom du groupe, et que l'association Iommi, Dio, Butler, Appice se voyait contrainte de se produire sous le nom HEAVEN AND HELL ?

Pour satisfaire les fans ? Pour l'amour de la musique ? Pour... l'argent ?

Il était dit que si BLACK SABBATH devait un jour se produire à nouveau sur une scène, ce ne pourrait être qu'avec son line-up originel. Les fans du groupe l'attendaient depuis longtemps, l'ont espéré pendant des années. En 2012, le rêve se réalise. Mais il est peut-être trop tard pour emporter l'adhésion.

Si le groupe annonce un nouvel album pour l'année prochaine, on imagine mal qu'ils en jouent plus d'un titre live. Depuis 20 ans et malgré une bonne poignée d'albums, Ozzy joue toujours sur scène la même vingtaine de morceaux qu'il chante à l'aide d'un prompteur (et d'une piste playback assurent les plus mauvaises langues). Ainsi, le set de la tournée prochaine ne devrait guère différer du tracklisting de l'album «Reunion», et reprendre le tiers des titres du show donné par Ozzy à Clisson cette année.

Avec le dynamisme virevoltant du duo en black rivé de chaque côté de la scène, et un Ozzy accroché à son pied de micro exhortant la foule à s'affoler, la prestation des sexagénaires est écrite d'avance, à supposer par ailleurs que la santé de Ward lui permette de suivre ses compagnons de business.

Le seul motif de satisfaction restera d'entendre une nouvelle fois Iommi se frotter au répertoire qui l'a rendu célèbre. Pour l'une des dernières certainement. Et aussi de se dire : « J'y étais » ! 
C'est maigre, mais c'est déjà ça.