mercredi 4 avril 2012

RENAUD HANTSON : Poudre aux yeux - Sexe & drogues & show-business

Depuis une trentaine d'années, Renaud Hantson mène une carrière musicale qui l'a vu naviguer entre batterie et chant, entre hard-rock et comédies musicales, entre haut et bas de l'affiche, entre succès et anonymat. Rares sont les metalleux qui, initiés au hard-rock à l'époque où la France entière tremblait sous les accords de « Hell's bells » ou « Antisocial », n'ont pas gardé un œil au cours des trois dernières décennies sur la carrière du fondateur de SATAN JOKERS, ne serait-ce que par curiosité.

Ce que l'on sait moins, c'est que la vie de Renaud Hantson a dépendu pendant 17 ans de la cocaïne. Tous les événements médiatiques qui ponctuent aujourd'hui la vie de l'artiste découlent de son addiction et de sa rencontre avec le docteur Laurent Karila, psychiatre addictologue, auprès duquel il a entrepris une thérapie. Cette « belle et heureuse » rencontre est réciproque, puisque Laurent Karila est fan de metal et notamment de SATAN JOKERS. On doit aux deux hommes l'album « AddictionS » sorti l'année dernière. On leur doit maintenant cette autobiographie, Karila ayant demandé à Hantson de tenir un journal pour accompagner sa thérapie, mais ce dernier ayant préféré écrire une bio.

C'est celle-ci qui sort aujourd'hui, après une longue série d'ouvrages de ce type parus récemment (Keith Richards, Tony Iommi, Steven Tyler, Glenn Hughes,...). Dans la forme, « Poudre aux yeux » s'en différencie en ce sens que son auteur en est Renaud Hantson lui-même, qui n'a pas estimé nécessaire de se confier à un journaliste. Il en résulte une œuvre brute et sans fioritures, au style parfois un peu répétitif et maladroit, notamment dans ses premières pages où il n'est pas rare de trouver quatre verbes conjugués à autant de temps différents dans une même phrase. Alors qu'on peut craindre le pire, ces petits défauts disparaissent au bout de quelques pages, et la lecture devient rapidement fluide et même agréable, malgré les poncifs du genre qui font que certains passages tendent à plus ressembler à un déballage discographique qu'à une biographie. Ce livre a donc les qualités de ses défauts, la non des moindres étant la sincérité. Comme de bien entendu, elle est post- et préfacée par l'omniprésent Laurent Karila, le désormais neurone-miroir de l'auteur.

Sur le fond, aucun doute, c'est bien une bio. La nécessité thérapeutique en a peut-être été le déclencheur, mais au final, et mis à part les trois derniers chapitres dont l'épilogue, on se retrouve dans une bio très classique d'un artiste assis sur ses certitudes, qui ne remet pas en cause ses choix de carrière, à l'exception peut-être d'un appel téléphonique non retourné à JJ Goldman à une époque où sa carrière aurait pu prendre un autre tournant. On croise au fil des pages les artistes que l'auteur a côtoyés, ceux avec qui il a travaillé, ceux qui l'ont trahi, ceux qui l'ont aidé. Une sorte de who's who des chanteurs et amuseurs des années 80 et 90 principalement.

Alors que les chapitres défilent, on se rend compte que Renaud Hantson n'est surtout pas un rebelle.

On est loin des exploits excessifs d'Ozzy, Mötley Crüe, Keith Richards,... dont les bio avaient bien souvent des allures de films de Tarantino. Ainsi la seule fois où Renaud Hantson confie s'être retrouvé le canon d'une arme de flic sous le nez, c'est dans le sous-sol de l'immeuble de sa mère chez qui il était allé chercher un steak.

De même là où les légendes du hard-rock ont parcouru la planète avec leur vice, bravé les douanes et les polices du monde, et rencontré le Pape ou été les invités personnels de George Bush ou de la Reine d'Angleterre, Hantson raconte sa retraite en Haute-Vienne et sa rencontre avec Mgr Gaillot.

Enfin, là où les stars qui ont participé à la fondation du hard-rock ont vécu des enfances difficiles dans le milieu ouvrier d'après-guerre, Renaud Hantson a grandi à Paris, certes sans son père, mais avec une vie régulière partagée entre musique, kung-fu et football.

Renaud Hantson s'affiche en sex-addict, ex-cocaïnomane, rockeur rebelle, mais au terme de cette bio, on découvre plutôt un gars normal, en constant besoin d'amour et de présence féminine, travailleur acharné, exigeant avec lui-même et les autres, cachant derrière ses fanfaronnades permanentes une sensibilité et une grande pudeur.

Ce livre devait être le récit de sa descente aux enfers, c'est ce qu'indique d'ailleurs le bandeau placé par l'éditeur au travers de la couverture, mais au final ce n'est qu'un prétexte, un effet d'annonce, de la....poudre aux yeux. Rien dans ce livre ou si peu quant à la façon dont il se procurait la came, dans ses effets dévastateurs, dans la paranoïa pour en obtenir, la cacher, la transporter, rien sur ses périodes de manque, ses délires, l'impact sur ses relations avec les autres, les prises de conscience, les difficultés à s'en sortir... On ressent bien sûr le malaise qui l'a accompagné pendant ces 17 années, et loin de nous l'idée absurde de le remettre en cause, mais Renaud Hantson reste au final très secret sur sa maladie. Ce parti pris (pudique ?) est déstabilisant, au vu de la manière dont d'autres artistes n'ont pas hésité à multiplier les détails les plus terribles ou sordides (Glenn Hughes, Keith Richards, Ozzy Osbourne,...).

Quant au sexe, si Renaud Hantson livre avec un ton et des mots volontairement provocants quelques anecdotes malgré tout fort peu traumatisantes pour le lecteur averti, c'est plus un désespérant besoin d'amour qui ressort de son livre. Comme si le seul manque auquel il s'est toujours employé à ne pas être confronté au cours de sa vie était celui-là.

Renaud Hantson nourrit beaucoup de rancœurs et de regrets envers le business et la façon dont le marché de la musique fonctionne. Il n'hésite pas à s'emporter mais, signe qu'il n'est pas vraiment un rebelle, un paragraphe suit systématiquement chacun de ses coups de gueule pour relativiser et accepter une forme de fatalité.

Car Renaud Hantson a une grande qualité. Il va toujours de l'avant. Il n'est pas homme à se laisser démonter. Alors sa réputation est faite, on connaît son caractère tranché, sa façon de s'affirmer verbalement, d'élever le ton, de "se la ramener" diront certains, mais c'est pour aussitôt passer à autre chose. Il est constamment dans l'action, menant plusieurs projets de front (carrière solo, SATAN JOKERS, FURIOUS ZOO, école de chant et de batterie...) et assurant en outre une présence sur scène ininterrompue. Il semble qu'il mène sa vie privée d'une façon pas si différente. Et jette un voile pudique sur les drames qui l'ont affecté, tels le décès de son jeune frère, puis de son père réapparu tardivement dans sa vie.

On peut alors déceler tout au long de ces 320 pages un artiste déterminé, doté d'une vision, vêtu d'une carapace qu'il s'est lui même forgée, fonçant tête baissée en gardant au fond de lui des blessures certaines qu'il tente d'enfouir sous une masse de travail.

Tout ça ne fera jamais de lui le meilleur chanteur de sa génération, ni un génie, ni un sex-symbol, ni n'effacera son caractère qui peut-être si horripilant. Mais ca le rend seulement, mais aussi profondément, humain.

Si les 15 premiers chapitres égrènent les différentes étapes de sa déjà longue carrière, parfois robotiquement, parfois avec les excès de langages et de détails à même de satisfaire ses fans absolus, parfois encore avec réalisme, les trois derniers chapitres renvoient enfin et de manière inespérée l'image d'un homme qui sait être touchant pour peu qu'il tombe le masque. On peut regretter que toute cette biographie n'ait pas eu ce ton, mais peut-être fallait-il passer par cette revue en règle de sa carrière publique pour qu'enfin l'homme privé se montre.

Cet ouvrage risque d'en agacer certains, et d'assouvir l'attente de ses fans. Il suggère en tout cas que Renaud Hantson est plus complexe que l'image publique qu'il s'est créé. Voila une poudre aux yeux qui donne du grain à moudre.

POUDRE AUX YEUX (c) 2012 - Pygmalion, département de Flammarion

samedi 17 mars 2012

Interview Yvan GUILLEVIC (PYG) - 2ème partie

Dans la seconde et dernière partie de la longue interview qu'il nous a accordée, Yvan Guillevic (PYG), revient sur son parcours musical et l'actualité de ses différents projets : PYG, mais aussi EMPTY SPACES, son projet tribute à PINK FLOYD, et BBB, le Brittany Blues Band.


Yvan, avant de te lancer dans PYG, avec ce retour au hard rock des années 80, tu n'as jamais été tenté d'exploiter ton amour pour cette musique ?

Non, J'avais un groupe qui s'appelait STORYTELLER dans les années 90, entre QUEEN, DOKKEN,... mais c'était le seul truc. On n'a pas fait beaucoup de choses car on a splitté avant. C'était un groupe assez sérieux avec un super chanteur, mais je suis parti sur du jazz fusion, un truc qui s'appelait MESSIER 87, avec un bassiste. J'avais arrêté la guitare pendant plus d'un an, pendant lequel je n'ai fait que des arts martiaux, des sports de combat, j'ai été prof de karaté,.. je ne voulais faire que du sport. J'en ai toujours fait, j'ai commencé la boxe à 13 ans,... et quand je suis revenu à la musique, il m'a fallu à peu près un an pour me remettre à niveau, et je suis parti dans le jazz fusion, mais ça m'a un petit peu fatigué. Juste après je suis revenu sur du blues, puis j'ai été pris dans ce fameux groupe du label Electro, on a fait de la musique pour des maisons de disques, puis je me suis retrouvé dans des maisons d'édition à écrire des morceaux pop, sur commandes... Et je me suis blessé en faisant des arts martiaux justement, je suis resté un an sans marcher,... Je me suis alors dit que j'allais remonter sur scène avec un truc qui allait me faire kiffer. Et c'était le tribute PINK FLOYD. Je me suis dit, « Quel est le seul truc que j'ai toujours écouté ? ». AC/DC, je l'ai écouté, et puis un peu moins.... quand tu écoutes UZEB, tu n'écoutes plus vraiment AC/DC. Tu as tort, mais c'est comme ça. Et en fait FLOYD, du début jusqu'à la fin, n'importe quand, à n'importe quelle période, c'est au niveau. Et c'est là que je me suis dit, on va faire un tribute. Toute la bande des gars qui sont dans PYG est là, tu vois, et en parallèle, comme je fais toujours de la création, j'ai fait GROOVYTHINGZ avec un chanteur, qui était un projet un peu délirant entre l'électro, le blues,... on a fait un album et demi, un maxi, on a eu un succès critique, on a fait pas mal de concerts, mais bon, ça n'a pas pris comme on voulait que ça prenne, et puis comme le chanteur peignait, il commençait à être pris de son côté. Tout ça m'a amené sur PYG.

EMPTY SPACES est composé des mêmes membres depuis le début ?

Oui, il y a eu un clavier qui est parti, et le premier bassiste est parti à La Réunion après un mois, mais sinon ce sont les mêmes, et ça fait maintenant six ans qu'on est ensemble.

Tu as été surpris du succès et des bonnes critiques unanimes sur ce premier album de PYG ?

Oui, complet ! Après, c'est toujours un peu hypocrite de dire ça, parce que tu ne fais pas un disque pour ne pas avoir de succès, mais j'ai été très agréablement surpris parce que je ne pensais pas qu'il y aurait d'aussi bons trucs aussi vite. Je suis très content oui.

Du coup ça change un peu tes objectifs du départ ?

Oui. C'est à dire que le « Projet Yvan Guillevic », je l'avais appelé comme ça pas du tout par mégalomanie comme certains l'ont écrit, mais parce que c'était un autre projet, mon projet perso,  où j'allais faire la musique qui « me » fait plaisir. Et puis ça faisait PYG. C'est Bernard Clemence, le bassiste, qui a trouvé le nom PYG. On a trouvé ça rigolo, ça faisait un clin d'oeil à PINK FLOYD, entre autres,... Ca s'est fait comme ça, en me disant qu'à côté je ferais peut-être autre chose, comme BBB,.... et puis du coup, comme ça a pris relativement vite quand même, j'ai tout de suite trouvé une maison de disques, Brennus, et tu te dis que des gens te suivent, et puis les chroniques arrivent tous les mois, toutes les semaines,.... tu te dis en fait qu'on ne va pas arrêter l'aventure là. Donc le « Projet Yvan Guillevic », ça reste quand même moi, un projet avec un tyran à sa tête, là par contre le leadership n'est absolument pas négociable, du tout, parce que je me suis aperçu avec mon expérience qu'un groupe c'est le bordel. Si tu ne sais pas où tu vas tu perds un temps fou.

Les autres membres ont des velléités de composition ?

Jean-No (Jean-Noël ROZE, claviers) m'a apporté la partie piano du début du « mother earth part 1 », j'ai trouvé ça super, je lui ai dit je prends et on co-signe le titre. Sur le deuxième il m'a amené quelques parties de synthés, j'ai dit je prends. John (John CHAUSSEPIED, guitare) me dit l'autre jour « j'ai écrit ça, je sais pas, deux accords... » J'en ai fait un morceau en dix minutes, je lui ai dit je prends... Donc je suis hyper ouvert la dessus, mais par contre je reste le timonier, je dis on fait ça ! Sinon tu n'as rien. Si on a autant de résultats aussi vite, c'est aussi à cause de ça. Avec les chanteurs je suis très directif aussi. Alors parfois en discute un petit peu sur d'éventuels arrangements, mais en général tout est écrit. Il n'y a pas beaucoup de place pour l'impro, par contre je leur demande d'amener leur truc. Je ne les bride pas en tant que musiciens, mais la base est faite. Il y a donc un leadership très fort, mais on s'entend tous bien, on ne s'est jamais réellement engueulé en six ans, c'est super. J'ai connu des groupes où c'est la guerre. C'est très important qu'on s'entende bien, et ça se voit sur scène en plus. C'est une petite famille qui s'est créée, donc PYG oui, j'espère qu'on ira loin. Et en plus le manager avec qui j'ai signé, il n'a signé que PYG. Il y croit.

L'objectif c'est de rester dans un style années 80 ?

Ce sont mes influences, mais je n'en ai pas fait le tour encore, donc dans le deuxième il y en aura d'autres. Alors tu vas trouver des trucs et tu vas me dire que ça fait un petit machin ou un petit bidule, et j'assumerai encore en disant oui, sûrement. Tu sais, il y en a qui diraient non, et seraient même vexés. Pas moi. Que ce soit conscient ou inconscient, car c'est souvent inconscient, tu me dis le chorus de « new stuff » on dirait Satriani, « Big bad moon » ? Ah ouais, merde, quand tu me l'as dit je l'ai réécouté, et c'est vrai, carrément, dans la construction, pas forcément dans les plans, mais avec la fin en tapping et tout...

C'est inconscient ?

Ah oui ! J'ai appris les albums de Satriani par cœur, le « surfing... » je l'ai joué à la note pendant très longtemps.

Ca peut être un reflexe ?

Oui, ca peut être du réflexe, mais pas plus que comme beaucoup de mecs qui pompent hendrix, mais alors d'une force atomique, ou Stevie Ray, et on leur dit moins quand même tu vois, c'est ça qui est surprenant. Comme quoi Satriani a une grosse image aussi. Parce que le nombre de mecs qui piquent Hendrix, moi je peux t'en citer... je ne vais pas te dire les noms sinon tu vas les marquer et je vais me faire tuer ! (rires) Tu as envie de leur dire, les mecs c'est gentil mais c'est le chorus de « crossroad traffic », c'est gentil, mais on leur dit rien à eux ! Et moi on me dit ! (rires) C'est pas du jeu... Mais tu avais raison, et quand je l'ai réécouté, c'était flagrant effectivement, mais pas quand tu l'enregistres tu vois.

Oui, et puis ce n'est pas note pour note non plus..

Ah non, ce n'est pas la même tonalité, ça n'a rien à voir, mais dans la démarche...bon en même temps, c'est un super solo ! C'est un compliment en fait ! (rires) Et je pense que ces influences, sur le prochain il y en aura encore, et peut-être que sur le troisième ou le quatrième PYG on aura un son qui sera peut-être complètement identifié. Je pense que tous les groupes sont passés par là. Mais parfois aussi, on se dit on va faire un truc dans le style de..... sans faire un plagiat. Pas faire comme AIRBOURNE qui après avoir composé un morceau réécoute tous les albums d'AC/DC, pour être sûr de pas avoir fait un plagiat !


Tu composes toujours avec la scène en tête ?

Je compose effectivement avec l'idée qu'on doit jouer les titres sur scène, d'ailleurs la nouvelle ballade que tu as entendue à l'Océanis au mois de janvier, je l'ai écrite car ça manquait pendant le set d'avoir un moment vraiment calme, sans tension. Le deuxième album restera un mix Hard Rock mélodique avec du Rock Progressif peut être plus sur des influences américaines qu'anglaises mais ça peut encore évoluer !!

Tu écoutes quoi aujourd'hui ?

En venant dans la voiture, j'avais un best of de DIO, mon dernier album acheté c'est BLACK COUNTRY COMMUNION. Hughes c'est énorme, j'adore Bonamassa, c'est inspiré hard rock 70 mais c'est génial, ça joue ! En général, j'essaie de ne pas écouter ce que je fais. En ce moment, avec FB tout ça, je me retrouve à écouter des trucs,... les vidéos que je poste, en ce moment j'ai mis du DEF LEPPARD, « let it go » ça m'éclate, ca me met de bonne humeur. Mais en ce moment je n’écoute pas de musique sérieusement. J'ai deux niveaux d’écoute de la musique. Parce que le problème quand tu es musicien, au bout d'un moment, avec un peu d'expérience, c'est que tout ce qui est joué, tu sais ce qui se passe. Moi je sais la grille, et même le solo souvent je peux à peu près le rejouer après l'avoir entendu. Les gens ne comprennent pas que c'est une écoute vachement différente. Je sais ce que fait le batteur, ce que fait le clavier, ce que fait le bassiste, ce que fait le chanteur, et je sais même la structure du morceau car en général on a des cadences, parfois tu es surpris tu es content, parfois tu n'es pas surpris et tu n'es pas content,..mais ça fait que tu n'as pas du tout la même écoute que plein de gens. Donc j'essaie d'avoir une écoute normale en ce moment. Je ne prends que l'émotion. J'essaie de ne pas me plonger dedans complètement, sinon je suis presque sûr que ça va s'entendre sur mon disque. PINK FLOYD ce n'est pas pareil, je les joue depuis tellement d'années, quand je vais sur leur terrain je le sais tout de suite, mais j'y vais quand même... Il y a beaucoup d'artistes qui n'aiment pas qu'on dise qu'ils se sont inspirés. Ils veulent qu'on croit qu'ils ont tout sorti de la cuisse de jupiter, qu'ils ont tout inventé,...

Mais quand on chronique, même si c'est souvent réducteur, il faut mentionner les inspirations qu'on perçoit pour guider les lecteurs...

Tu es obligé de le faire. Tu es « obligé » de le faire. Il faut accepter ça quand tu es artiste. Il faut accepter les étiquettes.

Mais d'un autre côté tu vas écouter tout un album, et mentionner des influences qui ne sont que furtives, trois quatre notes ici, un son là,....

Oui, ça m'est arrivé avec un mec qui m'a dit « ah, on croyait que c'était plus PINK FLOYD ! Ah on aime bien, hein ! »

Tu tournes avec BBB, PYG, EMPTY SPACES, sur une année, ca représente quoi en termes de concerts ?

Ca dépend des années. Pour l'instant j'ai une vingtaine de propositions, des plans possibles en angleterre,.... Mais le plus possible ! Ce qui m'intéresse, c'est jouer. En plus j'ai de la chance, depuis un an ou deux, on fait rarement des petits endroits. On fait que des salles, c'est vachement plaisant. On a gouté aux milliers de personnes, on a fait 7 ou 8000 personnes plusieurs fois. On adore ça. Ca se passe bien en plus.

Quel est l'apport de Facebook aujourd'hui pour un artiste ?

C'est incroyable. Si je n'avais pas internet en général, je n'aurais pas de promo. Pour un mec qui passe du temps dessus, qui doit prendre ce temps de toute façon parce que personne ne le fera pour lui, c'est un outil fabuleux. Maintenant si c'est pour mettre des photos de ta soirée de samedi ou ne raconter que des conneries, c'est pas très intéressant, c'est pour ça que je modère pas mal mon FB, en disant « calmez vous les enfants », parce que je sais que mon FB Yvan Guillevic, c'est Yvan Guillevic l'artiste. Il y a très peu de photos privées, mes photos privées c'est les répet ! Et il y a la page BBB et la page PYG aussi, et twitter... Myspace c'est mort. Ca a été un référent incroyable. Tu n'y étais pas, tu ne faisais pas de concerts. Les gens n'allaient plus sur ton site, ils allaient sur myspace. Mais FB c'est devenu une vitrine fabuleuse. Faut juste faire attention à ce que tu racontes, être méfiant. C'est ce que je dis à mes gars. Et puis si tu veux que les gens s'intéressent à toi, il faut s'intéresser un minimum aux gens. Et FB c'est aussi intéressant parce que ça te rappelle ça. Il n'y a plus le côté « on est un groupe, et il y a plein de fans devant toi, qui achètent tes disques, que tu ne vois jamais, sauf en concert derrière un cordon de sécurité ». Alors bien sûr tu vois des choses qui te font plaisir, d'autres un petit peu moins. Je suis plutôt chanceux sur mes trucs, mais c'est un super outil.

Ca permet aussi de voir la naissance et la progression du buzz sur ton album ? Au nombre de demandes d'amis, de commentaires, de visites...

Il y a différentes façons de s'en servir. Je pourrais être beaucoup plus technique sur le FB, tu sais avec les pages maintenant tu as les statistiques, alors je ne te cache pas que je regarde quand même ce qu'ils font sur le mur, pour simplement me dire, tiens, le fait de mettre une vidéo fonctionne mieux que de mettre dix photos, et puis ça dépend du titre, et tout ça, mais je ne veux pas non plus tomber totalement dans le commercial d'un FB qui serait quand même un peu chiant.

Tu en es où aujourd'hui dans tes différents projets ?

Pour BBB les concerts commencent à bien rentrer pour cet été, principalement en Bretagne et aussi ce concert à Agde le 18 août. Je pense écrire 3/4 titres pour ce projet en plus de "Green Eyes" qui était sur le cd de GROOVYTHINGZ et qui fonctionne bien en live. Sinon on se fait plaisir sur du SRV, du Gary Moore, du Jeff Beck, etc... ce genre de répertoire rock blues plutôt moderne.

Pour EMPTY SPACES, le concert initialement programmé en avril se retrouve programmé en Juillet sur Concarneau et on est en train de monter une tournée pour la fin de cette année et des concerts sont déjà planifiés pour 2013.

Quant à PYG, je suis sur le deuxième album, je prends mon temps pour ne pas me précipiter dans l'enthousiasme et oublier le recul nécessaire et surtout pour préparer une "vraie" sortie avec promo et monter une tournée. Concernant les futurs concerts on sera avec SHADYON au Vauban à Brest le 3 mai, le festival du saumon le 08 Juillet à PONT-SCORFF (56), et d'autres dates sont encore en négociations y compris en 2013 mais tu sais que je ne donne pas d'infos tant que c'est pas signé ;-)

Pour finir, tu peux nous donner ta playlist du moment ?

Alors, ce serait :
VAN HALEN « I »
PINK FLOYD « Wish you were here »
Stevie Ray Vaughan « In step » 
Jeff Beck « guitar shop »
IRON MAIDEN « The number of the beast »

Merci Yvan !

Retrouvez les différents projets d'Yvan Guillevic sur Facebook, en cliquant sur les groupes suivants :
PYG / FB - SITE
BBB / FB  -  SITE
EMPTY SPACES / FB

jeudi 23 février 2012

PAIN OF SALVATION @ Paris (Le Divan du Monde) - 18•02•2012 [live report]

En ce samedi frisquet et humide, le Divan du Monde accueille pour la première de ses deux dates françaises (le groupe joue le lendemain à Toulouse), les suédois de PAIN OF SALVATION. Il s'agit de la septième date de cette tournée européenne qui voit un groupe remanié à 60% défendre enfin en tête d'affiche l'excellent « Road Salt two » sorti en septembre dernier (chronique ici). Les dernières prestations du groupe dans notre pays ont été en demi-teinte, que ce soit au Hellfest 2011, ou en octobre en première partie d'OPETH. De même, le dernier concert immortalisé sur DVD, « Ending Themes (on the two deaths of Pain of Salvation) », enregistré avant la sortie des deux volumes de « Road Salt », n'avait pas été réellement enthousiasmant, la faute à une trop grande nonchalance sur scène et une setlist orientée vers les pièces les plus progressives et techniques du répertoire, au détriment de morceaux plus metal ou énergiques. Aussi c'est avec beaucoup d'interrogations (et surtout d'espoir, tant la discographie de PoS a de quoi enchanter les metalleux les plus exigeants) que nous rejoignons la foule massée sur le trottoir devant la salle, pour ce concert annoncé comme complet depuis plusieurs jours.


Dans la moiteur naissante de la petite salle du Divan, les premiers arrivés se massent devant la scène où CRYPTEX s'est installé « comme à la maison » sur la petite surface laissée libre entre le matériel bâché de PAIN OF SALVATION. Les premiers accords de ce trio allemand recroquevillé sur lui-même et la voix chaude de son souriant chanteur/clavier, Simon Moskon, résonnent immédiatement comme une révélation. Musique organique typée seventies, dynamisme, entrain, charisme..... tout concourt à transformer ce groupe jusqu'alors inconnu et auteur d'un seul album, d'un statut de chauffeur de salle à celui d'évidence. Avec un batteur en retrait, un guitariste cravaté et taciturne, et un véritable showman (en kilt, lui), bateleur, sautant d'un micro à l'autre pour changer d'instrument, discutant avec la foule comme s'il s'agissait de ses amis, les yeux pétillants d'étoiles, CRYPTEX délivre le temps d'une douzaine de titres une prestation que l'on peut qualifier de progressive folk-rock, qui emporte l'adhésion générale. Il est rare de trouver une telle adéquation entre la première partie et la tête d'affiche. CRYPTEX l'a fait, avec une joie de jouer communicative. Grosse pêche. Enorme banane. Moskon sait que son groupe a assuré, et dans un dernier clin d'oeil il quitte la scène en invitant les spectateurs à dépenser sur son stand merchandising car « il a des frais » ! Un groupe à suivre, et à revoir rapidement ! Entre les rideaux fauve qui entourent la scène du Divan et les masques africains ornant les balcons boisés de la salle, ce groupe a donné un côté cabaret sauvage à ce début de soirée.


Le Divan du Monde est désormais complet et la chaleur continue à monter. Les lumières se sont rallumées et la sono diffuse une musique d'ambiance d'un éclectisme qui fait le grand écart entre Robbie Williams et une version jazzy de « Let the sunshine in », en passant par FAITH NO MORE.






Il est 20 heures quand une chanson que l'on devine être en suédois cède le pas dans la pénombre aux premières mesures du « Road Salt Theme ». La foule exulte et le groupe qui envahit la (petite) scène reçoit une ovation tonitruante. La salle est comble de fans. D'ailleurs, la plupart chanteront pendant les deux heures qui vont suivre. La première incertitude concerne les nouveaux membres, puisqu'aux cotés de Daniel Gildenlöw (chant/guitare), seul notre compatriote Léo Margarit (Batterie) a conservé son poste au sein du groupe depuis la fin d'année. Il est étonnant d'ailleurs que le groupe assure la promotion des deux « Road Salt », dont les pochettes supportent les visages de membres dont la moitié ne sont pas sur scène ce soir (mais pourtant bien sur le merchandising vendu au stand dans la salle). Le visuel du groupe devait notamment beaucoup au look décalé du blond Johan Hallgren et ses célèbres dreadlocks, guitariste/chanteur au sein de PAIN OF SALVATION depuis 13 ans. Désormais, les claviers sont tenus par Daniel “D2” Karlsson, précédemment bassiste live du groupe. La guitare et le chant additionnel ont été confiés à l'Islandais Ragnar Zolberg, et on assiste au retour à la basse de Gustaf Hielm (déjà présent au sein du groupe entre 92 et 94, et ex-MESHUGGAH).


Si Karlsson est positionné en retrait, au fond de la scène, le devant de celle-ci est occupé de gauche à droite par Hielm, Gildenlöw, Zolberg et Margarit, formant une ligne de front face au public. Et pour signifier que le nouveau PAIN OF SALVATION est là pour de bon et n'a rien à envier à ses ainés, le groupe débute par « Softly she cries » extrait du dernier album qui met tout de suite en avant le nouveau chanteur/guitariste, avec lequel Daniel Gildenlöw partage le chant. Le ton est donné.


Ce line-up rajeuni est talentueux et rageur. Zolberg joue et chante avec un investissement et un talent qui impressionnent ! Tous les doutes sont levés en un seul morceau. Le groupe enchaîne sur un « Ashes » qui rassure définitivement : la soirée sera metal plus que progressive. Il y a des concerts où l'on ressent tout de suite la tournure des événements, et en deux morceaux PAIN OF SALVATION a sorti deux bonnes pioches incitant au headbanging ! « Linoleum » surgit alors, et permet à Gildenlöw de commencer son show. Il fait crier le public entre chaque riff, et pointe du doigt une spectatrice sur la droite de la salle qui serait la seule à sourire en se bouchant les oreilles au lieu de crier, ce qui ne manque pas de le surprendre, car d'habitude « les filles aiment crier, surtout les françaises ! Surtout ici ! A Paris, la city of light ! », dit-il avec ce petit sourire en coin, ravi de sa sortie. PAIN OF SALVATION aligne avec bonheur et énergie les extraits de ses deux derniers albums (« The deeper cut », « 1979 », « To the shoreline ») puis livre une version atomique de « Chain Sling » sur laquelle Zolberg (le captain Sparrow blond, comme le présente Gildenlöw) délivre une prestation bluffante tant au chant qu'à la guitare. Le groupe croule sous la chaleur. Alors que la sueur coule à grosses gouttes de la main gauche de Hielm, la chemise en jean de Gildenlöw devient de plus en plus moulante, ce qui fait crier à quelques spectateurs « take it off !! ». Léo Margarit le répête à Gildenlöw, qui avait fait semblant de ne pas entendre ni comprendre, et qui révèle qu'il n'a joué qu'une seule fois torse nu......de toute sa vie ! On ressent sur scène une grande connivence entre Gildenlöw et son batteur, lesquels se vannent à froid en permanence. Ils ne ratent pas une occasion de détendre l’atmosphère entre chaque morceau, pour mieux faire ensuite replonger la salle dans la noirceur des thèmes développés dans le répertoire du groupe, dont huit titres seront extraits des deux « Road Salt », alors que les sept autres seront autant de pièces maîtresses, de classiques,...donnant à la soirée des allures de Best Of imparable (Notamment « Ending Themes », « The perfect element », « Kingdom of loss ».... entourant « Stress » sorti du passé lointain, et un magnifique « Enter Rain » jamais joué avant cette tournée et sur lequel le groupe se reprendra par trois fois).






Le côté metal est réellement privilégié, Gildenlöw, bondissant, déchaîné, ne s'affranchissant de sa guitare que sur deux titres (« Kingdom of loss », et « Sisters »). Tous les prétextes sont bons pour discuter avec le public. Que ce soit pour plaisanter sur son « doigté » avec les filles, qui générera un petit cri de sa part lorsqu'il replacera la sangle de sa guitare, pour rendre hommage au fanclub « Inside the pain », constitué il y a tout juste dix ans ce jour par des français lors d'un concert de PoS à Barcelone auquel assistait Léo Margarit, pour jouer quelques notes de « Disco Queen » afin de satisfaire la demande d'une fan (alors qu'il venait de demander si l'on était prêt à entendre du Rock), ou bien encore pour prendre à partie ce « type au bar avec l'accent anglais » qui n'arrête pas de crier qu'il n'y aura pas de « fucking curfew » ce soir.... On ne peut que lui reconnaître un réel talent pour se mettre en toute simplicité le public (très réactif) dans la poche. Les rires fusent en permanence entre les morceaux.


Vient le moment du rappel, alors que « Healing now » n'a pas été joué ce soir. Le groupe revient sur scène en ayant échangé leurs instruments. Gildenlöw s'est installé à la batterie, Hielm à la guitare, Karlsson à la basse, et Zolberg s'empare du micro. Gildenlöw déclare qu'ils vont jouer un morceau d'un groupe qui n'est pas trop connu en France, d'après ce que lui a dit Léo. Le groupe se lance dans une version vitaminée du « Black Diamond » de KISS ! Léo Margarit reprend ensuite sa place en se plaignant que, comme d'habitude, Daniel a tout cassé ! Ils en plaisantent ensemble, et les regards ne trompent pas, ces deux-la s'entendent comme larrons en foire.


Gildenlöw réclame en français à son technicien « la fretless » qu'il avait utilisée sur « Enter Rain » et démarre un « The Physics of Gridlock » interprété de façon majestueuse jusqu'à son final en français, avant de terminer sur un émouvant « Sisters », laissant le public abasourdi.


Groupe charismatique, complicité avec le public, setlist de rêve, son excellent,... la soirée fut exceptionnelle ! Le public radieux et en nage est sous le choc quand se rallument les lumières à 22 heures.


Pour ma part, je ne pouvais rêver mieux que ce subtil mélange entre les moments forts des deux « Road Salt » et ces classiques ambitieux qui font à mes yeux de ce groupe le chaînon manquant entre FAITH NO MORE et QUEENSRYCHE. Quelle soirée ! Quel groupe ! Quel Gildenlöw !


Remerciements à Fred de Garmonbozia Inc.


(Photographies par Christophe Claude....et bien d'autres à retrouver sur son blog, ici !)


SETLIST


1. Softly She Cries
2. Ashes
3. Linoleum
4. The Deeper Cut
5. 1979
6. To the Shoreline
7. Chain Sling
8. Ending Theme
9. The Perfect Element
10. Stress
11. Kingdom of Loss
12. No Way
13. Enter Rain


Rappel :
14. Black Diamond
15. The Physics of Gridlock
16. Sisters


    mardi 7 février 2012

    MASTODON @ Paris (Le Bataclan) - 20•01•2012 [live report]

    Fort d'un surprenant album particulièrement léché ayant trusté la plupart des référendums 2011 ("The Hunter"), MASTODON s'est lancé dans une tournée européenne le 11 janvier 2012 qui faisait étape le 20 à Paris, au Bataclan, pour son unique date française.

    Moins épique, plus formaté, mieux dompté, ce nouvel opus portait en lui les défauts de ses qualités, mais la possibilité de voir le groupe le défendre sur scène avait piqué notre curiosité.

    Pour des raisons sur lesquelles nous aurons l'intelligence de ne pas revenir, le chemin vers le Bataclan ne fut pas simple. Mais déterminés nous sommes, et bien nous prit de nous démener jusqu'à la dernière minute pour assister au show d'un groupe que nous soutenons depuis longtemps déjà, et qui mérite amplement que l'on continue à se battre pour le soutenir. Le spectacle qui nous attendait allait justifier notre abnégation.

    RED FANG avaient pour mission de chauffer la salle, et c'est Leonor Ananké, transportée par leur prestation, qui vous la raconte avec enthousiasme sur son blog .

    La barre fut placée haute et MASTODON allait devoir lutter pour affirmer son statut de star du jour.


    Et il ne fallait pas rater le départ de ce rollercoaster inarrêtable qui démarre sur les chapeaux de roues avec un "Dry Bone Valley" issu du dernier album. Le show est rodé et le groupe enchaîne les titres d'une setlist immuable soir après soir, sans prendre le temps de respirer ni de communiquer avec la salle. Qu'à cela ne tienne, la performance est hypnotisante. Des lights austères, un simple backdrop reprenant la pochette de "The Hunter", des musiciens sobrement habillés de noir (on remarquera le t-shirt des MELVINS porté par Brent Hinds)... la musique, rien que la musique !

    Brent Hinds occupe le côté gauche de la scène sous ses allures de Barbe-Rousse hyper concentré et torturé, alors que Bill Kelliher en occupe plus discrètement le côté opposé ciselant méticuleusement ses riffs. Tous deux entourent le bassiste et principal chanteur Troy Sanders, dont le moins qu'on puisse dire est que chez L'Oréal "il ne le vaudrait pas bien". Brann Dailor restera quant à lui caché derrière sa batterie customisée aux couleurs de Randy Rhoads la quasi-totalité de la soirée.

    Une soirée riche de plusieurs enseignements.

    Tout d'abord, elle consacre le groupe dont la popularité est ici révélée de manière indiscutable. Le Bataclan, plein comme un oeuf, est entièrement dévoué à sa cause. Du premier rang de la fosse aux balcons, les paroles sont reprises en choeur, les têtes headbangent à l'unisson, les bras se lèvent au même rythme. La communion est totale. Pas de touristes dans la salle ce soir !

    Le deuxième enseignement est musical. Outre neuf titres extraits de 'The Hunter", le groupe joue quatorze autres titres issus des quatre précédents albums. Si le groupe n'a jamais caché ses influences sludge ou hard rock, il n'a jamais enchainé deux albums identiques, puisant son inspiration dans des styles aussi différents que la NWOBHM, le thrash, le stoner, voir même le prog metal sur son dernier né, pour donner à chacun une couleur distincte. Loin de représenter une évolution, il s'agit d'une expression des nombreuses facettes de MASTODON et le panachage présenté ce soir est d'une rare cohérence. Il faut se rendre à l'évidence : la musique de MASTODON est d'une grande richesse et le show captivant !

    L'énergie prime et jamais la tension ne retombe. Le groupe varie les ambiances, et régulièrement les titres joués déchainent des pogos dans une fosse survoltée. Le Bataclan est réputé pour sa chaleur moite et ce soir de janvier, la sueur perle sur tous les corps ! Témoignage de l'énergie distillée par MASTODON, il ne faut pas plus d'1h45 au groupe pour délivrer les 23 titres dont les versions studio cumulées dépassent allègrement les deux heures ! Couvre-feu oblige, le rappel est joué sans que le groupe ne quitte la scène, alors que les membres de RED FANG viennent donner de la voix sur le vraiment curieux "Creature lives".

    Si l'on regrettera quand même au terme de cette excellente soirée l'absence de véritable frontman charismatique qui aurait pu haranguer la foule et la tenir dans sa main sans jamais relâcher son emprise, on retiendra surtout que MASTODON est en passe de devenir une valeur incontournable du metal, un poids lourd doté d'une véritable identité et d'un son unique d'une efficacité redoutable. Le genre de groupe qu'on ne peut que respecter, et qui s'avère capable de jouer plus de vingt titres sans lasser une seconde, en un mot, un GRAND.

    Les absents ont eu tort ce soir.

    Pour ma part, à jamais restera gravé dans ma mémoire ce fan qui se tenait à mes côtés et réclama en hurlant pendant tout le concert "Bloude end Tander". Heureusement, il obtint satisfaction à quelques minutes de la fin !

    Comme l'ensemble de l'assistance, il repartit le sourire aux lèvres.

    (Merci à Leo pour ses photographies !)

    SETLIST :
    1. Dry Bone Valley
    2. Black Tongue
    3. Crystal Skull
    4. I Am Ahab
    5. Capillarian Crest
    6. Colony of Birchmen
    7. Megalodon
    8. Thickening
    9. Blasteroid
    10. Sleeping Giant
    11. Ghost of Karelia
    12. All the Heavy Lifting
    13. Spectrelight
    14. Curl of the Burl
    15. Bedazzled Fingernails
    16. Circle of Cysquatch
    17. Aqua Dementia
    18. Crack the Skye
    19. Where Strides the Behemoth
    20. Iron Tusk
    21. March of the Fire Ants
    22. Blood and Thunder
    23. Creature Lives

    dimanche 22 janvier 2012

    PYG @ Ploemeur (l'Oceanis) - 21•01•2012 [live report]

    C'est sur ses terres, à PLOEMEUR dans le Morbihan, que le Projet Yvan Guillevic (PYG) donne ce samedi son premier concert pour défendre "End of the World", son premier album sorti il y a un peu plus de six mois (chronique ici).

    Si le groupe est rompu à la scène, ses membres oeuvrant pour la plupart dans EMPTY SPACES, populaire tribute band au Floyd, ainsi que dans le BBB, tribute band à Gary Moore, Yvan GUILLEVIC nous apprend à notre arrivée que les événements se sont ligués contre PYG durant les répétitions. En effet, c'est toute la section rythmique du groupe qui est absente ce soir ! Bernard Clémence (basse), bien que présent, porte un plâtre au bras droit, alors que le batteur Julien Oukidja est depuis 48h au fond de son lit terrassé par une forte fièvre ! C'est donc dans une configuration inédite que le groupe se présente ce soir, avec Florent Tabouret à la basse, et Patrick Boileau à la batterie. Ce dernier, recruté 48h plus tôt sur les conseils de Pat O'May, a donc appris plus d'une quinzaine de titres en deux jours. On imagine fort bien la tension montant dans les minutes précédant le concert, alors que CIRCUS VOLTAIRE, jeune quatuor vannetais, chauffe la salle avec ses compositions teintées grunge et la fougue de la jeunesse.

    Courte pause, et les quelques centaines de spectateurs présents se massent devant la scène pour fêter l'arrivée des héros de la soirée. PYG est en terrain de connaissance et le public lui est acquis. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Car PYG est composé de professionnels ultra-performants, tous mus par la même passion, et soudés autour d'Yvan et son projet. Les conditions sont idéales. Yvan n'est pas homme à supporter l'approximation. Le groupe a travaillé dur et ça s'entend. Dès les premières mesures de "Prisoners of a world", avec un son puissant et cristallin, des lumières sophistiquées, des sourires sur le visage des musiciens, il ne fait aucun doute que la soirée va être somptueuse. 

    Si l'album "End of the World'" avait séduit par ses sonorités et influences 80's assumées, la production manquait d'un peu de niaque et de guitares rythmiques, et les parties de chants étaient un poil trop appliquées pour les oreilles de votre serviteur. Ces trois légères "déceptions' sont balayées sur scène de manière époustouflante ! La présence d'un second guitariste en la personne de John Chaussepied, et l'énergie et le talent de Morgan Marlet et Nelly Le Quilliec qui se partagent le chant, transcendent l'ensemble. Ce sont ces deux derniers qui impressionnent le plus, se révélant de véritables contrepoids à la guitare d'Yvan, toujours aussi inspirée et ébouriffante. 

    Baigné dans les synthés atmosphériques de Jean-Noël Rozé, sorte de man in black surplombant la scène, le groupe déroule avec une conviction évidente l'intégralité de "End of the World", dans des ambiances tour à tour Floydiennes ou Queensrÿchiennes, sous des lights élaborées.

    Deux podiums de part et d'autre de l'avant de la scène accueillent à tour de rôle les deux guitaristes et les deux chanteurs.

    La mise en scène est réglée comme du papier à rock-music, et seul Yvan Guillevic peine à s'écarter de la batterie distillant par des gestes occultes quelques savantes indications à son batteur d'un jour. Sept musiciens, ça meuble !

    La soirée passe à vitesse grand V et l'épreuve du live magnifie les morceaux. Le groupe est en cours d'écriture du second album, et trois nouveaux titres sont livrés au cours du set. Un premier nappé de synthés au refrain accrocheur ("We live, we die"), un second au gros son rock sur lequel plane l'ombre de Billy Idol ("Hey Woman !"), et enfin la ballade qui manquait à l'arsenal de PYG, s'étirant en un long solo que n'aurait probablement pas renié Gary Moore.

    Nelly et Morgan mettent le feu, se soutenant vocalement l'un l'autre, ou s'affirmant en solo alternativement dans des prouesses vertigineuses, avec une puissance et une justesse qui forcent le respect et l'admiration. Bluffant !

    Alors que l'intégralité des morceaux de PYG a été joué, Pink Floyd toujours tapi en embuscade, le groupe se lance dans une longue version majestueuse de "Comfortably Numb".

    Le public est sous le choc. Le groupe aussi, heureux de ce pari gagné, et sort de scène radieux et ravi.....avant de se rendre compte qu'il a oublié de jouer "New hope", le dernier morceau de "End of the world" !

    Il revient donc sur scène quelques secondes après l'avoir désertée et alors même que la poussière n'a pas eu le temps de se déposer au sol,.... et termine en beauté cette soirée en enchaînant à ce nouvel espoir, une version classieuse de "Another brick in the wall pt 2". 


    Quelle excellente soirée, avec un groupe qui pourtant n'a fait qu'un album et commis aucun tube ! Une tournée devrait suivre dans les prochains mois, un peu partout en France.


    Nous ne saurions trop vous recommander de suivre l'affaire de près, tant ce mélange de métal et rock mélodique estampillé 80's, la guitare envoutante, le chant mixte  puissant, le professionnalisme efficace et la passion contagieuse de PYG vous procureront deux heures de bonheur !

    A Ploemeur, samedi, la fête était totale.


    (et un grand merci à Alain Boccou qui nous a fourni ces quelques témoignages photographiques pris sur le vif)