On le croyait à jamais perdu pour
le metal, voguant depuis des années au gré des productions
ethnico-celtiques de sa carrière solo mais aussi de ses
collaborations, avec Alan Simon notamment (l'opéra-rock EXCALIBUR),
ou encore pour l'émission de France 3 « Thalassa ». Mais le
normand breton d'adoption, qui avait fait ses débuts dans le riff
acéré avec « MARIENTHAL » au milieu des années 80, en avait
encore sous les pédales. « Celtic Wings », son septième album
sorti fin 2012, est une belle réussite hard-rock gorgée de guitares
(chronique ici). Alors que Pat O'May s’apprête à prendre la route
pour le faire vivre, il nous a accordé un long moment pour évoquer
son petit dernier, et plus encore.
Pat, tu reviens à tes premières amours, le hard rock, et jusqu'à présent toutes les critiques de « Celtic Wings » sont bonnes. Ca fait quoi ?
Super plaisir ! A titre personnel
bien sur, mais aussi pour toute l'énergie que tous les gens qui ont
bossé sur cet album ont mise. Toute cette énergie, cette
générosité,... je pense notamment à Jannick Reichert. J'ai fait
la prod, il a enregistré l'album, on a mixé ensemble, on a passé
deux mois et demi tous les jours à bosser comme des fous...mais ça
me fait très plaisir de voir qu'il y a vraiment des bonnes
réactions, et puis pour les musiciens qui me font confiance depuis
2006, je trouve que c'est agréable de voir comment l'album est
accueilli.
C'est une surprise pour toi ?
C'est toujours un peu une surprise.
Ca fait longtemps que je n'étais pas retourné dans la famille du
metal on va dire, mais maintenant tu peux faire un album comme ça
sans qu'on te traite de débile mental, c'est génial ! (rires) Tu
peux faire le truc sans trop te poser de questions, sans te dire
qu'on va te supprimer une grosse partie de la presse parce que «
hard rock » ça ne passe pas. C'est vrai qu'on a des chroniques un
peu dans toutes les sphères, tu vois, sauf aux Inrocks, mais ça
c'est normal ! (rires) Déjà on rigole sur scène, c'est pas
possible tu vois, c'est sacrilège ! (rires)
Tu as toujours eu cette idée que si
tu faisais ouvertement du metal ce sera mal perçu ?
En réalité je m'en fous. Je pense
que je m'en suis écarté un moment... J'ai toujours eu ce son «
hard » sur ma guitare, j'ai toujours fait des chorus dans le style
de musique qu'on aime tous les deux, je n'ai jamais dérogé de ça
tu vois, par contre j'avais ouvert un peu plus loin que le hard tout
seul, et je suis content de voir que ce travail m'amène aujourd'hui
à revenir sur un son global beaucoup plus hard, tout en gardant
l'aspect ethnique, et là pour le coup, avec la musique
traditionnelle bretonne et irlandaise.
Donc en fait tu retrouves tes deux
passions ?
Oui, et puis c'est vraiment le truc
que j'avais envie de faire, parce que sur tous mes albums, à chaque
fois je mélangeais grosso modo le metal et les musiques ethniques
depuis maintenant, quand même, cinq/six albums, mais là j'avais
vraiment envie de recentrer sur mes deux origines. Mes origines
irlandaises, donc celtiques, qui là pour le coup sont filiales et
familiales, et puis le côté hard-rock, en gros, en allant vraiment
chercher un son dans la famille qui m'a donné envie de faire ce
métier là.
Tu avais dernièrement un rythme de
cinq ans entre chaque album studio (je retire le live, « In live we
trust » sorti en 2010). On t'avait perdu de vue du « microcosme
metal »...
Ah oui clairement, le « microcosme
metal » je l'avais perdu de vue !
Tout ce que tu as fait pendant ces années, que ce soit avec Alan Simon pour « Excalibur », ou pour Thalassa, il en reste quoi aujourd'hui ? Tu as encore une activité à ce niveau là ?
Ah oui oui, « Thalassa » je
continue à en faire. Tous les ans j'en fais une dizaine, c'est une
activité que j'ai gardée, mais en fait j'ai fait sept albums en 20
ans, donc quasiment un album tous les trois ans...
C'est depuis les années 2000 que tu
as un peu ralenti le rythme...
Oui, mais je m'aperçois d'un truc,
c'est qu'en fait j'ai mal communiqué sur cet album live, très
sincèrement, parce qu'en fait c'est un live de nouveaux morceaux. Au
lieu d'enregistrer cet album en studio, j'ai voulu l'enregistrer en
public. Mais pour moi ce n'est pas vraiment un live. Par contre c'est
vrai que, comme j'en ai profité pour y joindre le DVD, on a remis
des anciens morceaux dans le répertoire...
Sans le DVD, il n'y aurait pas eu
d'anciens morceaux sur cet album live ?
Exactement !
D'où t'est venu ce choix de sortir
un live inédit ? Pour l'expérience, ou parce que tu te sens mieux
sur scène qu'en studio ?
C'était pour l'expérience. J'adore
le studio. Je suis un fan de studio, je suis un fan de tout en fait !
J'aime autant le studio que la scène. Mais je trouvais ça
intéressant de voir la musique se construire devant les gens et de
voir comment ils allaient recevoir des morceaux qu'ils n'avaient
jamais entendus. Il n'y aura jamais de version studio de ces titres.
Je voulais vraiment les fixer dans l'instant.
« Celtic wings » est un album qui
a été réalisé très rapidement, en quelques semaines, mais pour
autant a-t-il été mûrement réfléchi ?
Longuement cogité ! Ca fait deux
ans que j'avais envie de faire ça. Souvent, quand je sors un album,
je commence à avoir déjà l'idée de ce que je vais faire après.
Ou en tout cas de me mettre dans la position d'ouverture d'esprit de
me trouver quelle idée exploiter sur le prochain projet.
Et dès le début tu avais cette
idée de mélanger compos originales et reprises ?
Oui. J'avais envie de rendre hommage
à Alan Stivell, et en fait, pour être très sincère, le mot
hommage me dérange un tout petit poil parce que c'est un peu
pompeux, dans mon esprit c'était plus une envie de dire merci. Merci
à Stivell d'être un des pères de la world musique, d'avoir ouvert
le monde de la musique traditionnelle au rock, puis après, de
l'avoir ouvert sur d'autres styles de musiques aussi,... et pareil
aussi pour « Over the hills... » de Gary Moore. Quand j'ai entendu
ce titre là, c'est la première fois que j'entendais un mélange de
musique celtique et de metal. THIN LIZZY l'avait fait aussi, mais
vraiment ce titre de Gary Moore, c'était incroyable ! Quand l'album
est sorti... : Wow ! Et pareil pour DEEP PURPLE tu vois, si je fais
de la guitare aujourd'hui, c'est grâce à Ritchie Blackmore.
Oui, c'était vraiment mon élément
déclencheur, c'est lui qui m'a fait dire « j'ai envie de faire ça
! ». Et depuis je rame comme un malade pour faire la moitié du
quart du vingtième de ce qu'il a fait ! (rires)
Le choix de reprendre « Soldier of
fortune », c'était par rapport à la couleur de l'album ?
Oui, et puis j'avais envie de
prendre un contrepied en fait. Ca aurait été trop facile, trop
évident, de reprendre un morceau plus typique de DEEP PURPLE. Ils
ont fait très peu de ballades. Et ce morceau, je trouve qu'il a une
mélodie imparable.
Tu as toujours eu l'intention de
mettre autant de reprises sur cet album ?
Oh non, je crois que ça s'est
imposé un peu comme ça. Il y avait le medley de Stivell que je
voulais faire absolument, et puis « Over the hills... ». « Whiskey
in a jar » est venu sur le tard, pour être sincère. « Soldier of
Fortune », c'était évident dès le départ. Et puis je trouvais
qu'il pouvait s'intégrer pas mal, en lui donnant un côté un peu
plus celtique.
Le fait que Gary Moore nous ait
quitté il y a deux ans, ça a été aussi déclencheur quelque part
pour cet album ?
Non, pas pour cet album là.
Donc le fait que tu aies participé
à quelques tributes live après son décès....
Ca oui, quand Gary Moore est décédé,
j'ai voulu qu'il se passe vraiment quelque chose pour lui dire merci.
De nouveau. C'était évident, et par expérience je me rappelle par
exemple que quand Dio est mort, on en avait parlé, avec plusieurs
copains, d'essayer de faire quelque chose au salon de la musique qui
se tenait à ce moment là, de faire un tribute ou quelque chose,
c'était l'occase de lui rendre hommage quelques mois après son
décès, et puis ça n'a pas été fait, parce que le temps passe, on
parle de choses et on ne les fait pas. Et au décès de Gary Moore,
je me suis dit que si l'on ne suscitais pas quelque chose tout de
suite, ça ne se ferait pas. C'est pour ça que très rapidement j'ai
trouvé des partenaires, au niveau de la salle, la Citrouille à
SAINT BRIEUC d'ailleurs, de nouveau, qui ont accepté le truc, et
après j'ai appelé un max de potes, et ceux qui étaient libres sont
venus. Il y en a plein d'autres qui auraient souhaité venir... mais
ça a été un grand moment.
Concernant ton album, tu m'as dit
les reprises qui te tenaient le plus à cœur. Et au niveau de tes
compos, certaines ont une saveur particulière pour toi, du fait de
participations, ou par ce qu'elles évoquent ?
Tu sais, c'est toujours une question
difficile, parce que c'est tous un peu mes bébés. J'aime bien «
Homeland » parce que j'ai travaillé avec Moya (Brennan) là-dessus,
et elle me fait un cadeau énorme ! C'est la voix de CLANNAD quoi !
(rires) Avec Martin (Barre, JETHRO TULL) pareil, avec Jonathan
(Noyce, ARCHIVE) même chose, … après il y a les instrumentaux tu
vois,... Pour moi, un morceau comme « Blowing in Ireland », c'est
un vrai truc, un truc familial, de racines, pour moi c'est un morceau
vachement sensible. Et puis il y a le morceau « Black mountains »
qui pour moi est une espèce de voyage... mais c'est ce que j'aime
faire, que ce soit dans les instrumentaux, mais aussi dans les
morceaux chantés, c'est faire voyager.
Donc sur cet album, tu as mis
beaucoup de toi, ou même « que » de toi. Que ce soit de par le
lien avec tes origines, ou le fait d'y faire intervenir tes amis ?
Bien sûr. Je pense que là,
effectivement, c'est vrai... c'est marrant, à chaque fois qu'on en
parle comme ça, tu vois, je découvre des choses, sur la façon dont
je l'ai écrit (rires). Et là c'est vrai que tu mets le point sur un
truc auquel je n'avais jamais pensé. Oui, j'ai mis vachement de moi,
peut-être plus que jamais...
C'est peut-être «ça» que l'on
ressent à l'écoute.
C'est vrai ? Ca te fait ça aussi ?
Oui, on ressent une saveur
particulière, sans pour autant savoir à quoi c'est dû.
Oui, bien sûr ! Et puis là je fais
appel à des amis. Il n'y a pas de « coups » si tu veux. Si je fais
appel à Martin (Barre), ce n'est pas pour avoir un nom. C'est parce
qu'on avait vraiment envie de faire quelque chose ensemble, hormis de
jouer dans son groupe, etc... Et le morceau qu'on a fait là, … tu
vois, sur ses concerts on joue « Overlord » qui est un morceau à
moi. Ce morceau là il va intégrer les concerts du Martin Barre's
band, tu vois,... Et puis Jonathan Noyce c'est pareil. Jonathan
Noyce, je l'ai rencontré grâce à Martin, c'était le dernier
bassiste de Gary Moore, et je me rappelle, on était en concert avec
Martin Barre's band à MUNICH, et on s'est retrouvé un soir après
le concert, style à 3h du mat, bon enfin tu imagines, je te laisse
deviner, et puis Jonathan m'a fait écouter les morceaux qu'ils
avaient enregistrés pour le nouvel album de Gary Moore. Et tu vois
ça c'est un moment inoubliable pour moi. Et un grand merci à
Jonathan parce que tu vois, c'était hors de question qu'il ne soit
pas dessus.
Donc c'est un peu la suite logique,
sinon la conclusion, de toutes les collaborations que tu as pu avoir
avec Excalibur, ou en tournant avec leurs groupes...
Absolument, et c'est un truc que
j'ai envie de partager, moi j'ai envie de m'amuser avec mes potes. Je
ne mets pas plus de valeur à travailler avec Martin, ou avec Hilaire
(Rama, bassiste de Pat O'May), ou Louis (Soler, Guitariste de Pat
O'May), ou Fred (Moreau, batteur de Pat O'May), ou James (Wood)... ce
sont tous des amis. Il n'y a pas d'échelle de valeur. C'est
important pour moi. Que ce soit Fred à la batterie, ce n'est pas du
hasard. C'est parce que j'aime ce qu'il est, la façon dont il
joue...
Justement, depuis quand est
constitué ton groupe actuel ?
Fred, ça fait depuis 2000, donc 13
ans cette année, et les autres... en fait, ça fait 7 ans. Comme on
travaille depuis longtemps ensemble, je sais exactement ce qu'ils
savent faire, ce qu'ils peuvent m'apporter,... quand j'écris les
morceaux, bon, je suis une espèce d'ayatollah hein, j'écris tout,
les arrangements, je fais la prod, je sais vraiment ce que je veux
entendre et comment l'obtenir, à force de faire du studio tu arrives
à acquérir une certaine expérience qui te permet ça, mais.. tout
modestement hein, il n'y a aucune prétention derrière ça, c'est
juste que quand tu fais ta première séance de studio, tu découvres,
mais après 150.000 tu connais plus de choses. Donc tu sais comment
obtenir les trucs, et puis du coup tu vois, quand j'écris des
arrangements, je les écris aussi en fonction des gens avec qui je
travaille. Tu vois, les parties de batterie, si je travaille avec un
autre batteur, seraient différentes. L'approche serait différente.
Pareil pour la basse, pareil pour....pour tout en fait ! Le groupe
est vraiment soudé. On a quand même fait beaucoup de kilomètres
ensemble sur la route, et c'est vraiment sur la route que tu vois
comment se comporte un groupe. Sur scène, ça se passera toujours
bien, c'est sûr, parce que.. regarde combien de groupes on connaît
qui ne peuvent pas se blairer et qui sur scène sont magiques quand
même ? Pour moi le plus important c'est de s'entendre musicalement,
bien sûr, et puis humainement.
Et comment ont-ils accueilli ce «
durcissement » de ta musique ?
Ah, ben ils adorent ! Le plus drôle,
c'est Hilaire. C'est un bassiste de rock, à la base, et c'est un mec
qui est à la retraite Hilaire. Il a plus de 60 ans. Et il finit en
fin de carrière à faire du metal ! (rires) C'est carrément drôle
! Et il adore ça !
Il lui faut un entrainement physique
particulier ?
Non ! (rires) Si, la pêche ! Il va
pêcher tout le temps ! (rires)
Tu avais un manque de metal?
Normalement en vieillissant on est censé se calmer.
Ouais, ouais, ouais,... mais moi
c'est le contraire !
Pour revenir aux guitaristes metal,
tu disais que Blackmore était celui qui t'avait ouvert les yeux, ou
les oreilles, mais tout le long de ta carrière, tu as eu l'occasion
d'en côtoyer beaucoup, il y en a d'autres qui t'ont impressionné,
ou interpellé ?
Il y a forcément Gary Moore,
forcément Jeff Beck, qui est un des plus grands pour moi, sinon le
plus grand,... des mecs comme Satriani sont importants aussi, et pour
moi le plus inventif à mon sens, autant au sens guitaristique que
compositeur, c'est Steve Vai. Pour moi il met tout le monde d'accord,
mais je sais que beaucoup ne l'aiment pas, ou trouvent qu'il fait du
blabla, mais pour moi c'est le contraire, il ne fait pas de blabla.
Et une sacrée présence sur scène
aussi.
Ah oui, je me rappelle d'un concert
avec le G3 en Corse, j'avais eu l'occasion de le croiser, sans lui
parler.. qu'est-ce-que j'aurais pu lui dire ? « J'aime beaucoup ce
que vous faites ! » ? (rires), mais je me souviens qu'il jouait une
magnifique ballade, et je commençais à sentir les larmes couler sur
mes joues, comme une vraie midinette, et en regardant autour de moi
je me suis rendu compte que tout le monde était dans le même état.
Alors je me suis dit, c'est bon, je peux y aller ! (rires) J'ai vu
peu de gens atteindre ça. Pour moi, il mets du poids dans toutes ses
notes. Après, c'est une histoire de sensibilité. Mais on est bien
d'accord, il ne joue pas une musique simple. Mais il ne tombe pas
dans le travers de jouer de la musique pour les musiciens. Il a un
public de mélomanes. De connaisseurs de la musique. Et pas que des
guitaristes. Il y a de magnifiques mélodies. Pour moi, la différence
avec Satriani, que j'ai vu plein de fois sur scène, et qui est un
tueur, c'est magnifique, c'est beau, c'est superbe,.. mais je trouve
que Satriani écrit des chansons, et Vai compose de la musique. Je
n'en mets pas plus un au dessus de l'autre. Satriani te pond une
mélodie, tu la retiens tout de suite. Mais ce qui m'impressionne, ce
sont les gens qui créent des choses qu'on n'a jamais entendu avant,
comme Zappa par exemple. Moi je ne suis pas de cet acabit là, je le
sais ! (rires) Et ce n'est pas grave. Et dans tous ces gens que je
viens de citer, on commence à plus parler de musiciens que
d'instrumentistes. Tu vois, la guitare ce n'est qu'un véhicule. En
elle-même, la guitare n'a rien à dire. C'est toi, dans ta vie
quotidienne, qui te nourris des choses qui t'entourent, qui fait que
tu vas avoir des choses à raconter avec ta guitare. Mais la guitare
en elle-même elle n'a rien à dire. C'est un stylo. Pas plus.
Il y en a qui écrivent bien, et
d'autres qui font des pattes de mouches !
Voilà ! Il y en a qui font des
plats et des déliés aussi (rires) !
Et d'autres des enluminures !
Absolument. C'est juste un véhicule.
Revenons à ton album, est-ce que ce
n'est pas un peu casse-gueule en 2013 de sortir un album « celtique
», après Nolwenn Leroy et tout ce que l'on a pu manger dans les
grands médias dans ce domaine ?
Non pas vraiment. D'une part je m'en
fous parce que j'avais envie de faire cet album. Dans quoi que ce
soit que j'ai fait, je n'ai jamais été à la mode. C'est peut-être
le premier album qui est un peu plus facile à ranger dans une case.
Pour poser la question différemment,
est-ce que le succès qu'elle a rencontré peut te bénéficier, bien
que tu touches un autre public, ou te desservir au contraire ?
Me desservir certainement pas, et me
bénéficier certainement pas non plus parce qu'on n'est pas dans les
mêmes réseaux. Les gens qui écoutent du Nolwenn Leroy n'écouteront
jamais du Pat O'May. Ou en tout cas ne seront jamais sollicités pas
les médias qui leur auront fait écouter du Nolwenn Leroy.
Tu as eu des sollicitations
différentes avec cet album ? Déjà au niveau des medias metal ça a
dû changer !
Ah oui, par rapport aux medias metal
ça n'a rien à voir ! Mais il y a aussi un bon boulot de l'attachée
de presse, honnêtement, qu'il n'y a pas eu sur les autres albums non
plus. Mais je pense que mis à part le travail de l'attachée de
presse, c'est vrai que la presse metal est là, pour supporter cet
album, chacun à leur façon bien sûr, et ça c'est vraiment un truc
que je n'avais pas vécu depuis....... depuis jamais peut-être.
Tu constates des retombées ?
Oui, on a la chance que l'album se
vende vraiment correctement, par rapport à ce qu'il est, hein, on
est une niche, on est d'accord, je suis à l'abri du disque d'or, ça
ça ne craint rien (rires), mais pour l'instant, de tous les albums
que j'ai faits, c'est l'album qui marche le mieux. Tant mieux, si ça
peut nous permettre d'être programmé sur les festivals, de pouvoir
jouer..... parce que moi, le but, c'est d'aller sur scène, de
s'éclater... Le disque n'est qu'un départ. Maintenant on le fait
vivre. On va donner aux morceaux leur vraie dimension avec l'état
d'esprit dans lequel on sera au moment où on jouera. Un disque, ce
n'est toujours qu'une photo, un début, un point de départ.
Y a-t'il des façons différentes
d'aborder la musique celtique, selon qu'on soit breton, irlandais,..
?
J'ai vachement appris avec
l'expérience «Excalibur». Travailler quasiment exclusivement avec
des anglais, des irlandais, etc... c'est la première fois que je
bossais aussi intensément avec eux. Forcément, tu apprends beaucoup
de choses. Et le fait de jouer avec Martin Barre, dans son groupe,
m'apprend beaucoup de choses. Je suis une éponge, donc je joue
forcément différemment d'il y a 10 ans, du fait d'avoir côtoyé
ces gens là, comme je joue différemment d'il y a 10 ans du fait
d'écrire pour la téloche, tout me nourrit, mais c'est un apport
fondamental de travailler avec des gens qui viennent d'ailleurs, de
pays différents, c'est toute la richesse du monde qui est à portée
de main, donc ce serait con de s'en priver. Mais la grosse différence
entre la musique bretonne et la musique irlandaise, c'est que la
musique irlandaise est devenue une musique de concert, ce qui n'est
pas le cas avec la musique bretonne, hormis justement des gens comme
Alan Stivell qui l'ont désenclavée de la musique de festnoz, de la
musique à danser, ou entertaiment. C'est ce que les irlandais ont
fait depuis très longtemps. Tu prends pas exemple un groupe comme
CLANNAD, on n'est pas dans la musique folklorique, on est vraiment
dans un vrai discours, dans un vrai univers,... Et il ne faut pas se
tromper, la musique traditionnelle irlandaise est très présente
dans le metal, par exemple dans les progression d'accords, dans les
power chords, des choses comme ça, chez NIGHTWISH par exemple. Je
pense que c'est comme un parfum ambiant qu'on retrouve derrière,
plutôt que chez un groupe en particulier.
Pour en revenir à Alan Stivell, qui
chante également sur ton album, est-ce que sa musique lui appartient
encore ? Tout le monde le reprend, lui rend hommage, le remercie....
Est-ce que sa musique ne l'a pas dépassé ?
Je crois qu'il ne se rend pas compte
à quel point il fait partie des gens importants de l'évolution de
la musique. Il sait où il en est, bien sûr, mais je crois qu'il ne
se rend pas compte jusqu'où ça va.
Trop humble pour s'en rendre compte
?
Ah oui, complètement. C'est un vrai
artiste, il est dans le mouvement, il est dans la création, oui,
dans le mouvement,... tous ces gens dont on a parlé depuis le début,
c'est ça qui me plaît, ce sont des gens qui sont dans le mouvement,
qui essayent de ne jamais faire le même album, qui avancent, qui
évoluent, alors dès fois c'est mieux, dès fois c'est moins bien
mais on s'en fout. Tu vois, le groupe qui fait toujours le même
album, ça peut être très bien, mais ça ne me nourrit pas. Alan
Stivell fait vraiment partie des gens qui vont de l'avant. Mais ça,
franchement, il ne s'en rend pas compte. Parce qu'il est dans cette
dynamique là, il n'a pas le temps de s'en rendre compte.
Mais il regarde quand même ce qu'on
fait de son répertoire, ça l'intéresse quand même ?
Tout à fait, il a un contrôle
complet. Il dit oui ou non. On se rappelle du gros buzz qu'il y avait
eu avec MANAU qui avait repris un sample de Stivell sans lui demander
l'autorisation, ça ne l'a pas fait hein ! (rires)
Puisque tu te projètes toujours
dans l'avenir, tu penses déjà à ton prochain album ?
Je ne sais pas encore ce qu'il y
aura dedans, mais je commence à avoir une idée précise de comment
je vais l'enregistrer. Donc.....ben, je te dirai ça plus tard !
(rires) Tu vois, j'essaye de me forcer à ne pas tomber dans la
routine, donc de trouver des façons d'enregistrer différentes, tant
que faire se peut, parce qu'il n'y en a pas cinquante non plus. Pour
ça, tu vois, « In live we trust », c'était une façon différente
d'enregistrer un album. Pour « Celtic wings », c'était de le
réaliser dans un temps relativement court. Ca m'a bousculé, mais je
l'ai fait aussi en ayant l'expérience de Thalassa, où il faut que
tu écrives super rapidement. Les trois-quarts du temps, j'ai trois
jours pour écrire pour un reportage de six minutes. Il faut trouver
les idées, les enregistrer, les mixer, les produire, enfin tu
vois.....Ce n'est pas de tout repos !
Ca ne te dirait pas de jouer dans un
groupe avec deux guitares solo, qui se lanceraient dans des duels à
la THIN LIZZY par exemple ?
Alors je ne peux que t'inviter à
venir aux concerts (rires), tu vas voir ! (rires) Parce que là on
fait tous les doublages, il y a énormément d'interactivité entre
Louis et moi. Il y a même James Wood que j'ai embauché en plus. Il
fait partie maintenant du groupe parce que j'avais besoin d'un
troisième guitariste, qui fasse guitare acoustique, guitare
électrique, un peu de claviers, et puis il a une merveilleuse voix.
On sera là. Merci Pat !
Pat O'May sera en tournée en 2013 et 2014, sur les routes de France, de Suisse, d'Allemagne, d'Irlande... Cette tournée débutera le 5 avril 2013 à Saint Brieuc (22), à la Citrouille, et fera étape à Paris le 27 juin 2013 à la flèche d'or.
Toutes les infos sur son site : www.patomay.com



