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lundi 1 avril 2013

Pat O'May [interview]




On le croyait à jamais perdu pour le metal, voguant depuis des années au gré des productions ethnico-celtiques de sa carrière solo mais aussi de ses collaborations, avec Alan Simon notamment (l'opéra-rock EXCALIBUR), ou encore pour l'émission de France 3 « Thalassa ». Mais le normand breton d'adoption, qui avait fait ses débuts dans le riff acéré avec « MARIENTHAL » au milieu des années 80, en avait encore sous les pédales. « Celtic Wings », son septième album sorti fin 2012, est une belle réussite hard-rock gorgée de guitares (chronique ici). Alors que Pat O'May s’apprête à prendre la route pour le faire vivre, il nous a accordé un long moment pour évoquer son petit dernier, et plus encore.


Pat, tu reviens à tes premières amours, le hard rock, et jusqu'à présent toutes les critiques de « Celtic Wings » sont bonnes. Ca fait quoi ?
Super plaisir ! A titre personnel bien sur, mais aussi pour toute l'énergie que tous les gens qui ont bossé sur cet album ont mise. Toute cette énergie, cette générosité,... je pense notamment à Jannick Reichert. J'ai fait la prod, il a enregistré l'album, on a mixé ensemble, on a passé deux mois et demi tous les jours à bosser comme des fous...mais ça me fait très plaisir de voir qu'il y a vraiment des bonnes réactions, et puis pour les musiciens qui me font confiance depuis 2006, je trouve que c'est agréable de voir comment l'album est accueilli.

C'est une surprise pour toi ?
C'est toujours un peu une surprise. Ca fait longtemps que je n'étais pas retourné dans la famille du metal on va dire, mais maintenant tu peux faire un album comme ça sans qu'on te traite de débile mental, c'est génial ! (rires) Tu peux faire le truc sans trop te poser de questions, sans te dire qu'on va te supprimer une grosse partie de la presse parce que « hard rock » ça ne passe pas. C'est vrai qu'on a des chroniques un peu dans toutes les sphères, tu vois, sauf aux Inrocks, mais ça c'est normal ! (rires) Déjà on rigole sur scène, c'est pas possible tu vois, c'est sacrilège ! (rires)

Tu as toujours eu cette idée que si tu faisais ouvertement du metal ce sera mal perçu ?
En réalité je m'en fous. Je pense que je m'en suis écarté un moment... J'ai toujours eu ce son « hard » sur ma guitare, j'ai toujours fait des chorus dans le style de musique qu'on aime tous les deux, je n'ai jamais dérogé de ça tu vois, par contre j'avais ouvert un peu plus loin que le hard tout seul, et je suis content de voir que ce travail m'amène aujourd'hui à revenir sur un son global beaucoup plus hard, tout en gardant l'aspect ethnique, et là pour le coup, avec la musique traditionnelle bretonne et irlandaise.

Donc en fait tu retrouves tes deux passions ?
Oui, et puis c'est vraiment le truc que j'avais envie de faire, parce que sur tous mes albums, à chaque fois je mélangeais grosso modo le metal et les musiques ethniques depuis maintenant, quand même, cinq/six albums, mais là j'avais vraiment envie de recentrer sur mes deux origines. Mes origines irlandaises, donc celtiques, qui là pour le coup sont filiales et familiales, et puis le côté hard-rock, en gros, en allant vraiment chercher un son dans la famille qui m'a donné envie de faire ce métier là.

Tu avais dernièrement un rythme de cinq ans entre chaque album studio (je retire le live, « In live we trust » sorti en 2010). On t'avait perdu de vue du « microcosme metal »...
Ah oui clairement, le « microcosme metal » je l'avais perdu de vue !

Tout ce que tu as fait pendant ces années, que ce soit avec Alan Simon pour « Excalibur », ou pour Thalassa, il en reste quoi aujourd'hui ? Tu as encore une activité à ce niveau là ?
Ah oui oui, « Thalassa » je continue à en faire. Tous les ans j'en fais une dizaine, c'est une activité que j'ai gardée, mais en fait j'ai fait sept albums en 20 ans, donc quasiment un album tous les trois ans...

C'est depuis les années 2000 que tu as un peu ralenti le rythme...
Oui, mais je m'aperçois d'un truc, c'est qu'en fait j'ai mal communiqué sur cet album live, très sincèrement, parce qu'en fait c'est un live de nouveaux morceaux. Au lieu d'enregistrer cet album en studio, j'ai voulu l'enregistrer en public. Mais pour moi ce n'est pas vraiment un live. Par contre c'est vrai que, comme j'en ai profité pour y joindre le DVD, on a remis des anciens morceaux dans le répertoire...

Sans le DVD, il n'y aurait pas eu d'anciens morceaux sur cet album live ?
Exactement !

D'où t'est venu ce choix de sortir un live inédit ? Pour l'expérience, ou parce que tu te sens mieux sur scène qu'en studio ?
C'était pour l'expérience. J'adore le studio. Je suis un fan de studio, je suis un fan de tout en fait ! J'aime autant le studio que la scène. Mais je trouvais ça intéressant de voir la musique se construire devant les gens et de voir comment ils allaient recevoir des morceaux qu'ils n'avaient jamais entendus. Il n'y aura jamais de version studio de ces titres. Je voulais vraiment les fixer dans l'instant.

« Celtic wings » est un album qui a été réalisé très rapidement, en quelques semaines, mais pour autant a-t-il été mûrement réfléchi ?
Longuement cogité ! Ca fait deux ans que j'avais envie de faire ça. Souvent, quand je sors un album, je commence à avoir déjà l'idée de ce que je vais faire après. Ou en tout cas de me mettre dans la position d'ouverture d'esprit de me trouver quelle idée exploiter sur le prochain projet.

Et dès le début tu avais cette idée de mélanger compos originales et reprises ?
Oui. J'avais envie de rendre hommage à Alan Stivell, et en fait, pour être très sincère, le mot hommage me dérange un tout petit poil parce que c'est un peu pompeux, dans mon esprit c'était plus une envie de dire merci. Merci à Stivell d'être un des pères de la world musique, d'avoir ouvert le monde de la musique traditionnelle au rock, puis après, de l'avoir ouvert sur d'autres styles de musiques aussi,... et pareil aussi pour « Over the hills... » de Gary Moore. Quand j'ai entendu ce titre là, c'est la première fois que j'entendais un mélange de musique celtique et de metal. THIN LIZZY l'avait fait aussi, mais vraiment ce titre de Gary Moore, c'était incroyable ! Quand l'album est sorti... : Wow ! Et pareil pour DEEP PURPLE tu vois, si je fais de la guitare aujourd'hui, c'est grâce à Ritchie Blackmore.

C'est lui l'élément déclencheur, celui qui t'a poussé vers la guitare ?
Oui, c'était vraiment mon élément déclencheur, c'est lui qui m'a fait dire « j'ai envie de faire ça ! ». Et depuis je rame comme un malade pour faire la moitié du quart du vingtième de ce qu'il a fait ! (rires)

Le choix de reprendre « Soldier of fortune », c'était par rapport à la couleur de l'album ?
Oui, et puis j'avais envie de prendre un contrepied en fait. Ca aurait été trop facile, trop évident, de reprendre un morceau plus typique de DEEP PURPLE. Ils ont fait très peu de ballades. Et ce morceau, je trouve qu'il a une mélodie imparable.

Tu as toujours eu l'intention de mettre autant de reprises sur cet album ?
Oh non, je crois que ça s'est imposé un peu comme ça. Il y avait le medley de Stivell que je voulais faire absolument, et puis « Over the hills... ». « Whiskey in a jar » est venu sur le tard, pour être sincère. « Soldier of Fortune », c'était évident dès le départ. Et puis je trouvais qu'il pouvait s'intégrer pas mal, en lui donnant un côté un peu plus celtique.



Le fait que Gary Moore nous ait quitté il y a deux ans, ça a été aussi déclencheur quelque part pour cet album ?
Non, pas pour cet album là.

Donc le fait que tu aies participé à quelques tributes live après son décès....
Ca oui, quand Gary Moore est décédé, j'ai voulu qu'il se passe vraiment quelque chose pour lui dire merci. De nouveau. C'était évident, et par expérience je me rappelle par exemple que quand Dio est mort, on en avait parlé, avec plusieurs copains, d'essayer de faire quelque chose au salon de la musique qui se tenait à ce moment là, de faire un tribute ou quelque chose, c'était l'occase de lui rendre hommage quelques mois après son décès, et puis ça n'a pas été fait, parce que le temps passe, on parle de choses et on ne les fait pas. Et au décès de Gary Moore, je me suis dit que si l'on ne suscitais pas quelque chose tout de suite, ça ne se ferait pas. C'est pour ça que très rapidement j'ai trouvé des partenaires, au niveau de la salle, la Citrouille à SAINT BRIEUC d'ailleurs, de nouveau, qui ont accepté le truc, et après j'ai appelé un max de potes, et ceux qui étaient libres sont venus. Il y en a plein d'autres qui auraient souhaité venir... mais ça a été un grand moment.

Concernant ton album, tu m'as dit les reprises qui te tenaient le plus à cœur. Et au niveau de tes compos, certaines ont une saveur particulière pour toi, du fait de participations, ou par ce qu'elles évoquent ?
Tu sais, c'est toujours une question difficile, parce que c'est tous un peu mes bébés. J'aime bien « Homeland » parce que j'ai travaillé avec Moya (Brennan) là-dessus, et elle me fait un cadeau énorme ! C'est la voix de CLANNAD quoi ! (rires) Avec Martin (Barre, JETHRO TULL) pareil, avec Jonathan (Noyce, ARCHIVE) même chose, … après il y a les instrumentaux tu vois,... Pour moi, un morceau comme « Blowing in Ireland », c'est un vrai truc, un truc familial, de racines, pour moi c'est un morceau vachement sensible. Et puis il y a le morceau « Black mountains » qui pour moi est une espèce de voyage... mais c'est ce que j'aime faire, que ce soit dans les instrumentaux, mais aussi dans les morceaux chantés, c'est faire voyager.

Donc sur cet album, tu as mis beaucoup de toi, ou même « que » de toi. Que ce soit de par le lien avec tes origines, ou le fait d'y faire intervenir tes amis ?
Bien sûr. Je pense que là, effectivement, c'est vrai... c'est marrant, à chaque fois qu'on en parle comme ça, tu vois, je découvre des choses, sur la façon dont je l'ai écrit (rires). Et là c'est vrai que tu mets le point sur un truc auquel je n'avais jamais pensé. Oui, j'ai mis vachement de moi, peut-être plus que jamais...

C'est peut-être «ça» que l'on ressent à l'écoute.
C'est vrai ? Ca te fait ça aussi ?

Oui, on ressent une saveur particulière, sans pour autant savoir à quoi c'est dû.
Oui, bien sûr ! Et puis là je fais appel à des amis. Il n'y a pas de « coups » si tu veux. Si je fais appel à Martin (Barre), ce n'est pas pour avoir un nom. C'est parce qu'on avait vraiment envie de faire quelque chose ensemble, hormis de jouer dans son groupe, etc... Et le morceau qu'on a fait là, … tu vois, sur ses concerts on joue « Overlord » qui est un morceau à moi. Ce morceau là il va intégrer les concerts du Martin Barre's band, tu vois,... Et puis Jonathan Noyce c'est pareil. Jonathan Noyce, je l'ai rencontré grâce à Martin, c'était le dernier bassiste de Gary Moore, et je me rappelle, on était en concert avec Martin Barre's band à MUNICH, et on s'est retrouvé un soir après le concert, style à 3h du mat, bon enfin tu imagines, je te laisse deviner, et puis Jonathan m'a fait écouter les morceaux qu'ils avaient enregistrés pour le nouvel album de Gary Moore. Et tu vois ça c'est un moment inoubliable pour moi. Et un grand merci à Jonathan parce que tu vois, c'était hors de question qu'il ne soit pas dessus.

Donc c'est un peu la suite logique, sinon la conclusion, de toutes les collaborations que tu as pu avoir avec Excalibur, ou en tournant avec leurs groupes...
Absolument, et c'est un truc que j'ai envie de partager, moi j'ai envie de m'amuser avec mes potes. Je ne mets pas plus de valeur à travailler avec Martin, ou avec Hilaire (Rama, bassiste de Pat O'May), ou Louis (Soler, Guitariste de Pat O'May), ou Fred (Moreau, batteur de Pat O'May), ou James (Wood)... ce sont tous des amis. Il n'y a pas d'échelle de valeur. C'est important pour moi. Que ce soit Fred à la batterie, ce n'est pas du hasard. C'est parce que j'aime ce qu'il est, la façon dont il joue...

Justement, depuis quand est constitué ton groupe actuel ?
Fred, ça fait depuis 2000, donc 13 ans cette année, et les autres... en fait, ça fait 7 ans. Comme on travaille depuis longtemps ensemble, je sais exactement ce qu'ils savent faire, ce qu'ils peuvent m'apporter,... quand j'écris les morceaux, bon, je suis une espèce d'ayatollah hein, j'écris tout, les arrangements, je fais la prod, je sais vraiment ce que je veux entendre et comment l'obtenir, à force de faire du studio tu arrives à acquérir une certaine expérience qui te permet ça, mais.. tout modestement hein, il n'y a aucune prétention derrière ça, c'est juste que quand tu fais ta première séance de studio, tu découvres, mais après 150.000 tu connais plus de choses. Donc tu sais comment obtenir les trucs, et puis du coup tu vois, quand j'écris des arrangements, je les écris aussi en fonction des gens avec qui je travaille. Tu vois, les parties de batterie, si je travaille avec un autre batteur, seraient différentes. L'approche serait différente. Pareil pour la basse, pareil pour....pour tout en fait ! Le groupe est vraiment soudé. On a quand même fait beaucoup de kilomètres ensemble sur la route, et c'est vraiment sur la route que tu vois comment se comporte un groupe. Sur scène, ça se passera toujours bien, c'est sûr, parce que.. regarde combien de groupes on connaît qui ne peuvent pas se blairer et qui sur scène sont magiques quand même ? Pour moi le plus important c'est de s'entendre musicalement, bien sûr, et puis humainement.

Et comment ont-ils accueilli ce « durcissement » de ta musique ?
Ah, ben ils adorent ! Le plus drôle, c'est Hilaire. C'est un bassiste de rock, à la base, et c'est un mec qui est à la retraite Hilaire. Il a plus de 60 ans. Et il finit en fin de carrière à faire du metal ! (rires) C'est carrément drôle ! Et il adore ça !

Il lui faut un entrainement physique particulier ?
Non ! (rires) Si, la pêche ! Il va pêcher tout le temps ! (rires)

Tu avais un manque de metal? Normalement en vieillissant on est censé se calmer.
Ouais, ouais, ouais,... mais moi c'est le contraire !

Pour revenir aux guitaristes metal, tu disais que Blackmore était celui qui t'avait ouvert les yeux, ou les oreilles, mais tout le long de ta carrière, tu as eu l'occasion d'en côtoyer beaucoup, il y en a d'autres qui t'ont impressionné, ou interpellé ?
Il y a forcément Gary Moore, forcément Jeff Beck, qui est un des plus grands pour moi, sinon le plus grand,... des mecs comme Satriani sont importants aussi, et pour moi le plus inventif à mon sens, autant au sens guitaristique que compositeur, c'est Steve Vai. Pour moi il met tout le monde d'accord, mais je sais que beaucoup ne l'aiment pas, ou trouvent qu'il fait du blabla, mais pour moi c'est le contraire, il ne fait pas de blabla.

Et une sacrée présence sur scène aussi.
Ah oui, je me rappelle d'un concert avec le G3 en Corse, j'avais eu l'occasion de le croiser, sans lui parler.. qu'est-ce-que j'aurais pu lui dire ? « J'aime beaucoup ce que vous faites ! » ? (rires), mais je me souviens qu'il jouait une magnifique ballade, et je commençais à sentir les larmes couler sur mes joues, comme une vraie midinette, et en regardant autour de moi je me suis rendu compte que tout le monde était dans le même état. Alors je me suis dit, c'est bon, je peux y aller ! (rires) J'ai vu peu de gens atteindre ça. Pour moi, il mets du poids dans toutes ses notes. Après, c'est une histoire de sensibilité. Mais on est bien d'accord, il ne joue pas une musique simple. Mais il ne tombe pas dans le travers de jouer de la musique pour les musiciens. Il a un public de mélomanes. De connaisseurs de la musique. Et pas que des guitaristes. Il y a de magnifiques mélodies. Pour moi, la différence avec Satriani, que j'ai vu plein de fois sur scène, et qui est un tueur, c'est magnifique, c'est beau, c'est superbe,.. mais je trouve que Satriani écrit des chansons, et Vai compose de la musique. Je n'en mets pas plus un au dessus de l'autre. Satriani te pond une mélodie, tu la retiens tout de suite. Mais ce qui m'impressionne, ce sont les gens qui créent des choses qu'on n'a jamais entendu avant, comme Zappa par exemple. Moi je ne suis pas de cet acabit là, je le sais ! (rires) Et ce n'est pas grave. Et dans tous ces gens que je viens de citer, on commence à plus parler de musiciens que d'instrumentistes. Tu vois, la guitare ce n'est qu'un véhicule. En elle-même, la guitare n'a rien à dire. C'est toi, dans ta vie quotidienne, qui te nourris des choses qui t'entourent, qui fait que tu vas avoir des choses à raconter avec ta guitare. Mais la guitare en elle-même elle n'a rien à dire. C'est un stylo. Pas plus.

Il y en a qui écrivent bien, et d'autres qui font des pattes de mouches !
Voilà ! Il y en a qui font des plats et des déliés aussi (rires) !

Et d'autres des enluminures !
Absolument. C'est juste un véhicule.

Revenons à ton album, est-ce que ce n'est pas un peu casse-gueule en 2013 de sortir un album « celtique », après Nolwenn Leroy et tout ce que l'on a pu manger dans les grands médias dans ce domaine ?
Non pas vraiment. D'une part je m'en fous parce que j'avais envie de faire cet album. Dans quoi que ce soit que j'ai fait, je n'ai jamais été à la mode. C'est peut-être le premier album qui est un peu plus facile à ranger dans une case.

Pour poser la question différemment, est-ce que le succès qu'elle a rencontré peut te bénéficier, bien que tu touches un autre public, ou te desservir au contraire ?
Me desservir certainement pas, et me bénéficier certainement pas non plus parce qu'on n'est pas dans les mêmes réseaux. Les gens qui écoutent du Nolwenn Leroy n'écouteront jamais du Pat O'May. Ou en tout cas ne seront jamais sollicités pas les médias qui leur auront fait écouter du Nolwenn Leroy.

Tu as eu des sollicitations différentes avec cet album ? Déjà au niveau des medias metal ça a dû changer !
Ah oui, par rapport aux medias metal ça n'a rien à voir ! Mais il y a aussi un bon boulot de l'attachée de presse, honnêtement, qu'il n'y a pas eu sur les autres albums non plus. Mais je pense que mis à part le travail de l'attachée de presse, c'est vrai que la presse metal est là, pour supporter cet album, chacun à leur façon bien sûr, et ça c'est vraiment un truc que je n'avais pas vécu depuis....... depuis jamais peut-être.

Tu constates des retombées ?
Oui, on a la chance que l'album se vende vraiment correctement, par rapport à ce qu'il est, hein, on est une niche, on est d'accord, je suis à l'abri du disque d'or, ça ça ne craint rien (rires), mais pour l'instant, de tous les albums que j'ai faits, c'est l'album qui marche le mieux. Tant mieux, si ça peut nous permettre d'être programmé sur les festivals, de pouvoir jouer..... parce que moi, le but, c'est d'aller sur scène, de s'éclater... Le disque n'est qu'un départ. Maintenant on le fait vivre. On va donner aux morceaux leur vraie dimension avec l'état d'esprit dans lequel on sera au moment où on jouera. Un disque, ce n'est toujours qu'une photo, un début, un point de départ.

Y a-t'il des façons différentes d'aborder la musique celtique, selon qu'on soit breton, irlandais,.. ?
J'ai vachement appris avec l'expérience «Excalibur». Travailler quasiment exclusivement avec des anglais, des irlandais, etc... c'est la première fois que je bossais aussi intensément avec eux. Forcément, tu apprends beaucoup de choses. Et le fait de jouer avec Martin Barre, dans son groupe, m'apprend beaucoup de choses. Je suis une éponge, donc je joue forcément différemment d'il y a 10 ans, du fait d'avoir côtoyé ces gens là, comme je joue différemment d'il y a 10 ans du fait d'écrire pour la téloche, tout me nourrit, mais c'est un apport fondamental de travailler avec des gens qui viennent d'ailleurs, de pays différents, c'est toute la richesse du monde qui est à portée de main, donc ce serait con de s'en priver. Mais la grosse différence entre la musique bretonne et la musique irlandaise, c'est que la musique irlandaise est devenue une musique de concert, ce qui n'est pas le cas avec la musique bretonne, hormis justement des gens comme Alan Stivell qui l'ont désenclavée de la musique de festnoz, de la musique à danser, ou entertaiment. C'est ce que les irlandais ont fait depuis très longtemps. Tu prends pas exemple un groupe comme CLANNAD, on n'est pas dans la musique folklorique, on est vraiment dans un vrai discours, dans un vrai univers,... Et il ne faut pas se tromper, la musique traditionnelle irlandaise est très présente dans le metal, par exemple dans les progression d'accords, dans les power chords, des choses comme ça, chez NIGHTWISH par exemple. Je pense que c'est comme un parfum ambiant qu'on retrouve derrière, plutôt que chez un groupe en particulier.

Pour en revenir à Alan Stivell, qui chante également sur ton album, est-ce que sa musique lui appartient encore ? Tout le monde le reprend, lui rend hommage, le remercie.... Est-ce que sa musique ne l'a pas dépassé ?
Je crois qu'il ne se rend pas compte à quel point il fait partie des gens importants de l'évolution de la musique. Il sait où il en est, bien sûr, mais je crois qu'il ne se rend pas compte jusqu'où ça va.

Trop humble pour s'en rendre compte ?
Ah oui, complètement. C'est un vrai artiste, il est dans le mouvement, il est dans la création, oui, dans le mouvement,... tous ces gens dont on a parlé depuis le début, c'est ça qui me plaît, ce sont des gens qui sont dans le mouvement, qui essayent de ne jamais faire le même album, qui avancent, qui évoluent, alors dès fois c'est mieux, dès fois c'est moins bien mais on s'en fout. Tu vois, le groupe qui fait toujours le même album, ça peut être très bien, mais ça ne me nourrit pas. Alan Stivell fait vraiment partie des gens qui vont de l'avant. Mais ça, franchement, il ne s'en rend pas compte. Parce qu'il est dans cette dynamique là, il n'a pas le temps de s'en rendre compte.

Mais il regarde quand même ce qu'on fait de son répertoire, ça l'intéresse quand même ?
Tout à fait, il a un contrôle complet. Il dit oui ou non. On se rappelle du gros buzz qu'il y avait eu avec MANAU qui avait repris un sample de Stivell sans lui demander l'autorisation, ça ne l'a pas fait hein ! (rires)

Puisque tu te projètes toujours dans l'avenir, tu penses déjà à ton prochain album ?
Je ne sais pas encore ce qu'il y aura dedans, mais je commence à avoir une idée précise de comment je vais l'enregistrer. Donc.....ben, je te dirai ça plus tard ! (rires) Tu vois, j'essaye de me forcer à ne pas tomber dans la routine, donc de trouver des façons d'enregistrer différentes, tant que faire se peut, parce qu'il n'y en a pas cinquante non plus. Pour ça, tu vois, « In live we trust », c'était une façon différente d'enregistrer un album. Pour « Celtic wings », c'était de le réaliser dans un temps relativement court. Ca m'a bousculé, mais je l'ai fait aussi en ayant l'expérience de Thalassa, où il faut que tu écrives super rapidement. Les trois-quarts du temps, j'ai trois jours pour écrire pour un reportage de six minutes. Il faut trouver les idées, les enregistrer, les mixer, les produire, enfin tu vois.....Ce n'est pas de tout repos !

Ca ne te dirait pas de jouer dans un groupe avec deux guitares solo, qui se lanceraient dans des duels à la THIN LIZZY par exemple ?
Alors je ne peux que t'inviter à venir aux concerts (rires), tu vas voir ! (rires) Parce que là on fait tous les doublages, il y a énormément d'interactivité entre Louis et moi. Il y a même James Wood que j'ai embauché en plus. Il fait partie maintenant du groupe parce que j'avais besoin d'un troisième guitariste, qui fasse guitare acoustique, guitare électrique, un peu de claviers, et puis il a une merveilleuse voix.

On sera là. Merci Pat !


Pat O'May sera en tournée en 2013 et 2014, sur les routes de France, de Suisse, d'Allemagne, d'Irlande... Cette tournée débutera le 5 avril 2013 à Saint Brieuc (22), à la Citrouille, et fera étape à Paris le 27 juin 2013 à la flèche d'or.

Toutes les infos sur son site : www.patomay.com