Depuis une trentaine d'années, Renaud Hantson mène une carrière musicale qui l'a vu naviguer entre batterie et chant, entre hard-rock et comédies musicales, entre haut et bas de l'affiche, entre succès et anonymat. Rares sont les metalleux qui, initiés au hard-rock à l'époque où la France entière tremblait sous les accords de « Hell's bells » ou « Antisocial », n'ont pas gardé un œil au cours des trois dernières décennies sur la carrière du fondateur de SATAN JOKERS, ne serait-ce que par curiosité.
Ce que l'on sait moins, c'est que la vie de Renaud Hantson a dépendu pendant 17 ans de la cocaïne. Tous les événements médiatiques qui ponctuent aujourd'hui la vie de l'artiste découlent de son addiction et de sa rencontre avec le docteur Laurent Karila, psychiatre addictologue, auprès duquel il a entrepris une thérapie. Cette « belle et heureuse » rencontre est réciproque, puisque Laurent Karila est fan de metal et notamment de SATAN JOKERS. On doit aux deux hommes l'album « AddictionS » sorti l'année dernière. On leur doit maintenant cette autobiographie, Karila ayant demandé à Hantson de tenir un journal pour accompagner sa thérapie, mais ce dernier ayant préféré écrire une bio.
C'est celle-ci qui sort aujourd'hui, après une longue série d'ouvrages de ce type parus récemment (Keith Richards, Tony Iommi, Steven Tyler, Glenn Hughes,...). Dans la forme, « Poudre aux yeux » s'en différencie en ce sens que son auteur en est Renaud Hantson lui-même, qui n'a pas estimé nécessaire de se confier à un journaliste. Il en résulte une œuvre brute et sans fioritures, au style parfois un peu répétitif et maladroit, notamment dans ses premières pages où il n'est pas rare de trouver quatre verbes conjugués à autant de temps différents dans une même phrase. Alors qu'on peut craindre le pire, ces petits défauts disparaissent au bout de quelques pages, et la lecture devient rapidement fluide et même agréable, malgré les poncifs du genre qui font que certains passages tendent à plus ressembler à un déballage discographique qu'à une biographie. Ce livre a donc les qualités de ses défauts, la non des moindres étant la sincérité. Comme de bien entendu, elle est post- et préfacée par l'omniprésent Laurent Karila, le désormais neurone-miroir de l'auteur.
Sur le fond, aucun doute, c'est bien une bio. La nécessité thérapeutique en a peut-être été le déclencheur, mais au final, et mis à part les trois derniers chapitres dont l'épilogue, on se retrouve dans une bio très classique d'un artiste assis sur ses certitudes, qui ne remet pas en cause ses choix de carrière, à l'exception peut-être d'un appel téléphonique non retourné à JJ Goldman à une époque où sa carrière aurait pu prendre un autre tournant. On croise au fil des pages les artistes que l'auteur a côtoyés, ceux avec qui il a travaillé, ceux qui l'ont trahi, ceux qui l'ont aidé. Une sorte de who's who des chanteurs et amuseurs des années 80 et 90 principalement.
Alors que les chapitres défilent, on se rend compte que Renaud Hantson n'est surtout pas un rebelle.
On est loin des exploits excessifs d'Ozzy, Mötley Crüe, Keith Richards,... dont les bio avaient bien souvent des allures de films de Tarantino. Ainsi la seule fois où Renaud Hantson confie s'être retrouvé le canon d'une arme de flic sous le nez, c'est dans le sous-sol de l'immeuble de sa mère chez qui il était allé chercher un steak.
De même là où les légendes du hard-rock ont parcouru la planète avec leur vice, bravé les douanes et les polices du monde, et rencontré le Pape ou été les invités personnels de George Bush ou de la Reine d'Angleterre, Hantson raconte sa retraite en Haute-Vienne et sa rencontre avec Mgr Gaillot.
Enfin, là où les stars qui ont participé à la fondation du hard-rock ont vécu des enfances difficiles dans le milieu ouvrier d'après-guerre, Renaud Hantson a grandi à Paris, certes sans son père, mais avec une vie régulière partagée entre musique, kung-fu et football.
Renaud Hantson s'affiche en sex-addict, ex-cocaïnomane, rockeur rebelle, mais au terme de cette bio, on découvre plutôt un gars normal, en constant besoin d'amour et de présence féminine, travailleur acharné, exigeant avec lui-même et les autres, cachant derrière ses fanfaronnades permanentes une sensibilité et une grande pudeur.
Ce livre devait être le récit de sa descente aux enfers, c'est ce qu'indique d'ailleurs le bandeau placé par l'éditeur au travers de la couverture, mais au final ce n'est qu'un prétexte, un effet d'annonce, de la....poudre aux yeux. Rien dans ce livre ou si peu quant à la façon dont il se procurait la came, dans ses effets dévastateurs, dans la paranoïa pour en obtenir, la cacher, la transporter, rien sur ses périodes de manque, ses délires, l'impact sur ses relations avec les autres, les prises de conscience, les difficultés à s'en sortir... On ressent bien sûr le malaise qui l'a accompagné pendant ces 17 années, et loin de nous l'idée absurde de le remettre en cause, mais Renaud Hantson reste au final très secret sur sa maladie. Ce parti pris (pudique ?) est déstabilisant, au vu de la manière dont d'autres artistes n'ont pas hésité à multiplier les détails les plus terribles ou sordides (Glenn Hughes, Keith Richards, Ozzy Osbourne,...).
Quant au sexe, si Renaud Hantson livre avec un ton et des mots volontairement provocants quelques anecdotes malgré tout fort peu traumatisantes pour le lecteur averti, c'est plus un désespérant besoin d'amour qui ressort de son livre. Comme si le seul manque auquel il s'est toujours employé à ne pas être confronté au cours de sa vie était celui-là.
Renaud Hantson nourrit beaucoup de rancœurs et de regrets envers le business et la façon dont le marché de la musique fonctionne. Il n'hésite pas à s'emporter mais, signe qu'il n'est pas vraiment un rebelle, un paragraphe suit systématiquement chacun de ses coups de gueule pour relativiser et accepter une forme de fatalité.
Car Renaud Hantson a une grande qualité. Il va toujours de l'avant. Il n'est pas homme à se laisser démonter. Alors sa réputation est faite, on connaît son caractère tranché, sa façon de s'affirmer verbalement, d'élever le ton, de "se la ramener" diront certains, mais c'est pour aussitôt passer à autre chose. Il est constamment dans l'action, menant plusieurs projets de front (carrière solo, SATAN JOKERS, FURIOUS ZOO, école de chant et de batterie...) et assurant en outre une présence sur scène ininterrompue. Il semble qu'il mène sa vie privée d'une façon pas si différente. Et jette un voile pudique sur les drames qui l'ont affecté, tels le décès de son jeune frère, puis de son père réapparu tardivement dans sa vie.
On peut alors déceler tout au long de ces 320 pages un artiste déterminé, doté d'une vision, vêtu d'une carapace qu'il s'est lui même forgée, fonçant tête baissée en gardant au fond de lui des blessures certaines qu'il tente d'enfouir sous une masse de travail.
Tout ça ne fera jamais de lui le meilleur chanteur de sa génération, ni un génie, ni un sex-symbol, ni n'effacera son caractère qui peut-être si horripilant. Mais ca le rend seulement, mais aussi profondément, humain.
Si les 15 premiers chapitres égrènent les différentes étapes de sa déjà longue carrière, parfois robotiquement, parfois avec les excès de langages et de détails à même de satisfaire ses fans absolus, parfois encore avec réalisme, les trois derniers chapitres renvoient enfin et de manière inespérée l'image d'un homme qui sait être touchant pour peu qu'il tombe le masque. On peut regretter que toute cette biographie n'ait pas eu ce ton, mais peut-être fallait-il passer par cette revue en règle de sa carrière publique pour qu'enfin l'homme privé se montre.
Cet ouvrage risque d'en agacer certains, et d'assouvir l'attente de ses fans. Il suggère en tout cas que Renaud Hantson est plus complexe que l'image publique qu'il s'est créé. Voila une poudre aux yeux qui donne du grain à moudre.
POUDRE AUX YEUX (c) 2012 - Pygmalion, département de Flammarion












.jpg)


.jpg)




