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dimanche 17 mars 2013

MARILLION : Pete Trewavas [interview]




MARILLION était à Paris les 18 et 19 janvier 2013 pour deux concerts mémorables de la tournée « Sounds That Can't Be Made ». Avant le premier de ces deux concerts, nous avons rencontré le bassiste du groupe, Pete Trewavas, qui a pris le temps de répondre longuement à nos questions, en toute humilité.

MARILLION joue deux soirs consécutifs à Paris, ce n'est pas courant...
C'est arrivé il y a une dizaine d'années, on avait donné trois shows à La Cigale. On y avait joué « Brave » et on l'avait filmé, mais sinon non, c'est une première. On attend ça avec impatience.

Cela signifie-t-il que le secret le mieux gardé dans le monde de la musique, comme on décrit parfois MARILLION, est enfin exposé au grand jour ?
Je l'espère... La réaction à notre nouvel album, en France, est vraiment très très bonne. On a été interviewé par Paris Match, et beaucoup d'autres journaux qui ne nous sollicitaient pas auparavant. Il semble qu'il y ait plus de buzz autour de MARILLION qu'il n'y en a eu par le passé. On passe une bonne année !

MARILLION dans PARIS MATCH

2012 a été une année bien chargée pour MARILLION.
On a été très occupé, oui. Depuis la sortie de l'album, on a tourné à peu près partout dans le monde. On a commencé en Amérique, puis nous sommes allés en Scandinavie, en Angleterre, un peu partout en Europe, puis l'Amérique du sud, et finalement nous voilà en France.

Revenons un peu sur la carrière de MARILLION. Le rock progressif, jusqu'à il y a peu, était considéré comme "plus intellectuel"...  mais beaucoup de groupes aujourd’hui revendiquent cette étiquette (PORCUPINE TREE, OPETH, Steven Wilson...)...
Oui, Steven Wilson est un peu à l'origine de tout ça, même s'il s'agit plus de "metal" progressif. Ce qui est bien, OPETH est un très bon groupe, qui a travaillé avec Steve Wilson. Il me semble que PORCUPINE TREE est parti en tournée avec DREAM THEATER il y a quelques années, et là encore certes c'est du progressif, mais dans son côté le plus dur, le plus metal. Mais je trouve bien que la musique dite "progressive" soit mise en avant.

Comment expliques-tu que de plus en plus de gens s'intéressent à cet aspect progressif ?
Je pense que les gens se lassent de toujours écouter la même chose... La musique progressive existe depuis longtemps, et elle revient aujourd'hui, avec une identité un peu différente, ça fait quelques années maintenant, mais elle revient sur le devant de la scène.

Le progressif revient donc par un côté plus metal. Mais MARILLION a récemment annulé sa participation au Sonisphere France. Pour quelles raisons ?
Sonisphere.... Oui, on a annulé... On a pensé qu'on n'y avait pas notre place en fait. On n'est pas assez heavy,  pour une affiche qui l'est réellement cette année. Compte tenu de la nature des autres groupes, nous n'aurions pas pu apparaître sous notre meilleur jour. On a pensé que ce ne serait pas bien pour le festival, et que ce ne serait pas bien pour le groupe. On vient de sortir un nouvel album, « Sounds That Can't Be Made », pour lequel on tourne, et bien qu'il contienne des passages très puissants, il est très orienté son et ambiances, et n'est pas particulièrement "heavy". On a pensé que ce n’était pas le bon endroit où se produire.

Vous n'avez pas été déçus d'annuler ?
Si bien sûr, car on adore jouer live. C'est notre force, la scène. Et c'est toujours bien de jouer des festivals car on touche un autre public. Donc oui c'est une déception quelque part. Mais il y a un autre festival que l'on étudie, et le Sonisphere ce sera pour une autre fois. On en parle toujours entre nous, tout n'est pas perdu !

Pour « Sounds That Can't Be Made », MARILLION a lancé à nouveau une campagne de souscription avant la réalisation de l'album. C'est une nécessité financière ou une demande des fans ?
Ce n'est pas une nécessité financière, même s'il est vrai que ça aide à mettre en ordre pas mal de choses quand on a un peu d'argent en banque, car on ne dépense pas cet argent, c'est une sorte d'assurance. mais ça aide à planifier la réalisation. Les fans aiment cet aspect, et se sentent investis dans le groupe. De nombreux groupes ont aujourd'hui la possibilité d'offrir plus à leurs fans, de créer des liens. Je pense que c'est bien, car quand j'étais jeune, les groupes que j'aimais étaient inaccessibles. Je n'aurais jamais pu ne serait-ce qu'imaginer aller parler aux BEATLES, ou aux KINKS, aux WHO, ni aucun des tous ces groupes que j'admirais et auxquels je voulais ressembler.

Cela n'ajoute-t-il pas une sorte de pression sur vos épaules ?
De la pression ? Non...

Des attentes alors ?
Ah oui, des attentes, il y en a certainement. Mais la pression on se la met assez nous mêmes, comme tous les artistes qui veulent donner le meilleur d'eux-mêmes. Ce qui est appréciable, c'est que nos fans nous font confiance. Car regardez, avec la musique commerciale, parfois ce que vous pensez vouloir entendre n'est pas nécessairement ce que vous voulez entendre. Ce n'est pas forcément excitant le fait d'entendre ce que vous avez déjà entendu. On aime innover, être créatif, et c'est bien d'avoir cette liberté qui nous l'autorise.

Il semble y avoir deux parties distinctes dans « Sounds That Can't Be Made »  Une première plus osée, et une seconde où vous explorez des territoires déjà visités...
Oui, ce n'est pas faux... des territoires connus, c'est possible. Et en même temps on se réinvente. « Gaza », c'est évident, est un sujet « osé ». Le moteur de ce titre fut la musique. On avait toutes ces parties qui semblaient venir du moyen orient, ces sortes de structures musicales qui nous intéressent, ces choses qui sont un peu hors des normes de la musique rock. C'est bien d'être créatif en ce sens, et au niveau des paroles, le sujet en est la situation désespérée de tous ces gens à Gaza, d'un point de vue humanitaire. On a voulu faire réfléchir les gens.

C'est assez nouveau pour le groupe de le faire si ouvertement.
Oui, je sais, mais c'est inévitable avec ce sujet. On aurait pu ne pas en parler, mais une fois que la décision est prise, il faut le faire fièrement. Vous savez, nous ne sommes pas les seuls dans le milieu musical à penser ainsi sur ce sujet. Roger Waters est assez connu pour agiter les drapeaux de ces causes qui nous tiennent à cœur... Ca nous a aidés, je pense, de savoir qu'il y avait d'autres artistes qui partageaient nos idées et qui étaient prêts à nous soutenir. C'est une des choses que j'ai toujours appréciées chez Roger Waters, et PINK FLOYD, de savoir qu'il n'avait pas sa langue dans sa poche. Je trouve que la musique est un monde trop frileux parfois.

C'est une sorte d'héritage progressif alors ?
(rires) Je ne sais pas ! Peut-être !

Comment décrirais-tu la musique progressive ? Une musique en constante mutation ?
Oui, c'est une musique qui doit toujours avancer.

TRANSATLANTIC



Car il y a aujourd'hui un certain nombre de groupes qui se disent progressifs mais qui ne font qu'appliquer des recettes éculées...
Moi-même je joue dans TRANSATLANTIC ! Avec Mike Portnoy, dont on parlait tout à l'heure... (rires) ...Mais bon, ceci dit, je suis plus intéressé par « Ok Computer » de RADIOHEAD par exemple. Je pense que cet album a défini une mode dans la musique, car il était à la fois très créatif et très progressif. C'est ça la musique progressive pour moi. Beaucoup de groupes veulent sonner comme YES ou GENESIS de 1973, aussi génial que c'était, et tous les fans de prog aiment ces albums, je suis sûr, j'adore « Lamb Goes Down...», « Close To The Edge »,... mais il faut avancer. En tant que musicien ou groupe, il faut vous trouver musicalement, et "progresser".

Alors parmi tous ces groupes dits "prog", MARILLION ne sonne-t-il pas aujourd'hui "avant-garde" ?
On essaye ! Ici et là on tente toujours de casser le moule. On l'avait fait sur « Anoraknophobia » par exemple. On a essayé de tout changer, le son,.... tout chambouler et avancer. Ça peut être un choc pour les fans, mais au final cela vous laisse la liberté d'être plus créatif, d'avancer.

Mais est-ce facile de conquérir de nouveaux fans quand on se réinvente en permanence ?
On ne le fait pas pour essayer d'avoir de nouveaux fans, on le fait pour renouveler notre intérêt dans la musique, vraiment. On ne veut pas stagner, on ne veut pas que le groupe stagne. Heureusement il y a toujours de nouvelles choses qui surgissent pour vous inspirer.

Après toutes ces années, vous arrivez toujours à vous surprendre vous-mêmes ? Et les uns les autres ?
Oui tout à fait. L'une de nos grandes forces lors de l'écriture, quand on est ensemble en studio, que l'on improvise, c'est qu'on s'inspire mutuellement par nos improvisations. On peut voir les lumières s'allumer dans les yeux de chacun. Après 30 et quelques années dans le même groupe, c'est très spécial de continuer à le vivre. Cela me fait dire qu'on le fait pour les bonnes raisons, qu'on ne le fait pas comme on irait pointer.

Parlons un peu des weekends MARILLION ! Le fait que vous jouiez deux soirs à Paris, ainsi que dans quelques autres villes, ne pourrait-on pas envisager une sorte d'événement itinérant ?
Ah... je ne sais pas... C'est vraiment une idée intéressante. Je ne sais pas si on pourrait.... Les weekends sont très particuliers. Tout a commencé quand on a réservé un camp entier, du style centerparcs, en Angleterre pour trois soirs. Ainsi tous les fans pouvaient s'immerger dans le monde de MARILLION, rencontrer et parler avec d'autres fans... Nous avons beaucoup de fans autour du monde, mais beaucoup d'entre eux sont isolés. Ces weekend ont évolué puisqu'aujourd'hui on en fait un aux pays-bas, dans un center parcs beaucoup plus grand, où l'on monte une tente, que l'on réserve en totalité, et où les gens viennent dorénavant en famille, car on s'est rendu compte que nos fans ont vieilli, qu'ils ont fondé des famille, et qu'un weekend au loin où l'on s'occupe des enfants est fantastique ! Après toute l'énergie dépensée à organiser cet événement, au fil des ans, on s'est dit qu'il était fou de passer 2 ou 3 mois à planifier, répéter, pour un événement unique. Donc on est aussi allé au Canada, à Montréal, et ça a été un tel succès que l'on en a rajouté un en Angleterre aussi ! Je ne sais pas, on pourrait en imaginer un en Amérique du sud, et pourquoi pas ailleurs en Europe? Mais en faire un événement itinérant, je ne sais pas.... Je pense que tout peut dépendre du succès qu'il rencontrerait.



Vous avez récemment publié un coffret vinyles. Que penses-tu de la résurgence de ce format ?
Les vinyles sont devenus des objets de collection aujourd’hui. Ils ont même arrêté d'en produire pendant quelques années je crois, et les K7 aussi. Je pense qu'il y a encore un ou deux pays dans le monde où on vend des K7, je pense qu'ils continuaient à produire des cassettes en inde jusqu'à il y a peu... Mais pour revenir aux vinyles, parce que certains magazines se sont spécialisés dans les vieilles sorties sous ce format (en Angleterre, nous avons un magazine qui s'appelle "Record Collector"), et certains ont encore des vieilles platines et aiment ce format.... alors on fait des sorties événementielles, des éditions limitées généralement, 500, 2000 exemplaires, et ça marche bien. La musique a beaucoup évolué. De mon temps, j'écoutais « un disque ». C'était un acte physique, sortir le disque, le poser sur la platine, lire les infos sur la pochette,... Je connaissais les titres de toutes chansons, les paroles, le nom des producteurs,... Aujourd'hui, je suis incapable de vous dire les titres figurant sur un album ! Je télécharge depuis iTunes, c'est sur mon mobile, j'écoute des playlists, je ne sais même pas ce que j'écoute la plupart du temps ! J'essaye de trouver de la bonne musique, des groupes que je connais, j'essaye de me tenir au courant ! J'ai deux enfants, 22 et 18 ans. Je me tiens informé avec eux. J'écoute toutes sortes de choses, mais sur iTunes. Mais la musique est tellement plus présente dans la vie de tout un chacun aujourd'hui. Je suis vieux maintenant, mais quand j'étais jeune, il fallait allumer un appareil pour écouter de la musique. Aujourd'hui, la musique est partout ! Dans les magasins, partout ! Au bout des doigts ! Ça ne me dérange pas, plus on y est exposé, mieux c'est, car je pense qu'à la fin de la journée, on est une sorte de filtre. On élimine ce qu'on n'aime pas, et on se concentre sur ce qui nous plaît. Si des gens écrivent de la bonne musique, ceux qui écoutent de la bonne musique les trouveront. On écoute de la musique en fond sonore, sur les ordis,... on n'est pas forcément assis, concentré, comme je le faisais quand j'étais jeune.

Je reviens sur le côté "pas assez heavy" de MARILLION qui vous a dissuadé d'aller au Sonisphere, mais le premier magazine à offrir sa couverture à MARILLION fut Kerrang !
Je sais ! Je sais ! On a toujours plu aux magazines, et à un grand nombre de leurs lecteurs.... Ça m'a toujours surpris, parce qu'on ne s'est jamais vraiment vus dans ce monde. Il y a vraisemblablement dans ce qu'on fait quelque chose qui plaît ! On a peut-être pris la mauvaise décision pour le Sonisphere, qui sait ?

Quel est ton groupe de metal favori ? Si tu en as un !
(silence)... J'aime bien ce que fait PAIN OF SALVATION. Je connais très bien Daniel (Gildenlow) et j'aime ce qu'il fait, même si ce n'est pas toujours ce à quoi je m'attend. Quand il m'a fait écouter PAIN OF SALVATION la première fois, je pensais savoir à quoi m'attendre vu le nom de son groupe, et j'ai été surpris. SYSTEM OF A DOWN j'aime bien aussi, car je les trouve intéressants, j'aime leur façon d'aborder le business.

J'ai une dernière question stupide.
J'aime les questions stupides !

Si l'on éparpillait sur la table devant toi les albums studios de MARILLION, lequel choisirais-tu (à l'exception du dernier), pour donner à quelqu'un qui ne connaît pas votre musique ? Pas celui qui serait le meilleur, mais qui illustrerait le mieux l'essence même du groupe ?
Je choisirais probablement « Marbles ». Je pense qu'il contient l'essence.... bon c'est un double, ça aide !, mais il contient l'essence de ce que l'on fait tout le long de ses deux disques. Un double album vous alloue plus de temps pour être créatif, pour jouer et travailler sur des titres qu'en temps normal vous n'auriez pas poussés. Un titre comme « Drilling Holes » par exemple, qui par certains côtés n'a aucun sens, n'aurait pas trouvé sa place sur un album normal. Mais plus de temps te permet de développer des aspects différents de ta musique.

C'est un bon choix.
merci.

Merci Pete.
Ce fut un plaisir.


Remerciements à Olivier Garnier.(Replica)