Quoi qu'on puisse objectivement en
penser, GUNS N' ROSES est parvenu en peu d'années et encore moins
d'albums au Panthéon de la musique rock à tendance hard. Le dernier
des dinosaures avant la déferlante grunge. The bigger they are, the
harder they fall, dit l'adage populaire. Adage vérifié, une fois
encore. On connaît l'histoire.
Qu'en reste-t-il vingt ans plus tard ?
Axl a gardé le nom et tourne avec un
groupe à géométrie variable.
Slash s'est lancé récemment dans une
carrière solo sous son nom, après avoir transité de snakepit en
armes de poing veloutées. Mais pris à son propre jeu, et parce
qu'il a bien su s'entourer, il a sorti un deuxième album sous le nom
de Slash « et » Myles Kennedy « et » les Conspirators. Une
transposition rock de la pyramide sociale en quelque sorte.
Les esthètes du rock se gaussent des
prestations du grand barnum d'Axl et encensent les sorties de Slash.
Paradoxalement, c'est Axl qui remplit les plus grandes salles.
Les deux groupes se sont produits deux
fois dans notre pays cette année. Au Hellfest (en tête d'affiche le
samedi pour Axl, en début de soirée le dimanche pour Slash), puis à
Paris (à Bercy pour Axl, au Zénith pour Slash). La messe semble
dite. Et pourtant, l'un des deux serait-il plus fondé que l'autre à
prétendre assumer l'héritage des GUNS ?
Au vu des prestations des deux groupes
au Hellfest 2012, la réponse m'était apparue évidente. Axl avait
fait le show à force de pyrotechnie, de lumières éblouissantes,
d'une scénographie over-the-top, et de vidéos...déstabilisantes,
tandis que Slash par la sobriété de son show fondamentalement rock
avait assuré l'essentiel, la musique, et emporté le combat par K.O.
C'est donc avec plaisir que je me suis
rendu au Zénith le 20 octobre dernier, pour assister à un show
complet et confirmer ma première impression.
Hélas, assez rapidement, alors que
j'entendais Slash enchaîner les titres et le voyais promener ses
doigts sur son manche avec le charisme et l'émotion d'un Lance
Armstrong gravissant les cols de France, je me suis mis à me
remémorer les concerts des GUNS auxquels j'avais eu la chance
d'assister il y a deux décennies de cela, à une époque où le
groupe avait pourtant déjà quitté son statut de garage-band
punk-rock.
Une époque où les GUNS N' ROSES
devaient leur réputation non seulement aux frasques du rouquin qui
arpentait à l'heure qu'il souhaitait (déjà) la scène dans son
cycliste moule-sexe, mais également à la vie dissolue et l'attitude
« rebelle » du maigrissime guitariste chapeauté et imbibé,
l'éternelle clope vissée au bec (et les autres membres n'étaient
pas en reste). Si les caractères s'opposaient, l'expression musicale
du groupe devait autant à la guitare de l'un qu'au piano et la voix
de l'autre. Toujours sur le fil du rasoir.
Car les GUNS, c'était plus que de la
musique. C'était une attitude. Or que sont nos rockers devenus ? Axl
pour le moins ventripotent et essoufflé, parsemant ses shows de
longs soli lui permettant de fuir sans cesse en loge chercher
l'oxygène qui lui fait défaut... Slash clean et bodybuildé,
inondant l'espace sonore d'un flot ininterrompu de notes deux heure
durant.... Les deux hommes ont tiré sur la corde, mais ils sont
toujours là et se livrent, consciemment ou pas, un combat à
distance.
J'ai passé un bon moment au concert de
SLASH. Le groupe qui l'accompagne apparaît soudé, et assure
véritablement, avec un plaisir non feint. Mais aseptisé aussi. Et
Myles Kennedy.... Ah Myles.... Que pourrais-je trouver à redire sur
ce chanteur qui ne m'attire les foudres de ses fan(e)s (à commencer
par celle qui me menace du regard alors que j'écris ces lignes) ?
Mais il est quand même stupéfiant,
sans mauvais jeu de mot, de voir un groupe se donner deux heures
durant, tenu à bout de bras, dominé, par un seul homme, dont la
réputation et les hauts faits remontent à une époque où il
n'était que le faire-valoir (et vice-versa) d'un Axl imprévisible
(et vice-versa).
Times, they are a-changin', disait le
poète.
Slash, ultime rocker rebelle ?
Certainement pas. Quand bien même reprend-il à la perfection,
peut-être trop parfaitement même, quelques titres des GUNS (six ce
jour, tous issus d' « Appetite For Destruction »), le plaisir, même
s'il est réel, n'est plus magique.
Alors, les GUNS aujourd'hui ?
Un souvenir.
Visitez le blog de Christophe Claude pour toutes les photographies de ce concert !

