mardi 9 juillet 2013

Christian "Zouille" Augustin (SORTILEGE) [interview]



Parmi les groupes de metal hexagonaux des années 80, SORTILEGE a occupé une place à part. Jamais signé par une major française, le groupe le plus influencé par le metal anglo-saxon de cette époque (IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST) a joui d'un fort coefficient sympathie de la part du public, et produit un mini et deux albums qui ont marqué toute une génération, pour finalement acquérir le statut de groupe culte. Malheureusement, il disparaîtra subitement, laissant quantité de regrets. Récemment, son chanteur emblématique, "Zouille", a réenregistré quelques titres avec Renaud "SATAN JOKERS" Hantson, laissant pantois certains fans, tout en réjouissant les autres. Nous nous sommes longuement entretenus avec Zouille. Nous avons rencontré un homme particulièrement lucide, portant un regard franc et posé sur sa carrière, et qui sans animosité ni regrets n'a pas hésité à se livrer, sans chercher à créer une quelconque polémique. Une belle rencontre, émouvante et instructive. Respect.





Christian, j’ai envie de commencer par une question toute bête : que représente pour toi aujourd’hui SORTILEGE ?
En toute honnêteté, ca ne représente plus rien, j’ai complètement tourné la page. De temps en temps, oui, on m’envoie un petit message, ou je vois ça sur facebook, mais depuis pas mal de temps déjà j’ai tourné la page. Pour moi, ça ne représente plus rien.

Pour les fans, le groupe a continué à vivre au travers des albums. Mais pour toi, tout s'est arrêté le jour du split, en 1986 ?
Oui. A partir du moment où j’ai stoppé le chant avec SORTILEGE, j’ai déjà tourné la page. Après le dernier concert qu’on ait fait (un concert d’adieu quelque part, je ne me souviens même plus où c’était), j’ai dit « Stop, j’arrête ». J’ai alors fait quelques trucs avec Renaud Hantson, et puis d'autres avec un autre groupe dans un genre un petit peu particulier, ce qu’on appelait à l’époque le rock hard FM, et je me suis fourvoyé la dedans. Ca ne fonctionnait pas, ce n’était pas ça que je voulais faire. Et puis j’étais un petit peu écœuré de tout ça, ça ne me plaisait plus… Le système musical français ne me plaisait plus. Je n’avais plus réellement envie de faire ça. Donc après j’ai fait du Gospel, pendant une dizaine d’années. Il y avait toujours cette puissance de musique et de chant dans le Gospel que j’avais dans le hard-rock, avec SORTILEGE, et j’ai découvert des choses extraordinaires, et puis après j’en ai eu marre. J’ai dit stop, j’arrête de chanter. Je n'ai plus envie. Voila.



Tu as arrêté carrément ?
Oui, oui, j’ai tout arrêté. Et puis après Renaud m’a tanné à nouveau pour faire un truc, donc on a fait le concert en Allemagne (au « Keep it true festival » en 2011 - ndr), mais au préalable il a fallu que je refasse les morceaux pour les tonalités, pour les musiciens, etc,… et c’était tellement bien enregistré que Renaud a dit « faut surtout pas qu’on laisse ça comme ça, faut qu’on en fasse un album…». Moi, je n’étais pas pour le sortir, je lui ai dit que je m'en foutais, qu’il sorte ou qu’il ne sorte pas,… c’était une maquette, et puis ça ne me disait rien de le sortir en fait. Je m’en foutais. Et Renaud a dit « Si si !»!
Ce retour sur SORTILEGE, c’était plus pour rendre service ou faire plaisir à Renaud, ou tu avais également une envie de chanter à nouveau ce répertoire ?
Ah non non, moi je ne voulais le faire qu’une seule fois, pour le festival qu’on a fait en Allemagne. J’ai fait ça par amitié, pas pour Renaud parce que Renaud m’a poussé un peu à le faire, mais c’était pour Holger (Geinitz – ndr) qui est le producteur du truc qu’on a fait là-bas, et il était tellement fan, et tellement gentil, que j’ai été conquis par le truc,… et puis Renaud,.. Renaud m’a poussé aussi en me disant « ça serait super qu’on fasse un truc ensemble, on n’a jamais fait de scène ensemble,…», bon, et puis voila. Par amitié pour les deux, j’ai dit ok. Et puis….. Renaud a voulu sortir l’album à la suite de ça, bon… c’est très bien, hein, mais moi je n’étais pas pour, parce que je voulais arrêter complètement tu vois, tout ce show biz, etc,… mais Renaud voulait absolument le faire. Je lui ai dit « écoute, moi je ne fais rien, c’est toi qui prends la décision, tu le sors, tu le produis, tu fais ce que tu veux,...» et il l’a fait.
On va y revenir, mais si tu veux bien j’ai quelques questions concernant SORTILEGE. Au début des années 80, il y a eu une véritable génération ENFER mag, METAL ATTACK, etc,… les lecteurs répondaient présents, les groupes hexagonaux surgissaient de partout, on avait l’impression à l’époque que le hard rock était une trainée de poudre, et puis au final on a plutôt connu un feu de paille. Rétrospectivement, on se rend compte que ça s’est arrêté aussi vite que ça avait commencé. C’est quelque chose dont vous aviez conscience à ce moment ?
Non, pas vraiment. On l’a découvert un peu sur le tard, parce qu’au départ il y avait tellement de magazines, tu sais, ça fleurissait comme les groupes (rires). Il y avait un groupe qui sortait... Hop ! Un magazine arrivait ! Pratiquement (rires). Et il y avait deux ou trois magazines qui tenaient le pavé, qui étaient « importants », et nous, on s’est retrouvé comme des stars, avec des unes de couv, des posters à l’intérieur, on s’est dit « putain, c’est génial, c’est que ça fonctionne » ! Mais on a été pris à notre propre jeu. C’est pas qu’on s’est pris la grosse tête, mais on s’est pris un peu pour des stars, et on a vite déchanté. On a fait un festival avec plusieurs groupes, tu sais, on est parti en tournée il y a avait trois quatre groupes, SATAN JOKERS et d’autres, je ne me rappelle plus exactement. On s’est retrouvé dans une ville dans le nord de la France, et il y avait quoi, à peine dix péquins alors qu’on était quand même quatre cinq groupes les plus côtés de l’époque en France. On s’est retrouvé avec quatre cinq groupes face à une dizaine de personnes, il y avait tellement peu de monde que les musiciens des autres groupes allaient dans la salle pour applaudir le groupe qui passait (rires). Et là, après, à table le soir, on s’est dit bon, les mecs, on arrête là. On n’est pas des stars, ça ne fonctionne pas, il faut arrêter de se la péter, de jouer les stars,… et puis en fin de compte je pense que c’était plutôt nos managers qui entretenaient cette guéguerre entre nous, tu vois. C’est là que j’ai vraiment rencontré Renaud, que je l’ai découvert, on a parlé à bâtons rompus toute la nuit, et puis on s’est dit que oui, effectivement, le hard rock ça ne marche pas en France, on arrête de rentrer dans ce star system, de se la péter, tout ça, et à partir de ce moment là ça a commencé à déconner… mais c’est vrai qu’il n’y avait pas assez de public, ce n’était pas jouable à l’époque ce truc là.
C’était plus un phénomène de mode ?
Oui, c’est ça, je pense que ça devait être un phénomène de mode, et puis ça marchait bien. Ce qui drainait tout ça, c’était le hard anglo-saxon, on pompait la dessus, mais on était vraiment la fin de la queue de la comète ! Le reste de la poussière de comète ! On a profité de ça, mais il ne faut pas non plus cracher dessus, parce que c’était vraiment un moment très sympa pour le hard. C’était je pense les meilleures années pour le hard rock français.
Comme tu dis, les groupes français sont arrivés sur le tard, à un moment où le hard a beaucoup évolué, notamment au début des années 80 avec le hard FM, et certains groupes français ont pris le train en marche et modifié leur style alors qu’à la différence des groupes étrangers ils n’avaient pas pris le temps d’asseoir leur notoriété ou de forger une identité propre.
Oui, ben, c’était du pompage, on recopiait ce qu’on avait entendu. On n’était vraiment pas très originaux.
Et pourtant à l’époque les radios libres venaient de naître, et diffusaient les groupes de hard rock nationaux.
Bien sûr. C’est pour ça entre la presse papier et les radios, ça nous montait un petit peu en épingle. On y croyait. On entendait nos morceaux en voiture, chez le marchand de journaux tu voyais ta tronche en couverture.. donc tu vois, on y croyait. On pensait vraiment que ça allait fonctionner. Mais derrière, le marché du disque était en totale déroute. Disons qu’on ne vendait pas beaucoup. Vraiment pas par rapport aux autres groupes anglo saxons.
Sans compter les difficultés également pour trouver un label en France…
Voila, les labels français étaient inexistants, et c’est pour ça qu’on a été signé outre-rhin pour pouvoir sortir quelque chose, parce que les labels français…. Ou alors, ils te signaient et après ils t’oubliaient. Tu étais dans un placard et basta ! Tu n’avais rien, pas beaucoup d’argent pour fonctionner.
Et donc à un moment donné, vous avez pris conscience que ça n’irait pas plus loin, et pourtant la presse continuait à faire des scoops sur votre prochain album, etc…
Ben oui… parce que…. ils faisaient leur boulot. Ils avaient besoin de bouffer, donc il fallait qu’ils trouvent des scoops, des machins,… et ça y allait ! C’était « Et SORTILEGE va sortir ci, et machin va faire ça…. ». Mais en fin de compte il ne se passait pas grand-chose.
Tu as des regrets sur cette partie de ta vie ?
Je n’ai aucun regret. C’était une belle époque, ça fait partie de ma jeunesse, c’était une super époque. Non… J’ai beau chercher je ne vois pas. C’était une époque sympa, une époque de ma vie intéressante, j’ai appris beaucoup de choses, humainement et musicalement, et sur moi surtout aussi, mais… non, maintenant la page est tournée, je fais complètement autre chose. Ca me fait rire maintenant. Quand je vois, les groupes qui se remettent après 30 ans, je trouve ça un petit peu pathétique, faut arrêter quoi, on n’est pas les ROLLING STONES,…
Et pour satisfaire « combien » de fans ?
Oui, c’est ça, t’as quoi, une petite centaine de fans ? Bon, ça satisfait aussi surtout l’ego des mecs des groupes (rires), ils ont l’impression d’exister toujours, mais c’est tellement superficiel tout ça. J’en suis tellement loin maintenant.
Tu croises encore, ou tu es contacté par d’anciens membres de groupes de cette époque qui y croient encore, ou vivent encore dans le passé ?
Non. Non, parce que je ne fréquente plus ces gens là. Les seuls gens que je fréquente sont des gens qui tiennent encore un peu le pavé, comme Renaud qui fait plein de trucs,…. J’ai un bon copain, Farid Medjane (TRUST, HANDFUL OF DUST - ndr), mais on se voit et on s’appelle pour autre chose, c’est vraiment de l’amitié, on n’est plus là à se dire « tiens, tu viens faire une répet dans la cave… », on n’en est plus là maintenant. Donc là je sais que je vais aller au concert du groupe de Farid (HANDFUL OF DUST) parce qu’il me l’a demandé et qu’il veut absolument que je vienne, donc j’y vais mais pour voir Farid. Le groupe ne m'intéresse pas vraiment, tu sais, pour moi la musique… je n’écoute plus ça du tout maintenant.
Quand Renaud s’est emparé du projet « Zouille & Hantson », tu as hésité ?
Non, parce que quelque part il était propriétaire de l’enregistrement, donc… il m’a juste demandé si ça ne m’embêtait pas qu’il le sorte, si je voulais m’impliquer.. Je lui ai dit, écoute, moi non, tu fais ce que tu veux avec, moi j’ai pas envie de le sortir, mais tu as le droit de le sortir si tu veux, mais je ne ferai rien, pas de promo,... Au grand dam de Renaud, d’ailleurs, parce qu’il voulait absolument que je fasse des choses, qu’on aille au Hellfest, etc… Mais je l’avais prévenu avant. Je lui avais dit, tu le sors, mais pour moi il ne se passe plus rien. J’ai pas envie de continuer, je ne ferai pas carrière là-dedans, c'est terminé, donc tu le sors si tu veux, à tes risques et périls. Si ça fonctionne, tant mieux pour toi, mais si ça ne fonctionne pas, tant pis.
Quand je l’avais eu au teléphone au mois d’aout 2012, il m’avait dit que c’était un cadeau qu’il te faisait, et qu’il ne te demanderait rien d’autre et depuis dans la presse il s’est plaint que tu as refusé le hellfest.
Ouais.... C'est vrai que c'est un cadeau d'amitié qu'il m'a fait, il m'a dit « tu sais, je n'ai pas pour habitude de jouer derrière les gens,...». Bon, j'ai pris ça vraiment comme une cadeau. Mais ce que je voulais, c'était jouer avec lui sur scène et d'autres potes, car c'est un fantasme qu'on avait tous les deux, de jouer ensemble... on avait essayé avec le premier FURIOSO, tu sais, et si ça avait fonctionné, ça c'est un truc que j'aurais voulu continuer. Et puis bon après c'est parti en eau de boudin, et donc on n'a pas pu jouer ensemble. Mais c'était un grand rêve qu'on avait tous les deux. On l'a fait une fois, et après c'est bon. C'est ça les fantasmes, ils sont fait pour éventuellement être réalisés une fois, et puis après... ce n'est plus du fantasme, c'est de la routine. Je ne voulais pas tomber dans ce truc la. On s'est vraiment bien marré en le faisant, on a fait le festival en Allemagne dans des super conditions, ça a vraiment été un grand moment. Mais bon après c'est tout. Alors pour le Hellfest, effectivement, il m'a dit « Christian, tu ne te rends pas compte, il y a 35000 personnes, etc...»... Je m'en fous, je ne suis plus la dedans, je ne veux plus chanter devant des gens pour mon ego, je m'en fous complètement. Il n'a pas compris ça Renaud. On s'est un peu embrouillé à cause de ça, « tu te rends compte de ce que j'ai fait pour toi, j'ai sorti l'album,... », mais moi je n'ai jamais rien demandé. Donc après il m'a reproché un petit peu de ne pas vouloir faire le Hellfest, mais bon.... J'avais déjà refusé à Frank de Holthausen, mon manager de l'époque, qui s'occupe de monter des tournées. Il voulait faire un grand truc, il m'a dit « ce serait génial, qu'on fasse un truc avec les membres du groupe avec lequel tu as enregistré avec Renaud Hantson, et puis etc, etc,... qu'on fasse un gros concert au Bataclan, pour marquer le coup... », et j'ai dit « Non. Non, c'est terminé je ne chanterai plus sur scène ». Et après Renaud me propose le Hellfest. J'avais dit non au bataclan, je ne pouvais pas dire oui au Hellfest sous prétexte que c'est un grand festival. J'avais donné ma parole, je n'allais pas retourner ma veste, tu vois ! Donc j'ai expliqué ça à Renaud, il a plus ou moins compris, il était un peu fâché contre moi, mais tu sais quand j'ai décidé un truc, je ne vais pas revenir dix fois, faire mon « ciao ciao bye bye » dix fois, j'ai dit « stop, j'arrête ».
Donc pour toi c'était clair dès le départ.
Ah oui, pour moi c'était clair.
Concernant l'album « Zouille & Hantson », et les nouveaux arrangements de ces anciens morceaux, on avait dans SORTILEGE une grosse influence MAIDEN, JUDAS,.. alors que là on ressent plus DEEP PURPLE par exemple...
C'est lié à plein de choses je pense. D'abord ma voix n'est plus la même, je vieillis, donc je ne peux plus monter aussi haut. J'en avais marre d'être le chanteur hurleur que j'étais dans les années 80, et je voulais donc faire un truc sobre, mais plutôt pêchu. A l'écoute de l'album, c'est quand même autre chose, je trouve que ça a vraiment bien muri, ce sont des morceaux qui ont gagné en efficacité, on a enlevé beaucoup de fioritures qui ne servaient à rien... SORTILEGE étaient quand même un peu les as de la fioriture, pour tous les instruments,... et là, j'ai voulu faire un truc simple, ne pas trop en mettre. Ca n'aurait pas été utile pour les morceaux.
Le fait de se démarquer des morceaux originaux permet aussi d'éviter le jeu des comparaisons.
En plus, bien sûr. Comme ça on ne peut pas dire que le guitariste joue comme Stéphane (Dumont), ou que le batteur joue comme Bob (Snake),... Il fallait effectivement faire un truc différent.
Si j'ai pu écrire que passé le plaisir de réentendre ta voix, ce projet n'apporte rien, il est toujours mieux à prendre que « rien » pour les fans de SORTLILEGE (même si certains pensent l'inverse).
Mais oui, c'est ça ! C'est aussi pour ça que j'étais satisfait du résultat, parce que je me suis dit, si ça sort, tant mieux, et au moins les fans seront contents, parce qu'ils auront encore un truc de SORTILEGE de récent, ré-enregistré avec ma voix d'aujourd'hui. Bon, ce sera le dernier cadeau que je leur ferai.
Le problème est peut-être le statut « culte » qu'avait acquis SORTILEGE. Il est difficile de toucher à une musique qui au fil du temps est devenue la « chose » des fans.
Bien sûr,.. bien sûr, mais comme normalement on doit évoluer avec l'âge, j'espère que les fans ont évolué aussi, tu vois, qu'ils ne sont pas restés collés à la musique que je faisais à l'époque et qui correspondait à un truc de l'époque. Aujourd’hui, au niveau musical, c'est complètement obsolète. Maintenant j'écoute des choses qui sont quand même beaucoup, beaucoup plus fortes que ce qu'on faisait à l'époque. Ca n'a rien à voir.

Aujourd'hui, justement, tu entretiens ta voix ? Tu chantes toujours dans le gospel ?
Ah non, non ! C'est terminé ! J'ai complètement arrêté.
Tu ne chantes plus du tout ?
Non.
Tu as tiré un trait définitif ?
Complètement.
Si tu gardais un seul titre de SORTILEGE, ou d'un autre de tes groupes ou projets, ce serait lequel ?
« Marchand d'hommes ».
Sans hésitation ?
C'est le titre qui me faisait le plus vibrer sur scène. Ca correspond vraiment à un titre que j'adore, parce que c'était un titre, toute proportion gardée, un peu à la Ronnie James Dio, au temps où il était avec RAINBOW. C'était une chanson dans cette veine là, mais encore une fois, toute proportion gardée hein ! Je ne vais surtout pas me comparer à mon Maître (rires) ! Ce genre de morceau un petit peu arabisant, comme savaient le faire RAINBOW et Dio.
Si tu avais l'opportunité de chanter dans un groupe étranger, ou même français, il y a des groupes qui...
DREAM THEATER !
DREAM THEATER ??
Ah ouais..... Sans hésitation ! J'ai découvert ça il y a à peu près un an, et j'en suis, mais complètement dingue !
Il y a des groupes qui pourraient te faire « re »-chanter ?
Eux ! (rires) S'ils me disent demain, tiens, on a besoin d'un chanteur, on a pensé à toi, ce serait avec grand plaisir ! (rires) Parce que là ça correspond à autre chose. C'est LA musique que j'aurais voulu faire.



Une musique plus technique ?
Oui, et puis ça cartonne ! J'écoute ça depuis un an, tous les albums, c'est monstrueux. Je ne vois pas ce qui peut les égaler aujourd'hui. Je ne connais pas tout hein, mais ce qu'ils font est monstrueux.
Tu continues donc à suivre l'actualité, ou c'est le hasard qui te les a fait découvrir ?
C'est complètement le hasard. On m'en parlé une fois, j'ai écouté un morceau, et je me suis dit « Oooooh putaiiiiiinn... ». Et puis je suis devenu fan. Mais je n'écoute rien d'autre. Parce que d'abord je n'ai pas trop le temps, et puis je suis un petit peu... bon je vais peut-être te faire bondir ou rigoler, mais j'adore les groupes anglo-saxons de maintenant, comme MUSE. Je ne sais pas ce que tu écoutes, mais j'adore ces groupes car ce sont des groupes couillus avec une technique extraordinaire. Ce que j'aime bien, c'est à la fois la puissance, et la virtuosité. MUSE par exemple sont des gens qui sont extraordinaires, ça joue,... le chanteur n'a pas une voix sublimissime, mais il l'utilise vraiment très bien.
Même s'ils s'inspirent outrageusement de leur prédécesseurs (QUEEN, U2, RADIOHEAD,...) ?
Ouaiiis mais c'est pas grave ! Ils ont quand même leur couleur propre, leur propre truc, comme tout le monde pompe plus ou moins. C'est très rare des groupes qui ne pompent pas. A part quelques très grands. Qui aujourd'hui n'est pas influencé par un groupe des années 70 ou 80 ?
C'est le problème de vieillir ! On accumule les références...
Mais oui, c'est ça, on est influencé par notre jeunesse. Et ça transpire dans la musique, c'est tout à fait normal. Tant que ce n'est pas vraiment du copié/collé ça va. Ce n'est pas grave.
Tu revois encore les ex-SORTILEGE ?
Absolument pas.
Les ponts sont définitivement coupés avec ce monde des années 80 ?
Ah oui... si tu veux, je ne me vois pas encore aller faire le guignol à mon âge, sur scène, ou discuter de choses comme ça, avec des mecs qui maintenant sont ventripotents ou sans cheveux, on ne donne plus de rêve aux jeunes...
On ne peut pas être et avoir été...
Ben non, ça ne le fait plus... A un moment donné, il faut savoir dire stop. Surtout pour les chanteurs. On est quand même devant, le mec représente quelque chose,.. Et les guitaristes c'est pareil, ça ne le fait plus. Le batteur peut encore se cacher derrière sa batterie. (rires) Mais sans déconner, regarde les gens de 50-60 ans, ce sont des papys quoi ! Voir un mec comme ça se trémousser dans son pantalon moule-couilles avec le ventre qui sort, personnellement je ne vois pas l'intérêt. Ou alors que ces mecs continuent à faire des albums, mais pas de scène. C'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai arrêté. Parce que les gens qui bougent mal sur scène,.... c'est pathétique. Bon, encore une fois, j'essaye de ne pas juger, c'est leur truc à eux, mais à un moment donné ça ne le fait plus. Il ne faut pas vivre dans le passé. Dans le futur non plus, mais bien dans le moment présent. C'est ça qui est important. Le passé il est terminé, on n'en parle plus. Il y a beaucoup trop de gens qui sont dans le passé encore.
Comment expliques-tu que SORTILEGE soit toujours aussi présent 25 ans plus tard ? Tu avais conscience d'avoir autant marqué les esprits à l'époque ?
Non, non, j'ai vraiment découvert ça après. J'ai été étonné de voir qu'il y a avait un tel engouement, et de voir que tant de gens ont été marqués par ça. Il y a 4/5 ans, j'étais à un concert avec des potes, et là il y a un jeune qui vient me voir et qui me dit « Ah Zouille, c'est extraordinaire, faut que je te parle.. tu sais, grâce à toi je suis devenu prof de français ! ». (rires) Qu'est-ce qu'il me raconte ??? « Tes textes étaient tellement géniaux, ça m'a donné envie d'écrire, de lire des bouquins, et aujourd'hui je suis prof de français ! ». Je suis tombé des nues ! Je lui ai dit que ça me touchait beaucoup, que c'était super, mais bon... mes textes n'étaient pas de haute volée quoi ! J'étais quand même surpris, et aussi surpris de voir qu'il y avait des gens qui étaient imprégnés de la couleur des mélodies, de ce qu'on faisait... C'est plutôt sympa. Avant ça aurait flatté mon ego, maintenant je prends ça différemment. Comme une marque de gentillesse et de sympathie.
A l'époque tu étais obligé de chanter en français ?
Je ne pouvais pas faire autrement, j'avais un accent anglais tellement nul... On a essayé, on a fait des versions anglaises des albums, mais c'était vraiment pas terrible du tout.
C'était systmatique à l'époque, que les groupes français chantent en français.
Ben écoute, je trouve que c'est la moindre des choses... On est français, notre langue est tellement belle, autant essayer d'utiliser les mots qui sonnent bien, et ça sonne bien, et des groupes le faisaient le très bien. Je pense que TRUST est le premier à avoir réussi à bien le faire.
Tes textes étaient du même niveau que ceux des groupes anglais, et pourtant tu arrivais à ce qu'ils ne paraissent pas ridicules en français.
Je vais te dire pourquoi. C'est parce que quand je composais mes mélodies, puisque c'est moi qui faisait les mélodies, je le faisais en yaourt (rires), à l'anglaise. J'avais donc cette consonance anglaise, et je m'efforçais de trouver des textes qui avaient la même consonance. C'est pour ça que les mélodies s'accordaient bien avec les mots en français. Elles étaient faites dans une sorte de franglais, et donc ça sonnait un peu anglo-saxon.
C'est aussi pourquoi SORTILEGE se démarquait de la « concurrence ».
C'est aussi parce que je cherchais des mélodies. Pour moi, une chanson, elle se retient. Si t'es incapable de siffler un air d'une chanson, c'est qu'il n'y a pas de mélodie.
Et tu ne ressens pas de manque, aujourd'hui, d'avoir arrêté de chanter ?
Bon écoute.... si tu veux vraiment tout savoir..... j'ai arrêté de chanter parce que j'ai fait un travail sur moi même. Je me suis arrêté parce que je me suis posé la question : « pourquoi tu chantes ?». Et quand j'ai trouvé la réponse, j'ai dit « stop, j'arrête ». En fait, je vais tout t'expliquer, je chante, enfin je chantais à l'époque uniquement pour être devant, pour être une star, pour être adulé, pour être aimé. C'est un manque d'amour. Et comme j'ai fait un travail sur moi, sur mon ego, je me suis dit « mais pourquoi tu chantes ?». Et j'ai trouvé la réponse, et maintenant je me suis dit, enfin il y a quelques année, je me suis dit « je ne veux plus chanter pour être une star, pour être devant, je vais chanter par plaisir.». Mais.... je n'ai jamais eu de plaisir à chanter. C'est dur ce que je dis hein ? Je n'ai jamais chanté par plaisir comme le font certains artistes, je chantais uniquement pour être devant.
C'était indissociable ? Chanter, c'était plaire ?
Le seul plaisir était d'être aimé, adulé, applaudi. J'étais en manque d'amour. Je cherchais l'amour du public. Rien d'autre. C'était mon seul plaisir. Maintenant, quant à chanter, je n'avais aucun plaisir. Quand je dis ça à Renaud, il saute, il fait des bonds ! « Mais c'est vrai mon vieux, je n'ai pas de plaisir à chanter ».
Tu ne dois pourtant pas être le seul artiste à avoir recherché ce plaisir.
Je pense que tu sais, dans tous les artistes il y a une grosse part d'égo.
J'en suis bien conscient, mais ce n'est aucunement une critique !
Je sais bien ! Et tu as raison quelque part, bien sûr, les artistes veulent être devant, mais c'est le propre de l'artiste. Il veut montrer son art. Maintenant, il y a des gens qui arrivent à sublimer tout ça, qui ne se prennent pas pour des grosses grosses grosses stars, et puis il y en a d'autres qui n'en peuvent plus et qui ont une tête qui ne passe plus par la porte. C'est une question personnelle. Moi je ne voulais pas être comme ça. Etre à ce point d'ego. Je voulais vraiment faire un travail sur moi, savoir quelle était ma mission sur terre, … alors ça fait mystique ce que je te raconte, je suis comme ça, je suis quelqu'un de plutôt mystique, et je trouvais que je n'étais pas en phase avec ma vie. Il y avait un truc qui me gênait avec ma vie, ça n'allait pas, c'était pas sincère, tu vois. Et même dans le gospel après, quand j'ai fait du gospel, j'ai pris une grosse claque, parce que d'abord les solistes sortent du choeur et après avoir chanté rentrent dans le choeur, donc il n'y a pas de projecteur sur toi. J'ai été un petit peu gêné par ça. Comme j'avais une belle voix, on me filait toujours les solos, mais j'en rajoutais quand je faisais le solo, il m'arrivait parfois de pleurer parce que j'étais pris par l'émotion, et je me disais « mais qu'est-ce- que tu fais là ??? Tu n'as pas l'impression d'en rajouter et de pleurer plus que tu ne devrais ?» Et puis en plus je n'étais pas « relié ». Pour faire du gospel il faut être relié avec Dieu, avec le Créateur... mais moi je ne crois pas en tout ça, donc j'ai eu beaucoup de mal. Et j'ai arrêté aussi à cause de ça, parce que je me suis dit que je n'étais pas sincère.
Le fait de ne plus avoir à chanter aujourd'hui t'a enlevé un poids ? Te sens-tu plus en paix ?
Oui. Pour plein de raisons, parce que le chant ce n'est pas évident, c'est une remise en question permanente, et surtout le chant tu sais, je suis un timide,.. et les timides sont des gens qui ont un ego assez développé, curieusement. Le timide ne veut pas être jugé. Parce que « qui tu es pour me juger ? ». Tu vois, et quand tu vas sur une scène, tu as peur de ne pas être aimé. Je tournais un peu en rond dans mon truc. (rires) A partir de la, « stop !».
Merci beaucoup pour ta franchise Christian. Bonne chance dans ta "nouvelle" vie, et au plaisir de te rencontrer à nouveau.

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