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mardi 3 janvier 2012

TONY IOMMI : HOMME ATOUT FER

Nos héros metal "historiques" atteignent la soixantaine. Les plus chanceux la traversent indemnes, tandis que d'autres nous quittent, et malheureusement les mauvaises nouvelles sont de plus en plus fréquentes ces derniers temps.

Les rescapés semblent atteints d'une frénésie d'écriture, publiant des autobiographies assez.... hétérogènes, la faute principalement aux substances peu recommandables dont ils ont abusé dans les années 70 et qui n'ont pas vraiment permis aux auteurs de conserver les souvenirs de cette décennie où tant de classiques sont pourtant nés.

Alors fort heureusement, Tony Iommi, guitariste fondateur de BLACK SABBATH de son état, ne prend pas la plume pour nous raconter ses beuveries ni ses trips magnifiés au travers du prisme du survivant qui fanfaronne, mais au contraire colle son récit sur la chronologie des productions discographiques et des tournées du Sab, et s'astreint à s'y tenir, évitant toutes digressions, dans un souci constant de cohérence et d'efficacité. TJ Lammers, rock-critic hollandais à la longue carrière, retranscrit ses propos sans chercher à les romancer, ni à les rendre "cool".

On obtient ainsi 90 chapitres très courts sur un peu plus de 350 pages, basés chacun sur un album, une tournée, un fait, une ou deux anecdotes. 

Tout y passe. De son enfance à ses quatre mariages, de ses premiers riffs à la formation de BLACK SABBATH, d'Ozzy à Tony Martin.... Ses séjours en prison, ses problèmes fiscaux, sa rencontre avec la famille royale... C'est bien souvent une confirmation de faits connus, mais avec le recul d'un homme passé dans le troisième âge, ayant toujours tenu à garder le contrôle de sa vie.

On retiendra de cet ouvrage passionnant, efficace, sans temps morts, que Tony Iommi est la véritable âme de BLACK SABBATH, et qu'il a porté le groupe à bout de bras depuis le départ, en ayant été le seul compositeur (ou presque), ainsi que le producteur depuis le "Volume 4".

S'il assume sans problème ce rôle de chef et le mauvais caractère qu'on lui prête, il les justifie en expliquant que tous les membres se sont toujours reposés sur lui, que toutes les décisions lui sont revenues de facto, et en faisant sien le célèbre adage "it's a dirty job but someone's got to do it" ! Les événements l'auront façonné ainsi.

Sans lui SABBATH n'aurait pas survécu au départ d'Ozzy, et encore moins à celui de Dio.

Les seules personnes qui ont véritablement tenté de s'investir dans SABBATH ou ses projets solo, avec lesquelles il aura pu partager les responsabilités, auront été Dio, Cozy Powell et Glenn Hughes. Ceux qu'il remercie longuement dans cet ouvrage.

Au fil des pages, on en apprend plus sur les personnalités de l'ombre, tel Geoff Nichols, multi-instrumentiste et fidèle parmi les fidèles, sur les difficiles dernières années avec Ozzy à la fin des seventies, sur son passage dans JETHRO TULL aux débuts du groupe, sur le mauvais "Forbidden", sur sa relation avec Lita Ford, sur les nombreux dégâts qu'aura causé l'appétit des différents agents sur le groupe, et la rivalité entre Don Arden et sa fille Sharon (future Mme Osbourne),... On lit aussi beaucoup de choses sur John Bonham, Brian May, Bev Bevan, Bill Ward et sa doublure de luxe Vinny Appice, etc, etc,...

C'est bien simple, cette bio qui transpire l'honnêteté (même s'il ne s'agit que de sa vérité) est passionnante de bout en bout. Iommi, fidèle à l'image qu'il dégage sur scène, ne cherche pas à y briller. S'il ne manifeste pas de doutes, son égo bien que réel ne phagocyte pas celui des autres. Il ne cherche pas à tirer la couverture à lui, même si dans les faits il est fort probable que les choses ont pu être différentes.

Alors peut-être, Iommi qui reconnaît toutefois une vie d'excès divers et variés, se donne-t-il le beau rôle. Il a été le seul maître à bord, seul capitaine du navire SABBATH, entouré d'un Ozzy perpétuellement ailleurs, d'un Billl Ward fantasque, et d'un Geezer Butler sous toxines, et ne regrette rien de ses choix, les assumant même fièrement. Malgré cela, cette bio ne tourne en aucune façon au règlement de comptes. On n'y trouve aucun coup bas (ou si peu), et même face au comportement d'Ozzy, le guitariste semble résigné, comme si le madman l'avait eu à l'usure. Dans les mots de Iommi, Ozzy devient même attachant.

Sans s'y attarder, Iommi reconnait sa dépendance à la coke, aujourd'hui vaincue. Mais jamais il ne tente de justifier par ses addictions les décisions difficiles qu'il a eu à prendre au cours de sa carrière.

Après la réunion du line-up original à la fin des années 90, BLACK SABBATH s'était réuni pour réaliser un nouvel album avec Rick Rubin à la production, et six morceaux avaient été achevés. Malheureusement, il aura fallu attendre 2012 pour que l'album voit le jour, sans que toutefois l'histoire ne précise si ces morceaux ont été conservés.

Des petites pépites ou moments d'histoire révélés par ce livre, et que l'on n'entendra probablement jamais, on retiendra la version de "Children of the Sea" avec Ozzy au chant, le solo d'Eddie Van Halen sur "Evil eye", les enregistements de TIN (pour Tsanarides - Iommi - Nicholls),...

On trouve aussi des moments touchants, comme le fait que l'association avec Dio n'a réellement fonctionné humainement que ces dernières années avec HEAVEN & HELL, et la joie de Dio en apprenant qu'Iommi retenait pour ouvrir le dernier album studio le titre "Atom and Evil", écrit et composé par lui seul....

Iommi se révèle au final comme quelqu'un de pudique, de chaleureux, et donc avare de mots. S'il se livre, sur ses peines, ses addictions, ses hésitations, ses erreurs, ce n'est jamais gratuit, mais toujours justifié par la révélation d'une anecdote. Iommi s'exprime avec le calme, l'assurance, et l'économie de ses riffs les plus lourds et les plus imparables.

Directe, sans ambages ni fioritures. Avec une efficacité redoutable. Tout simplement captivante. Cette bio, accompagnée de quelques photographies, est un must pour les fans, et tellement plus satisfaisante que le "I am Ozzy" qui ressemblait plus à l'inventaire annuel d'une officine de pharmacie.

Et dire que Tony Iommi a créé le heavy metal en jouant sur des cordes de banjo avec deux doigts amputés !

Plongez-vous dans cet ouvrage, il est incontournable !

Ne reste plus qu'à en attendre la version française.

Iron Man : My Journey Through Heaven and Hell with Black Sabbath
Autobiography (2011)
Simon & Schuster UK

vendredi 18 novembre 2011

sexagénaires, drogue et rock 'n' roll

La nouvelle tant attendue (ou pas) vient de tomber : BLACK SABBATH se reforme avec le line-up original qui nous donna huit albums studio de 70 à 78, et il sera à Clisson pour le dernier jour du Hellfest en 2012.

Avec, pour l'instant, la venue confirmée de BLUE ÖYSTER CULT, il se confirme ainsi que le Sonisphère est le festival des quadras, alors que le Hellfest assume pleinement d'être celui des sexas.

La formule est réductrice, et au final n'a pas de sens. Si l'on a aujourd’hui la possibilité de voir chaque année sur trois jours quelques-unes des légendes fondatrices du mouvement metal, pourquoi ferait-on la fine bouche ? D'autant que pour un prix modique (comparé aux tarifs annoncés pour le concert de Bercy deux jours plus tard, à partir de 70 € la place dans la fosse...), le principe du festival permet de faire sur plusieurs jours le grand écart entre les générations.

La vraie question est plutôt de savoir ce que l'on peut attendre de cette reformation ?

Une conférence de presse en grande pompe réunissant Ozzy, Iommi, Butler et Ward a permis de constater que tous semblaient en grande forme, quand bien même les mots du madman se bousculent toujours autant. Diction hésitante, bouillie dans la bouche, les années d'excès ont laissé des traces, même si on nous le présente aujourd’hui débarrassé de ses démons.

Depuis son départ (son éviction), Ozzy a connu une carrière à succès, dépassant régulièrement, et de loin, les scores de ses anciens acolytes, enfin, de Iommi surtout, seul gardien de la flamme SABBATH et accompagné d'une pléthore de musiciens et de nombreux chanteurs (Dio, Gillen, Gillan, Hughes, Martin,...). Comme le dit Ozzy lui-même (enfin, son biographe...) dans «I am Ozzy», il n'avait aucun intérêt à rejoindre SABBATH puisque, drivé de main de maîtresse par son épouse Sharon, sa carrière est florissante depuis trois décennies. Toutes les tentatives de réunion du line-up originel ont d'ailleurs avorté, si l'on excepte la tournée de 1997 (sans Ward) tuée dans l’œuf, malgré la parution d'un double album live (avec Ward). Et des apparitions au Ozzfest. Alors pourquoi aujourd'hui ? D'autant que récemment encore, Ozzy et Iommi s'étripaient juridiquement sur la propriété du nom du groupe, et que l'association Iommi, Dio, Butler, Appice se voyait contrainte de se produire sous le nom HEAVEN AND HELL ?

Pour satisfaire les fans ? Pour l'amour de la musique ? Pour... l'argent ?

Il était dit que si BLACK SABBATH devait un jour se produire à nouveau sur une scène, ce ne pourrait être qu'avec son line-up originel. Les fans du groupe l'attendaient depuis longtemps, l'ont espéré pendant des années. En 2012, le rêve se réalise. Mais il est peut-être trop tard pour emporter l'adhésion.

Si le groupe annonce un nouvel album pour l'année prochaine, on imagine mal qu'ils en jouent plus d'un titre live. Depuis 20 ans et malgré une bonne poignée d'albums, Ozzy joue toujours sur scène la même vingtaine de morceaux qu'il chante à l'aide d'un prompteur (et d'une piste playback assurent les plus mauvaises langues). Ainsi, le set de la tournée prochaine ne devrait guère différer du tracklisting de l'album «Reunion», et reprendre le tiers des titres du show donné par Ozzy à Clisson cette année.

Avec le dynamisme virevoltant du duo en black rivé de chaque côté de la scène, et un Ozzy accroché à son pied de micro exhortant la foule à s'affoler, la prestation des sexagénaires est écrite d'avance, à supposer par ailleurs que la santé de Ward lui permette de suivre ses compagnons de business.

Le seul motif de satisfaction restera d'entendre une nouvelle fois Iommi se frotter au répertoire qui l'a rendu célèbre. Pour l'une des dernières certainement. Et aussi de se dire : « J'y étais » ! 
C'est maigre, mais c'est déjà ça.